IX. — Pays des Volces appelé aujourd'hui Languedoc
La partie occidentale de la Province romaine comprenoit tout le pays habité par les Volces, Volcae, Se renfermoit la plus grande partie du Languedoc avec le Roussillon, le pays de Foix, 8c cette portion de l'ancien diocèse de Toulouse qui est comprise aujourd'hui dans la Gascogne. Cette partie occidentale étoit séparée de l'autre par le Rhône, qui se déchargeoit alors dans la mer Intérieure ou Méditerranée par trois bouches : la première à l'orient 8c du côté de Marseille s'appeloit MassaUotique } la seconde, qui étoit au couchant 8c qui regardoit l'Espagne, se nommoit Hispaniense ; 8c celle du milieu Metapïnum. On donnoit aux deux dernières le nom de Libyques'*, parce qu'au rapport d'un auteur, cette côte étoit appelée autrefois Ligustique^.
Le pays des Volces"^ étoit donc borné au levant par le Rhône, au midi par
' Voir Freinshemius, ad Epit. 47 T. Livii,n. 29, &seq.
' Voir César, de Bello Gjîlico, 1. 1.
'Voir sur les limites de la Province romaine aux différentes époques U Note CVI , au tome 11.
* Pline, 1. 3, n. 5. Voir les Notes d'Hardouin, iiid. Consulter sur les embouchures du Rhône le récent travail de M. Ernest Desjardins, 1 vol. in-4°, avec planches, 1866. [E. M.]
' Os n'est point parce que cette côte était autrefois appelée Ligustique qu'on donnait le nom de Libyques aux embouchures occidentales du Rhône, mais parce que ces embouchures avaient été occuj;ces par une tribude Ligures appelée /-r'^arci L'tb'ici ou Lthec't ; on retrouve le même peuple dans la Gaule Cisalpine, oii il avait été probablement refoulé lors des invasions ibérienne & celtique. C'est donc en souvenir du premier emplacement de cette peuplade que Pline l'Ancien appelle les embouchures du Rhône Ora Libyca. On a des monnaies aux types de Mar- $eille portant «n caractères celtjbériens la légende
rétrograde Lihec't, ce qui prouve que ce peuple a dû persister dans la Gaule Transalpine, à côté des Anari7ii, jusqu'au troisième ou deuxième siècle avant Jésus-Christ. — Voir à ce sujet la Numismatii/ue Je la Narhonnaise, par M. de la Saussaye. [E. M.] "Les Volkes étaient certainement établis dans le sud de la Gaule à l'époque des guerres Puniques, puisque Tile-Live les désigne sous leur nom parmi les peuples de race gauloise dont Annibal avait traversé le territoire (îi8 avant notre ère) avant d'atteindre 1* Rhône & les Alpes. Il les signale même comme le seul de ces peuples qui ait osé opposer quelque résistance à la grande armée du général carthaginois j ce qui semble indiquer qu'ils étaient dès cette époque une nation puissante, comme les appelle l'historien, la plus puissante probablement de toutes celles qui habitaient alors le riche pays compris entre le Rhône & les Pyrénées '. Caton l'Ancien, qui les cite
' Céleris metu aut pretio pacatisjam in Volcarum pervenerat a^rum, gentis vaUJae. (T.-Liv. I. Ji,c. 26.) Polvbe,
^n de Rome
io8
la Méditerranée, & au couchant par les Pyrénées Se les deux bords de la Garonne jusques à la jonction de ce fleuve avec le Tarnj les bornes du même
un demi siècle après les guerres Puniques, ne les connaît encore que sous le nom générique de Volcae (Volcae & Volcaiy que les Romains prononçaient Volkae), Il ne paraît pas se douter plus que Tiie- Live qu'ils étaient divisés en deux tribus ou deux nations ayant chacune leur territoire & leur organisation bien distincts ^. Le seul fait important qu'ils nous apprennent au sujet de ce peuple barbare, à peu près inconnu aux Romains avant la conquête de la Narbonnaise, c'est que leur territoire (i^pr) s'étendait à cette époque au delà du Rhône, qui leur a servi depuis de limite, c'est-àdire, en d'autres termes, que, suivant l'usage des peuples celtiques, ils habitaient à la fois la rive droite & la rive gauche du fleuve, qu'ils eurent un instant l'intention de défendre contre les Carthaginois*. C'est ainsi qu'ils s'étaient trouvés voisins des Massaliotes , auxquels Tite -Live & Caton avaient probablement emprunté les rares détails que nous venons de résumer.
