Le même à dom Devic
A Montpellier, le 3r juillet lySo. — Mon révérend Père , je vous dois un compliment sur l'exaltation du cardinal Corsini ' à la papauté; je sai que vous vous intéressés d'une manière particulière à cette grande nouvelle, & il me semble que vous m'avés marqué dans quelqu'une de vos lettres que le cardinal Corsini étoit votre ami particulier. Tout le monde en parle avec de grans éloges, & comme aiant toutes les qualités nécessaires pour remplir dignement la place où il a été élevé; mais il est malheureusement dans sa soixante dix neuvième année; ainsi son règne ne pourra pas être fort long. (Fonds de Languedoc, t. 184, fol. 249.)
71. — Dom Vaissete à M. Cousin de Peyriac, avocat au Parlement [de Toulouse^, à Gaillac, en Albigeois, par Toulouse.
Monsieur, j'ay receu a deux jours l'une de l'autre vos deux lettres, l'une du 10 de ce mois & l'autre du 14. Je me suis informé pour sçavoir quel moyen on pourroit prendre pour obtenir la modération que vous souhaitez. J'ay sçu que c'estoit M'' de Haumont, conseiller d'estat & intendant des finances qui avoit la commission de M'' le controUeur général pour recevoir les mémoires & les placets de ceux qui demandoient une semblable modération, & pour en faire son rapport au Conseil, sur lequel on modéroit conformément aux demandes & aux pièces justificatives qu'on produisoit pour cela. Je me suis addressé a un ami du secrétaire de M' de Haumont qui m'a promis de me faire plaisir & de présenter votre placet. Mais auparavant il faut avoir les pièces justificatives pour l'appuyer, & il faut que vous me les envoyés incessament. Sans cela vous n'avés rien à espérer. Voici les pièces qu'il faut : i" une expédition collationée de votre arrêt de réhabilitation de noblesse, 2° les extraits mortuaires de votre ayeul & de vôtre père & vôtre extrait baptistère, 3" un certificat de vôtre curé légalisé par l'Evêque ou son grand vicaire, comme vous possédés un bien très médiocre & que vous avés famille, 4° un certificat des consuls où vous payés la taille, de la quotité à laquelle vous êtes compris tous les ans. Enfin vous pourrés y joindre un modèle de placet que je corrigerai ou ferai corriger & ferai mettre en forme. Après toutes ces formalités qu'il faudra remplir le plustôt qu'il sera possible, il faudra attendre l'événement du placet, & ce seroit en vain, si vous vous flattiés de prescrire au Conseil la somme à laquelle vous prétendes être modéré. Ce qu'il y a de vray, c'est que vous serés toujours libre de la payer ou de ne la pas payer, au risque de redevenir dans la classe des roturiers. Pour une modération, je compte que vous l'obtiendrés, en fournissant toutes les pièces; mais de vous dire à quelle somme, c'est ce qui m'est impossible & ce qui deppend entièrement de la décision du Conseil qui a autant en veiie de diminuer le nombre des nobles dans le royaume, à cause qu'ils ne participent pas aux tailles dans les pays d'élection, que de retirer de l'argent pour les coffres du Roy. Mais comme vous êtes
' Laurent Corsini , pape sous le nom de Clément XII, élu le 12 juillet de cette année.
:oo* PIÈCES JUSTIFICATIVES. — CORRESPONDANCE.
dans une province où vous êtes sujet à la taille, cela pourra rendre vôtre cause plus favorable, & il ne faut pas oublier de le faire valoir dans le placet, de même que le service de vôtre ayeul dans la magistrature. A vous parler franchement, je vous estimerois fort heureux si on vous ôtoit les trois quarts de la taxe; mais c'est sur quoy je n'oserois me flatter. Ce dont vous pouvés vous asseurer, c'est que je ferai de mon mieux, après avoir receu les pièces justificatives. Il y aura quelques frais à faire, & j'en ferai volontiers les avances pour l'amour de vous, pourveu qu'elles n'aillent pas bien loin. Au sujet des poursuites dont M'' l'intendant vous menace, je crois qu'il veut dire seulement qu'étant dans le cas de payer la taxe, on vous sommera de la payer ou de renoncer à votre droit. Sur quoi vous pourries écrire à M'^ l'intendant pour luy demander du tems, attendu que vous vous êtes adressé au Conseil pour obtenir une modération nécessaire, sans laquelle vous ne sauriés payer, & si on vous fait une sommation, vous pourries répondre la même chose. J'attends de vos nouvelles & suis très parfaitement, Monsieur, vôtre très humble & très obéissant serviteur. Fr. Jos. Vaissete. — A Paris, 21'' août lySo. [En la possession de M'"" de Cousin , £• communiquée par M. de Combettes Labourelie.}