M. de Jouhert à dom Devïc
A Montpellier, le 9'" aoust 1729. — Des personnes de bon goût m'ont fait remarquer, mon révérend Père, que les planches des anciens monumens delà Province que vous avés fait graver à Paris, sont mal dessinées & mal gravées. Les desseins qui furent faits du temps de M. de Basville & qui vous ont été donnés par M. Gambier, ne sont point du tout corrects & ne repondent point à la beauté de ces monumens pour les Arènes & la Maison quarrée. Entre autres défauts j'en ay observé un qui est bien sensible, c'est que la pluspart des pilastres, qui sont à l'extérieur de l'Amphithéâtre des Arènes, portent à faux les uns sur les autres, dans la planche qui a été gravée; ce qui est un solécisme en fait d'architecture, dont les Romains n'étoient pas capables. La Maison quarrée, qui fait l'admiration des plus habiles architectes, est aussi fort défigurée dans le dessein que vous aviés donné àvostre graveur. Sur cela nous croions, M. de Montferrier & moy, qu'il est indispensable de faire lever de nouveaux plans & desseins précis & exacts & qui représentent ces monumens au vrai &dans le naturel; & pour cet effet, nous avons jette les yeux sur un habile dessinateur, qui est en même tems bon architecte & trèscapable d'exécuter ce que nous voulons'. Nous luy avons recommandé d'y travailler promptement & j'espère pouvoir vous envoier une partie de ces desseins avant la fin de l'année. Marqués moi le tems qu'il faut pour les graver, afin que je puisse me régler là dessus, & faire faire toute la diligence qui sera nécessaire. Il ne faut pas regretter la peine & la dépense des planches que vous aviés fait faire, qui auroient été fort critiquées avec raison, & on se seroit moqué de nous d'avoir copié les fautes des autres & de ne les avoir pas redressées, pouvant le faire si aisément. J'aimerois beaucoup mieux supprimer ces planches que de les donner mauvaises. Je crois que vous serés de notre avis, & il ne s'agit que de s'arranger de manière que la publication du premier volume ne soit pas retardée.
M. de Plantade & M. Clapiès se mettent aujourd'huy en chemin pour lever la carte géographique de la Province. Ils commenceront leurs opérations sur la montagne de Cette & de là ils suivront les côtes, en allant vers Narbonne. (Fonds de Languedoc, t. 184, fol. 2l3-2l5.)