XXI. — Origine de la ville &> des seigneurs de Rieux
Au mois de mai de l'année suivante, Gentile de Gensac, fille de feu Aymar de Gensac & de Sibylle d'Auterive, autorisée par Raimond de Benque son mari, déclara à Raimond^, comte de Toulouse, devant Raimond, évêque de cette ville, Guillaume Isarn, archiprêtre de Rieux, !kc.,que tout le domaine qu'elle avoit par la succession de son père St de sa mère 8t de Saurimène sa sœur, sur le château de Rieux de Volvestre, St à Gonac, Bezenac, Montesquieu, 8tc., étoit tombé en commise pour n'en avoir pas reçu l'investiture dans l'an & le jour, & qu'ainsi elle l'abandonnoit à ce prince. C'est le plus ancien monument que nous connoissions touchant la ville de Rieux, aujourd'hui épiscopale'^. Raimond reçut quelques hommages dans son palais de Toulouse le 21 d'août suivant. Il fit ensuite un voyage en Rouergue, & Jean de Montlaur, évêque de Maguelonne, l'alla joindre à Millau, le 28 de ce mois.
XXII. — L'évêque de Maguelonne donne en fief à Raimond la ville
de Montpellier.
Ce prélat lui donna alors'^ en fief la ville de Montpellier, le château de Lates & les autres domaines que Jacques, roi d'Aragon, tenoit de l'église de Maguelonne, avec permission d'en prendre possession Si d'acquérir les droits de tous ceux qui en auroient quelqu'un à Montpellier ou dans ses dépendances, nommément de Guillaume de Montpellier, fils de feu Guillaume de Montpellier : il promit enfin de l'aider en toutes ces choses. Raimond accepta la donation & promit, de son côté, à Jean de Montlaur de conserver le droit de ce prélat sur Montpellier Si sur ses autres domaines, & de ne pas y exercer, soit par lui-même, soit par les autres, la justice civile &. criminelle, lorsqu'il
par le roi d'Aragon, probablement en 1206, & le ■• Peu après le comte se rendit une première fois
comte de Toulouse eut à la reprendre. Cette agrès- dans le Rouergue, Le 3 mai il s'empara à main
sion du roi d'Aragon dut avoir lieu peu avant armée du château de CayUis, près Saint-Affiique,
izSy; il est du reste certain qu'il posséda un qui avait pris les armes contre lui (De Gaujal,
instant cette ville. (Cf. tome VIII, c. 1401. — t. 2, p. io5). Quelques jours plus tard, le 28 mai,
De Gaujal, t. 2, p. io5). [A. M.] il confirma les coutumes de Saint-Aftrique (Cf.
' Bouche, La cfiorographie ou description de la ihid, t. 1, pp. 3i6-3l9). Ces coutumes, qui sont
Provence, t. 2, p. 1066. en langue vulgaire, sont importantes surtout à
' Archives de l'église d'Albi. cause des indications qu'elles renferment sur le
' Manuscrits de Colbert, n. 1067. — [Teulet, t. 2, tarif des amendes. Elles ne parlent pas d'ailleurs
p. 377, d'après l'original, J. 326, n"' 28 & 29.] — de libertés municipales. [A. M.]
Nous ne connaissons pas de lieu du nom de Gonac, "• Gallia Christiana, t. 3, c. ,587, & nov. éd. t. 6,
mais Bezenac est certainement Be^ac, Ariége, ar- Instrum. c. 368. — Trésor des chartes; Toulouse,
rondissement de Pamiers. [A. M.] sac i^, n. 78. [J. 323, Teulet, t. 2, pp. 387 à 389. j
' ' Ail I2J0
auroit pris possession de la seigneurie de Montpellierj de lui en faire hommage, de garder 8c de faire garder 'es libertés & les droits de l'église de Maguelonne Se des habitans de Montpellier, 8c d'assigner à ce prélat les châteaux de Miraval, de Frontignan 8c de Balaruc, Sec. pour qu'il en jouît de plein droit. Bernard du Fesc, notaire de l'évêque de Maguelonne, jura sur l'âme de ce prélat Se par son ordre l'observation de tous ces articles, dont Raimond Gaucelin, seigneur de Lunel, se rendit garant avec Raimond de Baux, prince d'Orange, Se Rostaing de Montpezat, qui firent serment de les observer spécialement pour le comte Raimond. Jean de Montlaur prétendoit t.'i'îi °p'.^4'!4. que Jacques, roi d'Aragon, avoit fait diverses entreprises contre les droits de son église, 8c qu'ainsi la seigneurie de Montpellier, que ce prince tenoit de de lui en fief, étant tombée en commise, il lui étoit libre d'en disposer. Il se plaignoit surtout d'une ordonnance' par laquelle Jacques avoit défendu, le 4 de février de cette année, à tous ses sujets de Montpellier de plaider dans toute autre cour, soit civile, soit ecclésiastique, que la sienne.