Strabon, Mêla & Pline, auxquels nous devons les premiers renseignements précis St. circonstanciés que les anciens nous aient laissés sur le pays des Volkes & sur leur histoire, appartiennent, comme on lésait, au premier siècle de l'ère chrétienne. Ils vivaient par conséquent à une époque où les Volkes avaient perdu depuis longtemps leur indépendance & leur nationalité. Soumis une première fois par les Arvernes, dont nous avons raconté les conquêtes & la domination momentanées'', ils étaient tombés, après la chute des Arvernes, sous la domination des Romains, quand ceux-ci étaient devenus les maîtres de la Gaule du sud, érigée par eux en province. Mais sous l'un comme sous l'autre de ces deux régimes, ils étaient restés en possession du riche territoire qu'ils avaient conquis ou occupé *par la force de leurs armes à des époques oubliées. Posidonius, qui voyageait en Gaule dans les dernières années du second siècle avant notre ère, les y avait trouvés divisés en deux nations distinctes quoique sorties d'une souche commune, comme l'indique le nom commun lui-même de ^oicac^sous lequel
qui paraît puiser à d'aulres sources que Tite-Livc pour cette partie de son histoire, les confond, sans les nommer, parmi les diveis pL'upIes de race celtique : 5ià to itXV|0(j; tùv (iiTotù xu- [tmiv KtAtwv qu'Annibal aurait gagnés par des présents ou contenus par la lorce de ses armes : toùç i^tv ^^-rjiAosi ■niioaç...
To"j; '5t ii-.aTa;i:tvoî. (POLYB. liist. \. 3,0. 4.)
' Anctor est Cato Cenomanos juxta Massiliam habitasse, in ociA. (Pline, 1. 3, c. 19.)
î Colunt autem circa utramque ripam Rliodani, scd diffiai citeriorc agio arceri Poenuyn posse, ut Jîumcn yro munimenlo habcrent , omnibus ferme suis Imns Rhodaniim trajectiSjUlteriorem ripam armis obtiiiebant.(T.-hivE,,i. /.)
♦ Voyez, au livre 1, la note 4 de la page 76,
elles se désignaient^. C'est ainsi que les Bituriges des embouchures de la Garonne, en se détachant de la puissante nation des Bituriges (le Berry actuel), dont on peut les considérer comme une fraction dissidente^ avaient pris ou reçu le surnom de Vivisci^ sous lequel ils se distinguaient eux-mêmes du peuple principal, resté dans la mère-patrie & désigné sous celui de Bituriges-Cuhi ^.
Les grandes villes romaines de leur pays, dont nous admirons encore les vestiges ou les ruines : Tolosa, Carcaso^ Nemausas, n'étaient, comme nous le montrerons bientôt , que des villages volkes dont la population & l'importance s'étaient accrues sous l'influence de causes diverses, assez difficiles à apprécier aujourd'hui ''. Il est même impossible de douter que tel ou tel de ces centres de population n'aient été, longtemps avant la conquête, les chefslieux de territoires plus ou moins étendus qui auraient conservé leur métropole dans la nouvelle organisation, comme ils conservaient leurs circonscriptions inférieures & quelquefois leurs limites consacrées par des habitudes séculaires. Dans les villes romaines ou latines organisées plus tard sur tous les points de la nouvelle province, qui reçut ainsi sa forme définitive & sa physionomie romaine, administrativement parlant, Vordo ou le conseil municipal de la nouvelle ville n'était, à de rares exceptions près, que l'assemblée des notables du canton ou de la tribu^, transformée par les Romains en aristocratie bourgeoise, & chargée à ce titre dî l'administration municipale & financière de la
(TcxTOffàva;) ùxiç ii.î tr,v olxïlav... (Apud StraB. I. 4, C. I, J 1 3.)
