LXIII. — Paix entre le roi d'Aragon b le comte de Toulouse
Cette entrevue se fit dans l'île de Gernica, située entre Beaucaire & Tarascon, & ils y ' conclurent enfin la paix par l'entremise d'Hugues-Gaufied (des vicomtes) de Marseille, maître de la milice (du Temple), assisté, au nom du roi, de Raimond de Moncade, de Guy Guerrejat de Montpellier, & d'Arnaud de Villademolsj 8c, au nom du comte, d'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, d'Ismidon de Faute & de Guillaume de Sabran, connétable de ce prince. Suivant le jugement de ces sept arbitres : 1° Raimond céda à Alfonse, moyennant la somme de trois mille cent marcs d'argent, tous les droits qu'il prétendoit sur le comté d'Arles ou de Provence, de la manière qu'il étoit écbu à Raimond-Bérenger IV, comte de Barcelone, par le partage de tout l'ancien comté de Provence, réglé entre ce comte d'un côté & Alfonse, comte de Toulouse, de l'autre ; & sur les vicomtes de Millau, de Gévaudan 81 de Carlad • droits qu'il prétendoit tant au nom de Douce, fille de Raimond- Bérenger, comte de Provence, laquelle avoit été promise en mariage à son fils Raimond, qu'à cause du douaire de l'impératrice Richilde, mère de cette princesse. 2° Le roi & le comte promirent de se rendre justice sur la vicomte de Gévaudan, possédée par le premier, 81 sur le comté de Melgueil &. le château d'Albaron , possédés par l'autre; en sorte que leurs différends sur ces domaines demeurèrent indécis, & que chacun resta en possession de ce qu'il avoit. 3° Le roi engagea au comte le château d'Albaron avec ses dépendances, l'île de Camargue & quelques autres îles du Pvhône, jusqu'à ce qu'il lui eût payé les trois mille cent marcs d'argent dont on vient de parler. 4° Le comte promit de tenir compte, sur cette somme, de celle de quinze mille sols melgoriens pour la rançon d'Hugues-Gaufred, vicomte de Marseille. 5° Enfin ces deux princes se pardonnèrent réciproquement tout le mal qu'ils s'étoient fait durant la guerre, & promirent de vivre dans la suite, eux S<. leurs vassaux en bonne amitié. Ce traité fut conclu en présence de Pierre (ou plutôt de Pons), archevêque de Narbonne, Robert, archevêque de Vienne, Aldebert, évêque de Nimes, des abbés de Psalmodi 81 de Saint-Thibéry, de Roger, vicomte de Béziers Se de Carcassonne, de Raimond-Gaucelin & Pierre-Gaucelin, son frère, seigneurs de Lunel, d'Elzéar de Castries 8<. de plusieurs autres seigneurs ecclésiastiques 8c séculiers de la cour du comte de Toulouse, de Pvainîond, archevêque d'Arles, de Pierre, évêque de Saragosse, Pvoger-Bernard, comte de Foix, Gui de Sévérac, Bernard 8c Raimond de Baux, Sec, de la cour du roi d'Aragon. Tel fut ce traité de paix, dont plusieurs modernes ont parlé Se auquel ils ont ajouté quelques^ circonstances qui ne sont pas exactes.
• Marca Hispantca, c. i368 & seq. ' Voyez tome VII, Note IV, pp. lo, ii.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIX. 6g ~ T
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LXIV. — I\Iort d'Er messin de de Pelet , comtesse de Melgueil. — Ra'imond, fils du comte de Toulouse, son mari, hérite de ce comté.
