‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 268 sur 342 · XXVIII. — Évéques de Lodève · texte numérisé non relu

XXVIII. — Évéques de Lodève

On assure' que le co;nte de Toulouse réveilla cette année les droits de ses ancêtres sur le diocèse ou comté de Lodève, Si qu il lit occuper en son nom une partie du domaine de l'évcque, qui excommunia Aymar de Guillem, seigneur de Clermont, tant pour avoir donné retraite dans son château k l'agent de ce prince, que parce qu'il relusoit de lui rendre hommage. Ce prélat, nommé Bertrand de Mornai, avoit succédé à Pierre, qui, sur la fin de ses jours, prit l'habit des frères mineurs dans le couvent qu'il leur avoit fondé à Lodève, & qui mourut en 1287. L'élection de Bertrand de Mornai, qui étoit religieux de Saint-André d'Avignon, fut confirmée par l'archevêque de Narljonne; mais il mourut avant son sacre. Guillaume de Casouls lui succéda en 1241.

XXIX. — Entrevue à Montpellier entre le roï d'Ai ngon L- le c077ite Raimond.

Le premier pacifie cette ville.

Le comte de Toulouse fut rendre visite à Montpellier-, au mois d'octobre, à Jacques, roi d'Aragon, qui y fit cette année un séjour de cinq mois-*, après s'être acquis une gloire immortelle par ses nouvelles victoires sur les Maures, entre autres par la prise de la ville de Valence, qui s'étoit enfin rendue, la veille de Saint-Michel, 28 de septembre de l'année précédente'*. Jacques, avant passé l'hiver dans cette ville, s'embarqua vers la fin de mai de l'an 1 239^ pour aller mettre la paix St. la concorde entre les habitans de Montpellier qui, conservant toujours i'esprit d'indépendance, étoient en différend touchant le gouvernement de la ville avec Atbrand, que ce prince y avoit établi ûj.oiigin. povir son baile ou gouverneur. Jacques débarqua^ au port de Lates où les

' '?\3\\iav\t,Chronolo^\a praesulum Lodovens'tum, seigneurs de sa siiiie & d'une foule nombreuse

p. lôo. — Gallia. Christlana, t. 3, c. 673, qui s'était portée à sa rencontre. 11 descendit à

' Chronica 0 commcntari Jel rey en Jacnie ; Vf la Montpellier, chez son baile Atbrand, objet de la

contjueita deî rcgno de Murcia, c. !i & suiv. haine des riches bourgeois qui gouvernaient alors

' Voyez tome VII, Noie XXXII, pp. 9J, 96. Montpellier. Les conjurés demandèrent une cn-

^ Après la prise de Valence, le pape rétablit trevue au roi & lui exposèrent leurs griefs, que

l'église de cette ville & y fonda un siège épiscopal. le prince refusa d'écouter. Atbrand, cependant,

Pour subvenir aux premiers besoins du nouveau gagna la population ouvrière, qui vint protester

clergé, il fit lever une taille sur les églises de dif- de sa fidélité & offrir son appui. Le roi put ainsi

férents pays, notamment de Languedoc. La part faire leur procès aux rebelles qui furent bannis

du diocèse de Toulouse fut de mille livres tour- & dont les biens furent confisqués. Au reste,

nois, dont l'abbaye de Lézat eut à payer cinquante M. de Tourioulon remarque que, en 1246 & en

livres. — Cf. tome V, c. 1789, n. 416. [A. M.] i253, deux des principaux conjurés furent suc-

' Cette affaire de Montpellier ne nous est con- cessivement bailes de Montpellier (p. 23), ce qui

nue que par la chronique attribuée au roi Jacme, prouve qu'ils rentrèrent bientôt en grâce. Ajou-

dont le récit est analysé par M. de Tourtoulon tons qu'en fin de compte le roi dut céder & rendre

[Jacme I, t. 2, pp. 18-27). ^' '°' arriva à Lattes, la charge de baile annuelle. [A. M.j le 2 juin 1239. Il entra dans la ville escorté des ^ Canel, Séries praesulum Magahnensium, p. 355.