— Quant à leurs surnoms (Ttx-rGdà-jai, TtxT&aàm ; en latin, Tectosagae, Tectosa^i, Tecto^ages — 'AptixojtLxoi ; en latin. Are' comici), que ion expliquait jadis à l'aide du latin & du grec, nous nous contenterons de remarquer que les linguistes actuels les regardent l'un & l'autre comme des noms purement celtiques, composés, suivant l'habitude gauloise, de plusieurs parties (sagum, — are ou ari, — coma ou corne, &c.) dont chacune avait son sens & sa valeur.
6 Les Bituriges-Cubi (BiwJpiY'? ^''- Ko\.5oi xoi'^-iiJitvoi ; Strab. I. 4, c. 2, 5 2. — Voir aussi Ptolem. 11, 7, i 3; — Plin. IV, i5, 33. & les Inscriptions, passim) avaient pour chef-lieu Voppidum d'Avaricum, un des plus grands & un des mieux fortifiés de toute la Gaule, au tempj de la conquête. (Afaximum munitissimumque... César, 1. 7, c. i3.) Les Bituriges Vivisci ou Vibisci ("otix^t [Oïoîoxot?] ; Strab. 1. i, c. 2. § i, — Voyez aussi Ptol. II, 7, 8; — Plin. IV, 19, 33, & les Ins' criptions de BurJigala, à la fin du tome II), que Strabon signale comme le seul peuple de race celtique ;àVAOï.JXov) établi en Aquitame, avaient pour ifiroftov le poit de Uojfîîf^^a. situé au bord d'un étang, sur la rive gauche de la Garonne. (Strab. /. /.)
' ... xwfjiiiv itpoTtpov o-jffav, comme le dit Strabon en parlant de Oiîiwva. devenue la métropole (x'ZTt^Kî-joxaot, itiXiv) du grand peuple des .Mlobrogcs. (Strab. I. IV, c. i. § i i.)
8 PriniorcSy nobiles. (Cés\a,pdss.) ~ii\ t-K-.coLvtoTaxot. (Strab.
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. II. log , ,
7 An de Rome
pays du côté du septentrion sont moins connues. On sait en général que les Cévennes lui servoient de limites de ce côté-là 5 mais comme ces montagnes n'occupoient pas tout l'espace qui est entre le Rhône St la
cité. Dans les campagnes, habilement reliées & subordonnées à ces nouvelles villes qui devenaient pour Rome un puissant moyen d'assimilation, les populations de race volke avaient conservé plus fidèlement encore les traits distinctifs de leur physionomie nationale. Cicéron, qui écrivait plus de soixante ans après la conquête, nous les montre vêtus toujours du sagum & de la braye 8c parlant chez eux cet idiome guttural auquel les Romains appliquaient par excellence le nom de Barbare'. Leurs monnaieselles-mèmes.dont nouspossédons un assez grand nombre, n'ont adopté que tard l'idiome 8c le système monétaire des nouveaux maîtres du pays. Elles offrent souvent, même après la conquête, des noms propres, tronqués ou complets, dans lesquels on a cru reconnaître des noms de chefs ou de rois que les tribus barbares auraient conservés jusqu'à cette époque avec l'organisation dont ils formaient le couronnement '".
On s'explique, après ce que nous venons de dire, comment les géographes du premier siècle, en décrivant la Gaule Narbonnaise, comme on l'appelait alors, paraissent aussi vivement frappés de ces anciennes nationalités transformées plutôt que supprimées par la conquête, tandis qu'ils n'accordent qu'une faible attention aux nouvelles circonscriptions politiques des Romains : " changeantes 8t " passagères, dit l'un d'eux, comme les pouvoirs « qui les établissent ". » Quoique bien déchus à cette époque de ce qu'ils avaient été deux ou trois siècles auparavant, les Volkes formaient encore avec les Allobroges, dont Cicéron les rapproche volontiers", ce que nous appellerions aujourd'hui la population dominante de la nouvelle province, celle qui y avait laissé les souvenirs les plus brillants 8c les réalités les plus durables. A ne s'attacher, comme le font les Bénédictins, qu'aux résultats généraux recueillis 8c formulés par Sirabon 8c Ptolémée ", ce serait aux Volkes qu'aurait appartenu
♦ Sic fitimatii eos hic (Romac) sa^alos braccalosqur rcnari, animo Jcivi.-ao atque Ituntili... tl'i contra vagantitr laeti jl^uc erecii passim ioto foro cum quibusdam minis £■ barb^rn atque inmani terrore verbonim. (Cic. pro Funteio. c. i3, 33 [XI, 23J.)