XXIII. — Plaintes des ecclésiastiques de la province contre les officiers du roi.
Le clergé de la Province* porta d'un autre côté de nouvelles plaintes au pape Grégoire IX au sujet des vexations q>i'il prétendoit qu'il avoit à souffrir de la part des officiers du roi de France. Grégoire ordonna en conséquence, le 16 de mars de l'an 1208, à l'archevêque de Narbonne Se aux évêques de Maguelonne 8c d'Elne, de contraindre par censures les sénéchaux 8c les baillis du roi dans la province de Narbonne, à cesser de s'emparer des domaines des églises après la mort des évêques 8c des autres prélats, sous prétexte des droits régaliens} entreprise, ajoute-t-il, qui n'avoit jamais été faite par les prédécesseurs de ce prince, ou par les autres. Il défend toutefois à ces prélats de lancer l'excommunication 8c l'interdit sur les terres du roi, à moins qu'il ne leur en donnât un ordre spécial.
XXIV. — Raimond demande diverses choses au pape, qui lui accorde son absolution, le dispense de passer outre-mer, etc.
Le comte de Toulouse^ fit demander au pape Grégoire IX, par les ambassadeurs qu'il lui envoya. Se dont on a déjà parlé : 1° l'absolution de l'excommunication dont il avait été frappé; 2" d'ôter l'office d'inquisiteur aux frères prêcheurs, qui dans leurs procédures contre les hérétiques, ne suivoient ni les lois civiles ni les lois canoniques; mais de laisser à l'avenir cette fonction
• Gariel, Séries praesulam Magalonem'tum , p. 35o que de Toulouse (Potthast, n. loSçS), à Louis IX,
& seq. du lo août suivant (n. 10641), '"fi" du 20 août,
' Marca, De concorjantia, éd. de 1704, p. 1277. à Giii, évéqiie de Sora, pour lui ordonner d'.ib-
— iPotthast, n. 10540.] soudre Raimond (n. 10644). Nou' n'avons pas re-
' Raynal.li, année i23S,n. 52,& m3<), n. 71 & trouvé l'instruction du 9 juin à l'évêque de Pales-
suiv, — Lcii.s du I 2 mars 1 233, à Raimond, évé- trina. [A.M.]
"XTTTsT" 7°^ FIISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXV.
aux évêques, auxquels elle appartenoit de choit; 3° de permettre d'inhumer en terre sainte le corps du feu comte Pv.aimoiid son père, attendu qu'il étoit prouvé par l'enquête que l'évêque d'Albi & les abbés de Saint-Sernin de Toulouse 8c de Grandselve avoient faite, que ce prince avoit donné à sa mort des marques de pénitence; 8< de lever les censures dont ce même comte avoit été frappé par les juges délégués du Saint-Siège; 4° d'être dispensé du serment de passer outre-mer & d'y servir pendant cinq ans, pour ne pas paroître s'engager par contrainte, mais avec liberté, comme les autres chrétiens, dans une expédition si pénible 8c si laborieuse, avec promesse cependant de se dévouer à cette entreprise, à la tête de sa noblesse, au premier passage général, 81 de demeurer en Orient autant de temps que sa dévotion le lui suggéreroit. Le roi fit appuyer cette dernière demawde de Raimond par l'évêque de Clermont, son ambassadeur à Rome.
Grégoire répondit favorablement au premier article; St en attendant qu'il fît partir le cardinal Jacques, évêque de Palestrine, qu'il avoit résolu d'envoyer incessamment dans la Province avec l'autorité de légat a latere', à la place de l'archevêque de Vienne, il ordonna à l'évêque de Toulouse 8c aux inquisiteurs de suspendre pour un temps les censures qu'ils avoient décernées contre les sujets du comte. Se de l'admettre lui-même à la communion de l'Église, après qu'il auroit promis par serment de réparer ses fautes passées. Nous ignorons la réponse du pape aux deux articles suivans; mais on sait que l'exercice de l'inquisition fut suspendu dans le pays pendant plusieurs années. Enfin le pape ordonna à l'évêque de Palestrine le 9 de juin : 1° d'absoudre le comte Raimond des censures dont il étoit lié; 2° de le dispenser du serment qu'il avoit fait de passer outre-mer : « C'est pourquoi, poursuit-il, « si le comte se montre digne d'obtenir cette grâce, nous vous enjoignons, « après que vous lui aurez donné l'absolution, suivant la tonne qui vous est « prescrite. Se qu'il aura promis par serment entre les mains du roi, du conseil « des archevêques de Sens Se de Rouen, auxquels nous donnons nos ordres « là-dessus, qu'il ira outre-mer au premier passage général avec les autres « ultramontains, pour y servir pendant trois ans, selon son état Se sa condi- « tion, comme il l'offre par ses ambassadeurs; de lui permettre par l'autorité « des présentes, de revenir avi bout de ce terme; en sorte néanmoins que s'il « enfreint les choses susdites, cette permission ne puisse lui servir de rien, V. &e soit regardée comme non avenue. »