Le roi d'Aragon , suivi de ses deux frères : Raimond-Bérenger, à qui il avoit donné le comté de Provence pour le posséder sous son autorité, & Sanche, marcha', au mois de juin suivant, contre la ville de Nice pour venger sur ses habitans la mort de Raimond-Bérenger, comte de Provence, son cousin. Quant au comte Raimond, il s'arrêta aux environs du Rhône, 8c nous avons lieu de croire qu'il étoit à Malaucène, dans le diocèse de Vaison, lorsque Ermessinde de Pelet, comtesse de Melgueil, sa belle-iille, femme de Raimond, son fils, mourut dans ce château au mois de septembre de l'an 1 176. Cette princesse, peu de temps avant sa mort, fit un testament^ nuncupatif, suivant lequel elle lègue deux mille sols de rente viagère à la comtesse Béatrix, sa mère, dispose de mille sols en œuvres pies, & donne le comté de Melgueil 8c le reste de ses domaines au comte de Toulouse Se à Raimond, son mari, fils de ce prince. Ermessinde étant morte peu de temps après, les témoins qui avoient été présens au testament furent ouïs, le 3 de novembre suivant, devant Raimond des Arènes, cardinal-diacre, 8c Aldebert, évêque de Nimes, qui le publièrent avec la donation que la même Béatrix 8c Ermessinde, sa fille, avoient faite quatre ans auparavant du comté de Melgueil au comte de Toulouse 8c à son fils. Bernard-Aton, vicomte de Nimes 8c d'Agde, t.''nit'p'!"i2 Èlzéar, seigneur d'Uzès, Raimond dit Rascas, son frère, Raoul, chancelier du comte de Toulouse, Guy Guerrejat de Montpellier, Pons-Gaucelin de Lunel, Guy de Séverac 8c plusieurs autres seigneurs furent présens à cette puljlication. Par là le comte de Toulouse 8c son fils acquirent un nouveau droit sur le comté de Melgueil. Du reste, il ne paroît pas que ce dernier, qui se remaria quelque temps après avec Béatrix de Béziers, sœur de Roger III, vicomte de Béziers, ait eu des enfans d'Ermessinde de Pelet. Le cardinal Raimond des Arènes étoit sans doute légat dans la Province, Se appartenoit peut-être à une maison de ce nom établie, à Nimes, qui avoit pris son nom des Arènes ou de l'amphithéâtre de cette ville. Il étoit dans^ le pays en 1171, Se il fut présent à l'acte'* par lequel Raimond, comte de Toulouse, promit en 1174, au vicomte Bernard-Aton, de lui conserver ses domaines.
LXV. — Les vicomtes de 'Nimes &■ de Carcassonne, la vicomtesse de Narhonnc (S- les seigneurs de Montpellier se liguent avec le roi d'Aragon contre le comte de Toulouse.
Bernard-Aton, Guy Guerrejat de Montpellier, son oncle (maternel), Guillaume VIII, seigneur de Montpellier, Se Burgundion, son hère, neveux du
' Bouche, La chorographie, &c. t. 2, p. io")3. ' Gallia Christiana, nov. éd. t. 6, InsZrum. c. 2S3.
' Voyez tome VllI, Chartes, n°' XV & XXIII, ' Voyez tome VIII, Chartes, n, XX, c. Soy.
ce. 193, 296, & îzB, 32.},
An 1 177 '
même Guy, se liguèrent' l'année suivanle contre le comte de Toulouse, & attirèrent dans leur ligue Roger, vicomte de Béziers & de Carcassonne. Ils promirent tous cinq par serment ; 1° De s'entr'aider de tout leur pouvoir « contre le comte de Toulouse 8< ses fils, durant la guerre cju'ils leur feroient. « 2° De ne conclure aucune paix sans le consentement les uns des autres. « 3° De ne pas permettre que le comte de Toulouse & ses fils acquissent la « ville de Narbonne 61 les domaines de la vicomtesse Ermengarde; &., supposé <i que ce comte &. son fils se rendissent maîtres de cette ville, de leur faire la « guerre jusqu'à ce que quelque parent d'Aymeri de Narbonne ou le roi « d'Aragon l'eussent recouvrée avec ses dépendances. « Le vicomte de Carcassonne donna au vicomte de Nimes, son cousin, 8c aux seigneurs de Montpellier, Raimond de Tarrassone Se son fils, Pierre-Raimond d'Hautpoul 81 Guillaume de Saint-Paul pour garants de sa promesse.