'• Voyez passim MM. de Lagoy, f>p. varia; de la Saussayc, Sumismatique Je la Gaule Sarbonnaiie ; & Mommscn. Ro-'niirch. Mùn;ii'esen, p. 674 & «uiv.
• -■.JU.;, iztif i, x«i ii'iijiT,; «;-.«. ist i ' 01 ^^c^Aiviç. T-t-.ç t(,vç itat^ov; r.'.-
(Strab. I. IV, C. I, Jl)
" Vos Valcarum alque Aiiabrngum letlimoniis non cre- Jcre timelis. {Cic. pru l-'onleiu, 12, 26<Vill, i6j.)
" Voyez plus loin les deux notes ".ur les Voll,c>- Teclossgcs & Arccoiiiikes.
presque tout entier le grand pays qui s'étend depuis les Pyrénées jusqu'au Rhône, 8c depuis la mer jusqu'aux montagnes de l'intérieur. Parmi les populations celtiques ou autres qui habitaient avant eux ce vaste territoire, quelques-unes auraient du leur céder le sol défriché 8c cultivé par elles dans les riches plaines dalluvion où nous allons les trouver établies, à l'ouest comme à l'est des Cévennes. D'autres l'auraient conservé à des conditions diverses, en devenant sujettes, vassales ou clientes des nouveaux maîtres du pays; ce qui semblerait indiquer que l'organisation politique 8c territoriale imposée par les Volkes à la KéXT'.xr; , comme l'appelaient les géographes grecs, ne différait point essentiellement de celle que les Arvernes ont -mposée depuis aux Volkes eux-mêmes 8c à leur territoire. C'est évidemment à ces populations oubliées que Strabon fait allusion quand il nous parle, en termes génériques, <i de petits peuples 8c de nations obscures " u se maintenant sur divers points, à côté des populations de race volke. Les géographes romains, qui en désignent quelques-unes sous leurs noms de peuple ou de ville ''', ne nous en apprennent pas beaucoup plus sur leur compte, car il reste toujours à savoir SI elles avaient conservé leur territoire 8c leur indépendance lors de l'établissement des Vclke» dans le Midi, ou si elles les auraient reconquis plus tard, à l'époque de la décadence des Volkes Tectosages.
Sur ces questions de détail, comme sur beaucoup d'autres, nous en sommes strictement réduits aux indications bien incomplètes des écrivains anciens. Mais il n'est pas impossible, en serrant d'un peu près leurs témoignages, dont chaque mot a sa valeur, de distinguer au milieu de ces territoires indépendant» ou tributaires ceux dont les tribus volkes avaient pris directement possession, à l'ouest comme à l'est des Cévennes ", 8c d'en ressaisir même aujourd'hui l'empi.icement 8c les limites approximatives. [E. B.]
'^ Kai iUot Tivi^... (StraO. I. 4, CI, {I 2) — 'aVa* ii Ur.v «îo;» ia-.i] *«l {LtE^â *«p«liiAlv« toï; 'Ap»,*0Hl«6lç miy^i lrvfi;v,)4, {U. 18.)
" Aliquot sunt cum aliquibus nominibus loca... Secundum Déterras orlis Jluit... /nda est ora Sardonum. (Mêla. I. 2, c. 5.) — In ara re^io Sardonum intusque Consuaranorum...Delerriie Sept!imanoruin...oppida latina... f'iscenae, Ruteni... Lutcvuni qui & Foroneranicnsci... (Pun. 1. 1. c. 4l5j.)
'« K«i '.k «xpa -.wv Kt;A)At''<.>v ip^iv [li/fi Tu-:9*t«;<uv,.. -:p'.!;o;jtv«, xatà ■!«; aAÀVf cXf^çà;, Tù li 'Uxla/w «ai toîî ht^;*iv-.tî &»*«-.. (SlRAfl.