‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 502 sur 553 · XXXIII. — Louis entreprend la guerre contre les Sarrasins · texte numérisé non relu

XXXIII. — Louis entreprend la guerre contre les Sarrasins

^^TTqô L'année suivante , Louis retourna ' auprès du roi son père , & demeura

avec lui pendant toute la campagne. Il semble^ cependant qu'avant son départ d'Aquitaine pour la Germanie, Charlemagne l'envoya la même année avec le prince Charles, son frère, sur les frontières d'Espagne pour avoir leur revanche sur les Sarrasins du dégât que ces infidèles avoient fait trois ans auparavant dans la Septimanie. Il est du moins certain que l'armée françoise traita alors leurs frontières comme ils avoient traité cette province, & cela d'autant plus aisément que la guerre civile & les divisions qui suivirent la mort d'Issem, roi de Cordoue, mettoient les infidèles hors d'état de s'y opposer. Après cette excursion, Louis & Charles allèrent joindre le roi leur père à Aix-la-Chapelle, & y passèrent l'hiver avec lui.

On croit ^ que dans cette expédition Louis fit promettre à Zade, gouverneur de Barcelone, qui, malgré ses anciennes promesses, affectoit de vivre dans l'indépendance, d'aller se présenter incessamment devant le roi Charlemagne Si de lui renouveler son serment de fidélité. Nous savons, en effet, ~^ que ce seigneur se rendit, au commencement '^ de l'été suivant, auprès de ce

prince à Aix-la-Chapelle, & qu'il se soumit à son autorité; mais Zade, à l'exemple des autres gouverneurs sarrasins de cette frontière, ne reconnoissoit la souveraineté des François qu'autant que ses intérêts le demandoient, 81 il faisoit également hommage aux rois maures d'Espagne, suivant les diverses circonstances des temps & des affaires, dans la vue de se maintenir, par cette alternative, dans la paisible possession de son gouvernement. S'il faut s'en rapporter à une épitaphe^ de l'abbaye de Castres, Zade avoit un ^lîd.origm. neveu, nommé Béru , qui fut converti à la foi par les soins d'Élisachar, prieur de cette abbaye, 8c qui y fut inhumé l'an 8005 mais ce monument nous paroît un peu suspect'^.

Charles 7, après avoir reçu l'hommage du gouverneur de Barcelone, fit partir Louis, son fils, pour aller assiéger Huesca, sur la frontière d'Espagne, dont le gouverneur lui refusoit l'obéissance que son prédécesseur lui avoit jurée. Nous ignorons si ce prince entreprit effectivement ce siège ; nous savons seulement qu'il fit la guerre aux Sarrasins sur cette frontière, qu'à la fin de la campagne il retourna dans la Germanie, 8<. qu'il joignit Charle-

' Chronique de Moissac, p. 142. — Théodulphe, ^ Borel, Antiquités de Castres, 1. 2 , p. 4. —

Carmina, 1. 3, p. 1062 & seq. — Marca Hispanica, Martène, Voyage littéraire de deux Bénédictins ,

c. 280. t. 1,2"^ part., p. 00.

' Marca Hispanica^ c. 280. ^ Ce monument est complètement apocryphe.

' Ihid. [E M.]

* Éginhard, Annales, p. 248, ' Eginliard, Annales, p. 248 & seq.

magne au nouvel Héristal, palais situé sur le Wéser. Ce roi le rappela auprès de lui, sans doute pour conférer ensemble sur une occasion favorable qui se présentoit de fomenter la guerre civile d'Espagne. Abdalla, frère de l'émir Issem, après lui avoir disputé la couronne, avoit été forcé de la lui céder 8c de se retirer en Afrique; mais il n'eut pas plutôt appris sa mort, qu'il tâcha de ranimer son parti en Espagne & de faire valoir ses droits sur ce royaume. Pour réussir plus sûrement, il résolut de s'allier avec les François Se vint' en personne trouver Charlemagne à Aix-la-Chapelle pour implorer sa protection. Ce roi la lui accorda fort volontiers; il chargea en même temps le roi d'Aquitaine, son fils, qu'il renvoya dans ses États à la fin de la même An 798 année ou au commencement de la suivante, de conduire ce prince sarrasin jusque sur les frontières d'Espagne 8c de favoriser son parti. Abdalla, d'abord après son arrivée au delà des Pyrénées, se mit en armes, fit la guerre^ à Alhacan, fils d'Issem, que les Sarrasins avoient reconnu pour leur roi, 8c lui enleva la ville de Valence, ce qui fit une diversion très -favorable pour Louis, qui avoit dessein de continuer la guerre contre ces infidèles.

Page 1