Nous inférons de là que le comte de Toulouse vouloit s'assurer alors de Narbonne; qu'Ermengarde, vicomtesse de cette ville, pour l'en empêcher, eut recours à la protection du roi d'Aragon, des vicomtes de Carcassonne 8c de Nimes, Se des seigneurs de Montpellier; 8c que ce fut le principal motif de leur ligue contre ce prince. Quant au motif qui peut avoir engagé le comte de Toulouse à faire quelque entreprise sur Narbonne, voici ce qui nous paroît de plus vraisemblable. On a remarqué que la vicomtesse Ermengarde, se voyant sans espérance de laisser postérité, avoit attiré à sa cour, dès l'an 1168, Aymeri de Lara, son neveu, fils de sa sœur Ermessinde, 8c qu'elle l'avoit adopté. Aymeri avoit, en effet, quitté le nom de sa maison pour prendre celui de Narbonne, Se il administroit, en 1176, les domaines d'Ermengarde comme s'il en eût été le maître. C'est ce qu'on voit par un acte^, du 26 janvier de cette année, suivant lequel il se donne pendant sa vie 8c après sa mort à l'abbaye de Fontfroide, s'engage d'y embrasser l'état religieux, supposé qu'il renonce au monde, choisit sa sépulture dans ce monastère, le confirme dans la possession en franc-alleu de tous les biens qui lui avoient été donnés dans la vicomte de Narbonne, Se se déclare son défenseur. On voit encore que le même Aymeri jouissoit, en^ ii77> '^^ guidage 8c du péage sur le chemin de Salses, dans la même vicomte. Se qu'il donna alors ces droits en engagement. Or, comme Aymeri mouruf* la même année sans enfans, c'est sans doute ce qui porta le comte de Toulouse à prendre des mesures pour s'assurer de la vicomte de Narbonne, en qualité de suzerain, afin d'empêcher Ermengarde d'en disposer en faveur de quelque autre de ses neveux sans son consentement.
Nous ignorons le succès 8e les suites de cette ligue; il paroît seulement que le comte de Toulouse étoit maître de Narbonne à la fin de l'année. Se qu'Ermengarde avoit appelé auprès d'elle, dès l'an 1179, ^^ comte^ Pierre de Lara, son autre neveu, frère puînéi^ d'Aymeri. Quant aux vicomtes de Nimes Se
' Tome VIII, Chartes, n. XXIV, ce. 325, 3j6. ■• Voyez tome VU, Note VI, n. ÏV, pp. ifi, 17.
' Gallia Cliristiana, iiov. éd. t. 6, p. 4,5 & seq. ' Cartiiîaire du château ce Foix.
^ Tome VIII, Chartes, n. XXII, ce. 3i8, 3i(;. ' Voyez tome VII, ut supra.
' An 1 177
de Carcassonne, voici ce que les monumens nous apprennent d'evix pendant l'année 1177. L/C premier' étant à Nimes, au mois de mai de cette année, accorda divers privilèges à l'abbaye de Franquevaux, lui permit de posséder en alleu les biens qu'elle avoit acquis dans ses domaines, où il lui accorda le droit de pacage, s'en déclara le protecteur Se y choisit sa sépulture. Il étoit t!'n]°'p^'4i. encore dans cette ville au mois de juin suivant, & il y vendit alors au prévôt S<. aux chanoines de la cathédrale, du conseil de Guy, son oncle, deux sols de cens qu'ils lui dévoient, 8t ratifia un accord que la vicomtesse Guillelmette, sa mère, avoit fait auparavant avec eux, de l'avis de Guillaume de Montpellier, son tuteur. Guillelmette approuva cette ratification.
Roger, vicomte de Béziers Se de Carcassonne, reçut ^ de son coté, au mois d'avril de l'an 1177, l'hommage pour le château vieux d'Albi, 8t les forteresses de Tarsac, Abirac 8t Marsac. Il engagea, au mois d'août suivant, à Roger de Durfort, l'albergue qu'il avoit à Malvers; Se k Hugues de Pvomegous, son viguier de Carcassonne, pour vingt-huit mille sols melgoriens, ses domaines de Coutoulens, Capendu, Sec. Il reçut enfin, au mois de décemljre suivant Seau commencement de l'an 1178, l'hommage pour le faubourg du château de Lombers, en Albigeois, Se pour les châteaux de Pépieux Se de Clermont.