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cotisuls de Montpellier l'allèient prendre à la tète de cent chevaux, Se le conduisirent dans la ville. On prétend' que dans le temps qu'il y taisoit son entrée solennelle, ayant à ses côtés Fernand d'Açagra & Assalid de Gundal, deux des principaux de sa cour, Pierre de Boniface, l'un des plus considérables de Montpellier Se le chef des factieux, attecta de se placer entre le roi 8c l'un de ses seigneurs. Se que les courtisans voulant venger sur-le-champ cette témérité, le prince les en empêcha. Quoi qu'il en soit, Jacques, roi d'Aragon, marque lui-même, dans les mémoires qu'ils nous a laissés de sa vie, qu'étant descendu à Montpellier, à la maison d'Atbrand, son bailli, Se que cet officier ayant trouvé enfin moyen de gagner le peuple, il s'assura de la ville Se punit ensuite par l'exil Se la confiscation des biens les consuls Se les autres principaux habitans qui lui avoient manqué de respect.

Le roi d'Aragon remit ainsi la paix dans Montpellier; il l'affermit, le 17 d'octobre, par une déclaration* suivant laquelle : 1° Il rétablit dans leurs biens, réputation Se honneurs, à l'exception de Pierre de Boniface, de Guillaume de Barca Se de quelques autres fugitifs ou exilés, tous ceux qui s'étoient ligués pour empêcher qu'Atbrand, qu'il avoit établi pour son bailli {bajulus) ou lieutenant à Montpellier, ou quelque autre habitant de cette ville n'exerçât cette charge, ou que tout autre de ses sujets qu'il y enverroit n'en pût faire les fonctions que pendant un an. 2° Il statue qu'à l'avenir l'évêque de Maguelonne ne sera pas appelé pour l'élection des consuls, qu'il n'y assistera pas 8c qu'ils ne prêteront pas serment entre ses mains. 3° Il ordonne que tous ceux qui avoient exercé quelque office pendant un an dans la cour de Montpellier n'auroient aucune autre administration durant l'année suivante, 8c que tous ceux qui avoient été repris de justice seroient exclus de l'office de tabellion. Le second article de cette ordonnance prouve que la désunion duroit toujours entre Jacques, roi d'Aragon, Se Jean de Montlaur, évêque de Maguelonne; désunion qui avoit engagé ce prélat à confisquer sur ce prince, en qualité de suzerain, la seigneurie de Montpellier dont il avoit disposé en faveur du comte de Toulouse; mais il paroît que ce dernier se désista de ses prétentions dans l'entrevue qu'il eut^' à Montpellier avec le roi Jacques, vers la mi-octobre de cette année Se dont on a déjà parlé. Raimond-Bérenger, comte de Provence, cousin du roi. Se la plupart des seigneurs du pays furent aussi lui rendre visite pendant son séjour à Montpellier, dont les habitans"* lui donnèrent diverses fêtes pour témoigner leur joie de ses victoires sur les Maures. Enfin Jacques, après s'être acquis l'amitié Se l'estime de tout le peuple, partit"' vers la fin d'octobre de l'an I23g, s'embarqua sur une galère de quatre-vingts rames qu'il avoit fait équiper. Se se rendit par mer à Collioure, en Roussillon, d'où il retourna par terre à Valence pour donner ordre aux affaires de cette nouvelle conquête.

' Zuritn, Anales de la corons de Araooti. * C/iron'tca del rey en Jacmf. ^ M unt.inei", CAro-

* G,\neï, Séries praesulum Mag.tlonensium, p. 3,).î. nica dels reys d'Arago, c. 9. — Ferreras, an. I23(),

' Chronica del rey en Jaeme. — Voyez tome VII, 11. 7.

Note XXXII, p. 96. " Voyez tome VII, Note XXXII, p. 93, 96.

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