XCV. — Défaîte des Bretons par les Vislgoths dans le Berry
Les exploits qu'Euric fit en personne dans les Gaules ne furent ni moins rapides ni moins considérables. Les ' Bretons qui, comme nous avons dit, setoient déjà établis dans les Armoriques sous le bon plaisir & la protection des empereurs, furent les premiers qui éprouvèrent la force de ses armes. Antbème, se voyant trop foible pour résister aux entreprises d'Euric, avoit engagé Riotbime, leur roi, de faire la guerre à ce prince pour arrêter ses progrès & les desseins qu'il avoit d'étendre sa domination du côté de la Loire. An 470 Dans cette vue, Riotbime se mit à la tête de douze mille soldats des plus braves de sa nation, & s'étant embarqué, remonta la Loire avec ses troupes pour se jeter ensuite dans Bourges, qu'Euric menaçoit d'assiéger. Les Bretons furent reçus avec joie dans cette ville, mais cette joie fut courte 5 car à l'arrivée d'Euric dans le Berry,, ces peuples étant allés à sa rencontre , il se donna un combat sanglant entre eux &, les Visigotbs, dans lequel Riotbime fut entièrement défait avant que l'armée romaine ne pût venir à son secours. Ce prince perdit dans cette action, qui se passa au bourg de Déols, près de Châteauroux, la meilleure partie de ses troupes : le reste des Bretons fut mis en fuite Si obligé d'aller chercber avec leur roi un asile cbez les Bourguignons, alliés des Romains.
XCVL — Progrès des armes d'Euric dans V Aquitaine première par la trahison
de Séronat,
Nonobstant le gain de cette bataille, les Visigotbs ne se rendirent pas alors maîtres du Berry. Ils étendirent cependant leurs conquêtes dans l'Aquitaine première; en sorte que l'empereur Antbème, pour arrêter^ le progrès de leurs armes, fut obligé d'implorer le secours des Bourguignons et des François. Ces derniers marchèrent en diligence au service de l'Empire, 8c le comte Paul, s'étant mis en campagne peu de temps après la défaite de Riotbime avec un corps considérable de troupes de cette nation , entra dans le pays soumis aux Visigotbs, y fit le dégât 8c en rapporta un riche butin : il paroît que les Visigotbs eurent ensuite leur revanche' sur les François, qu'ils remportèrent divers avantages sur eux 8c qu'ils les battirent en différentes rencontres.
Antbème acheta ^ le secours des Bourguignons au prix de la ville de Lyon 8c des pays circonvoisins, tels que ceux de Vienne 8c de Vivarais, qu'il céda à Chilpéric, leur roi, pour en prendre la défense contre les Visigotbs. Cet
Jornandès, de Rehui Geticis, c. 43. — Grégoire ' Sidoine Apollinaire, 1. 8, epist. 3 &. 9.
de Tours, Hirt. 1. 1, c. 18. ' < liiJ. 1. f) , epi;t. 6. — Tillemont, Hinaire
' Grégoire de Tours, ,H';j(. I. 2, c. 18. ecdésiastiijue, art. 2. sur S. Rom.
An 470
empereur donna en même temps la charge de maître de la milice des Gaules pour les Romains au même Chilpéric. Les Bourguignons, sensibles à cette cession, Se fidèles à leur alliance avec les Romains, firent ' les derniers efforts pour défendre l'Empire contre les entreprises d'Euric 8c eurent soin surtout de mettre de bonnes garnisons dans les places d'Auvergne que ce roi menaçoit d'attaquer.
Euric, de son côté, joignant l'intrigue à la terreur que donnoit la prospérité de ses armes, tâcha d'étendre ses conquêtes de plus en plus. Séronat^, homme avare & emporté, qui gouvernoit alors les provinces des Gaules soumises à la domination des Romains sous le titre, à ce qu'on ^ croit, de préfet, voyant les progrès étonnans de ce roi & l'impossibilité où se trouvoient les Romains de les arrêter, fit divers vojages à la cour de ce prince pour traiter avec lui au préjudice de l'Empire, & s'engagea de gagner & de livrer aux Visigoths les provinces romaines voisines de leurs États dont il les pressa de se rendre maîtres. Séronat, non content de trahir sa patrie, exerçoit sur elle ^'^^j'- «''s'"toute sorte de violences 8c la rendoit misérable par ses malversations. Les peuples de Rouergue , de Gévaudan 8c d'Auvergne, qui étoient encore alors sous l'obéissance des Romains, éprouvèrent plus particulièrement ses vexations au retour des deux voyages qu'il avoit faits à Aire 8c à Toulouse, à la cour d'Euric, avec lequel il entretenoit des intelligences, comme on l'a déjà dit. Il devint enfin si insupportable 8c si odieux aux peuples des provinces de la domination romaine qu'il tâchoit de soumettre à ce prince, que la plupart des habitans étoient déjà résolus de prendre la fuite 8c d'abandonner leurs biens pour se mettre à l'abri des impositions excessives dont il les chargeoit, quand quelques puissans seigneurs d'Auvergne ayant trouvé mojen de s'assurer de sa personne, le firent conduire à l'empereur Anthème qui lui fit expier, par le dernier supplice, les crimes qu'il avoit commis.
XCVIL — L' Aquitaine première se soumet aux Visigoths, à la réserve
du Berry 0 de l'Auvergne.
La punition de Séronat n'empêcha pas Euric de profiter de la trahison de cet officier pour soumettre les peuples de l'Aquitaine première qu'il n'avoit pas encore réduits sous son obéissance; ses conquêtes furent si rapides dans cette province, qu'il se rendit maître en peu de temps du Vêlai, du Gévaudan 8c de l'Albigeois qui font aujourd'hui partie de la province de Languedoc- il conquit avec la même facilité le Rouergue, le Querci Se le Limousin de
sorte "♦ qu'en l'année 472, ou la sixième année de son règne, il ne restoit aux
Romains dans la première Aquitaine que le Berry 8c l'Auvergne, comme il ^"''^'
'Sidoine Apollinnire, Carmina , 12. — Tille- ' TdUmont , art. ^ sur S. SUoine. A. de Va -
mont, art. 12 sur S. Sidoine. lois, Rerum Francicarum 1. 5, p. 214.
• Sidoine Apollinaire, 1. 2, eyj/sr. ij I. 5, e;ii5t. i3; ''Sidoine Apollinaire, 1. 7, epist. 5. Tille-