Le P. Maurice Poucet , bénédictin , au même
P. Ch. — Mon révérend Père, la haute idée que j'ay toujours eu de votre mérite, de votre esprit & de votre science, depuis que j'ay eu le bonheur de vous counoitre à Paris, m'avoit tellement prévenu en faveur du grand ouvrage de l'Histoire générale du Languedoc auquel vous & le R. P. Devic travailliez que j'ay toujours été dans une vraye impatience que cet ouvrage parût au plustot dans le public, persuadé qu'il ne fairoit pas moins d'honeur à notre congrégation qu'à ses deux illustres auteurs. Enfin, grâces à Dieu, voilà en partie mes vœux accomplis par la publication du premier volume qui nous ariuonce la publication prochaine des autres. A peine eûmes nous reçu ce premier volume que je m'empressay avec une extrême ardeur de le lire. Je ne puis vous exprimer, Mon révérend Père, combien plus j'en ay été satisfait, tant je l'ay trouvé bien écrit, savant, plein de faits intéressans & de recherches curieuses & tant l'ordre m'en a paru beau soit pour la distribution des livres, soit pour l'arrangement des preuves. Je ne crains pas de dire que c'est peut-être le plus complet, le plus sçavant & le plus curieux corps d'histoire de province qui ait paru jusqu'à présent. Qu'il seroit à souhaiter. Mon révérend Père, que tous les ouvrages qui sortent de notre congrégation eussent les qualités de celuy la, qu'on ne s'y appliquât qu'à des ouvrages , non d'une érudition toute prophane, mais d'une érudition sainte, utile à l'Eglise & à l'Etat, qu'on se renfermât dans le? éditions des Pères & dans l'histoire ecclésiastique & civile du royaume, qui a encore besoin d'être défrichée. Un petit nombre de livres de ce genre bien travaillez rendroient la congrégation infiniment plus recommandable, qu'une multitude innombrable d'autres, auxquels l'Eglise & l'Etat n'ont aucun intérêt. C'est une marque de la triste décadence des bonnes études dans notre congrégation que certains livres qui en sont sortis depuis c[uelques années. Le votre 8c le troisième tome de l'édition de saint Basile par le R. P. dom Prudent Marans sont venus fort à propos pour relever l'honeur de la congrégation, si fort diminué par ces sortes d'écrits. Je prie de tout mon cœur le Seigneur de vous donner & à votre illustre collègue le courage & la santé nécessaires pour finir ce que vous avez si heureusement commencé. Vous voila immortalisez l'un & l'autre par ce seul ouvrage. Quelle obligation l'Etat en général & la Province de Languedoc en particulier ne vous doivent point avoir pour un aussi excellent présent? Mais, mon révérend Père, quelque achevé que soit votre ouvrage, il faut cependant que je vous dise que j'ay été surpris que vous n'y ayez point parlé d'un de nos premiers Gaulois, qui s'est rendu célèbre à Rome par sa science, je veux dire, du rhéteur Lucius Plotius dont il est parlé dans le tome second du Traité des Etudes de M. RoUin, p. 421 & 422. Il est vrai qu'on ne sçait pas précisément en quel endroit des Gaules il etoit né, mais on ne peut douter que ce n'ait été dans la Gaule Narbonnoise, ou dans cette partie des Gaules que les Romains appelloient Noire province, puisqu'il enseignoit à Rome, lorsque Cicéron n'étoit encore qu'un jeune étudiant ; c'est à dire, dans un tems que les Romains ne possédoient encore que cette partie des Gaules & qu'ils n'avoient pas encore conquis le reste. Si vous vouliés avoir
quelques éclaircissemens sur ce sçavaiit rhéteur, vous pourries vous adresser à dom Rivet, qui a fait son Eloge tiré de Cicéroii, de Suétone, de Seuèque, de Quintilien & de la Chronique de S' Jérôme. Je crois qu'il a fait encore l'éloge de plusieurs autres Gaulois du même tems, qui tous apparemment étoient aussi de la Gaule Narbonnoisej excusez cette liberté que je prend, & croyez, je vous en supplie, que personne au monde n'est plus intimement & plus parfaitement que je le suis, mon révérend Père, votre très humble, obéissant & dévoué serviteur & confrère. De Marmoutiers, ce 12 janvier lySi. (Fonds de Languedoc, t. 187, fol. 272-273.)
[Une seconde lettre du 16 février 1731 contient des observations critiques sur divers points de l'histoire générale de Languedoc où le P. Poncet signale quelques erreurs de dom Vaissete; ibld. fol. 274-275. Une troisième lettre écrite pour le même objet suit, à la date du 27 du même mois; ibid. fol. 276-277.]