XXV. — Gui, évêque de Sora, & Jacques, évêque de Palestrine, successivement légats dans la province.
Le cardinal de Palestrine ayant reçu ses ordres se mit en chemin; mais t'ui''p.^u'5. l'empereur Frédéric', alors ennemi de Grégoire, lui refusa le passage par la
' Le pnpe ne recommanda l'évêque de Paies- t. 2, pp. 416-418, Pot'hast, n. 10-98. — Voyei trina au roi de France qu'en octobre 12^9, en lui plus bas). [A. M.] demandant ses secours contre Frédéric II ^Tjulet, ' Raynaldi, année 1239, n. 2.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGu'EDOC. LIV. XXV.
Provence S<. traversa, autant qu'il fut en lui, sa négociation. Il paroît cependant ' que ce légat étoit arrivé dans la province en 1239, car le pape lui ordonna cette année de prendre la défense de l'évêque de Maguelonne contre plusieurs personnes puissantes que ce prélat avoit excommuniées, à cause de la tyrannie qu'elles exerçoient dans le comté de Melgueil &<. de Montferrand, qu'il tenoit de l'Eglise romaine sous un cens annuel.
Gui, évêque de Sora, au royaume de Naples, exerça les fonctions de légat dans la Province jusques à l'arrivée du cardinal de Palestrine, comme on voit par une lettre- que les maîtres de l'université de Toulouse lui écrivirent, le 4 de février de l'an i238 (iiSç), pour lui témoigner que le comte Raimond avoit achevé de les satisfaire de leur honoraire, ainsi qu'il l'avoit ordonné. Nous apprenons d'ailleurà^ que Vévêque de Sora, légat du Saint- Siège, donna labsolution à ce prince, après qu'il eut promis d'obéir généralement à tout ce que le pape & ce même légat jugeroient à propos de lui ordonner, au sujet des articles pour lesquels il avoit été excommunié, entre autres pour n'avoir pas restitué à l'abhé de Moissac les domaines de son abbaye dont il s'étoit saisi.
An izZy
XXVI. — Aymar II, comte de Valentïnois, se rend vassal de Raîmond pour divers fiefs du Vivarais.
Raimond étoit aux environs du Rhône'*, au mois de février de l'an 1239^. Aymar II, comte de Valentinois, lui déclara par un acte, à l'Isle, dans le V'enaissin, le 9 d'avril suivant, « que le château de Bais avec ses dépendances i> étoit de son alleu; que les châteaux ci-dessous nommés, qui lui ap])arte- <i noient en plein droit de propriété, 8t qu'il avoit actuellement en sa main « ou qu'on tenoit de lui en fief, ou enfin sur lesquels il avoit la supériorité, « étoient également ses alleux, 8c qu'il n'en tenoit aucun en fief ou autre- « ment, de quelque seigneur temporel que ce fût; savoir : les châteaux de
■ Guillaume de Puylnurens, c. 4J.
* Voyez tome V m, Chartes, n. CCXXV,cc. loîi
& lOJJ.
' Ibii. n. CCXXXI, ce. 1041, lo^î.
' Voyez tome VIII, Chartes, n, CCXXV, ce. I023 81 1024. — Acte du 24 février iiSp, par lequel Raimond VII se reconnaît débiteur envers Jean d'Orlhac, de Montpellier, de huit cent trente livres de Melgueil, pour solde de tout compte; il hypothèque pour leur payement par annuité de cent cinquante livres ses droits à Marseille. L'acte est donné à Saint-Gilles. Il est probable que c'était ce banquier de Montpellier qui avait fait les frais de l'expédition de Provence. Du reste la position pécuniaire de Raimond VII n'était pas des plus brillantes à cette époque, l.e 3 mai iîi<), étant à Marseille, il dut demander à l'abbé de Cîteaux un sursis pour le payement des sommes
qu'il lui devait. (Teulet, t. 2, p. 406, d'après T. 309, n. 10). [A. M.)
' Un peu auparavant, Raimond VU était allé faire un voyage dans le Périgord & dans l'Agenais. Il obtint alors, le 3 septembre 1 238 (Teulet, t. 2, pp. 389-390, d'après J. 309, n. 16), de Guiraud, abbé de Sarlat, la donation du haut domaine de l'important château de Beynac (Dordogne, arr. & canton de Sarlat). Il s'engagea à rendre hommage pour ce château â l'abbé 8c à son église, dans le chœur de l'église de Sarlat, & à payer, en rendant l'hommage, cent sous, monnaie de Périgord. Le même jour, le comte sous-inféoda le château de Beynac à Gaillard de Beynac [Ihii. t. 2. pp. 390- 391). Les deux actes furent rédigés par un notaire d'Agen St, par conséquent, furent probablement passés dans cette ville. [A. M.]
~l[~i 710 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXV.
« Saint-Alban, Tournon , Privas, Boulogne 8< cinq autres de leurs dépen- « dances, le domaine qu'il avoit sur les châteaux du Pouzin, la Gorse, Saint- « Ândéol, Brion, Saint-Agrève 8c neuf autres. » Aymar reçut ensuite tous ces domaines en fief franc de Raimond, comte de Toulouse, son cousin, après lui en avoir donné le domaine principal & direct : il ne s'y réserva que le domaine utile & la possession naturelle, 5c il lui en rendit hommage les mains jointes devant les évêques d'Albi 8c de Cavaillon, devant Hugues Se Barrai de Baux 8c divers autres seigneurs. Tous ces domaines étant situés dans le diocèse de Viviers dépendoient par conséquent de l'ancien comté de cette ville, qui appartenoit encore aux comtes de Toulouse à la fin du douzième siècle 8c au commencement du suivant : ainsi ces comtes possédoient alors la suzeraineté sur tous ces châteaux, 8c les comtes de Valentinois ne pouvoient les tenir depuis longtemps en franc alleu. Aussi Aymar ne marque pas dans l'acte que ses prédécesseurs les eussent possédés de cette manière, quoiqu'un généalogiste moderne' l'ait avancé. Voici donc, à ce qu'il nous paroît, de quelle manière les comtes de Valentinois avoient acquis cette autorité indépendante sur une grande partie du Vivarais.
On a remarqué ailleurs^ qu'Aymar de Poitiers, premier du nom, comte de Valentinois, s'étant déclaré, en i2i3, en faveur de Raimond VI, comte de Toulouse, durant l'affaire des albigeois, Simon de Montfort lui déclara la guerre 8c convint enfin d'un traité avec lui. Or, comme le même Raimond fut privé deux ans après de ses domaines au concile de Latran, 8c que ce prince 8c Raimond, son fils, en furent censés exclus jusqu'au traité de paix de l'an 1229, Aymar I aura profité de ces troubles pour établir sa domination sur le Vivarais, qui étoit contigu à ses Etats 8c, par conséquent, à sa bienséance, &c qui n'étoit pas compris dans les pays que le concile de Latran adjugea à Simon de Monttort, car on ne lui donna que ce qui avoit été conquis par les croisés. Enfin Raimond VII, étant rentré en 122g dans la paisible possession d'une grande partie de ses États, il aura fait ses efforts pour recouvrer l'autorité que ses ancêtres avoient exercée sur le Vivarais, 8c cela avec d'autant plus de fondement que le roi de France, à qui il avoit cédé une partie de ses domaines, n'en jouissoit pas. D'un autre côté Aymar II, comte de Valentinois, soit par justice, soit par reconnoissance envers la maison de Toulouse, à laquelle ses prédécesseurs étoient redevables^, en quelque manière des comtés de Valentinois 8c de Diois, se sera soumis à Raimond VII Éd.oriBin. pout ccttc partie du Vivarais, dont il étoit en possession 8c dont il conserva le domaine utile. Il paroît qu'Aymar reconnut en même temps tenir en fiet de Raimond le comté de Die. Il déclara, en effet, vers l'an 1256"*, par un acte authentique à Gui Fulcodi, conseiller d'Alfonse, comte de Poitiers 5c de Toulouse, « qu'il avoit reconnu à la vérité tenir du feu comte de Toulouse
' Le P. Anselme, Histoire géiiéalogiijue des grands ' Voyez tome III, livre XVIII, ch. xxvii, p. 800,
officiers, t. 2, p. 188. & plus haut, livre XX, ch. xvi, pp. i33 & 134.
• Voyez plus haut, livre XXII, ch. LX, pp. 433, «Voyez tome VIII, Chartes, n. CCCXVIII,