ADVOCATUS
AU PBÉVOT DES MARCHANDS ET AUX P'CHEVINS DE LA VILEE DE PARIS', RAOUL BOUTRAYS^ AVO- CAT AU GRAND CONSEIL. DÉDIE SON POÈME INTITULÉ LUTETIA.
lOi I.
Claras urbes, in hisque palritios viros, optimos cives, vicini soli uberlalem, cœli saliibritatem, araœnitatem silumque adjacentium locorum laudare, iHa vel isla oralione, veteris insliluli et plurimum laudali fuit
C'est un usage ancien et fort approuvé que de louer, soit en vers, soit en prose, les villes célèbres, leurs notables, leurs hommes de mérite, et de célébrer en même temps la salubrité du climat, la fertilité du terroir voisin, ainsi (jue les agréments et la belle situation des lieux environnants
Raoul Boutrays cite les noms (les principaux écrivains qui ont cultivé ce genre descriptif: chez les Grecs, Dion Cussius et Slrahon; chez les Latins, Ausone; et, parmi les modernes, Scaliger, le Florentin L'golin Verini, et l'Orléanais Audebert, ont laissé, dit-il, d'excellents modèles en ce genre.
' Les OfTiciers municipaux alors en Perret, Jean de Lanoue, Nicolas Pousseexercice étaient : le Prévôt des marchands, pin et Jean Fontaine. Jacques Sanguin, et les Eclievins, Jean ' On IWhery.
Lutetia, satls nota suo titulo, Paris, assez connu par son titre,
praeconibus non indigebat; nam quo sui nominis celebritas non pervolavit ? Qui angulus orbis nescit Lutetiam dominam gentium, reginam civitatum? Ejus laudes aggredi aeque insanum est, ac si quis média aestale, die sudo et ferventi, ad solem iiluslrandum faces et lucernas accendat? Sed illam delineasse, resque in ea vel ad miraculum stupendas sub oculo posuisse, et quasi palpandas exposuisse, non inanem neque pœnitendam operam putavi; nam nos qui vel ingeniti vel accili sumus, qui tôt annis Lutetiam incolimus (ita rerum omnium praestantia et quasi mole quadem laborat) , ut quod in ea pulcherrimum aurum et gemmas calcamus, hoc est res scitu dignissimas, et quae evulgatae ad miraculum sint, segnes et incuriosi fastidimus. Exteri omnes , praecipue amiciores gentis nostrae, aequioresque aestimatores nominis et splendoris Gallici, Germani nempe, Belgae, Batavi, Scoti, Britanni trans Oceanum, rerum nostrarum appetentissimi sunt , et scien-
n'avait pas besoin qu'on publiât sa gloire; en effet, où la Renommée n'a-t-elle pas porté le nom de cette capitale ? Quel coin du monde n'a entendu parler de la ville maîtresse des nations et reine des cités ? Entreprendre son éloge serait une œuvre aussi insensée que de s'aviser, au milieu de l'été, durant la brûlante canicule, d'allumer des flambeaux et des torches pour éclairer le soleil. Mais en faire la description, mettre sous les yeux et placer en quelque sorte sous la main du lecteur les merveilles qu'elle renferme, cela ne m'a point paru un travail stérile et regrettable. En elfet, nous tous, originaires de Paris, ou venus en cette ville, et qui fhabitons depuis longues années, par cela même qu'elle abonde , qu'elle regorge de toutes sortes de choses admirables, nous ignorons les beautés qu'elle renferme, nous passons en foulant aux pieds l'or et les pierreries, c'està-dire les objets les plus dignes de remarque; et ce qui serait merveilleux, si on l'ébruilait, n'obtient de nous qu'un regard indifférent et dédaigneux. Tous les étrangers, au contraire, principalement ceux qui
PRÉCÉDKNTS darum maximo desiderio lenentur. Quemadmodum aulem , eorum quos longissimis spatiis a nobis dissitosdivulsosque, présentes spiranlesque intueri, osculari cl amplecli non possumus, absenliam solamur, iconibus ad siinililudinem quam proxime eOiclis:
sic qui vel longiludine et asperitudine viarum, vel domesticis negotiis, Lutetiam invisereel mirari pi ohibentur, videndœ desideriiim, illius piclura, si non ita exculta, lamen verissima, tanlisper levabunt.
Failor : forsitan ubi in nube illi ita claram et fulgenlem vidcrint, non meam piclam et umbratilem, sed Rege, Augusta, Aula, Senatu, vobisqiie Decurionibus amplissinais, totque insignibus aniniatis inaniinalisque monumenlis, fulgentem et spiranlcm Lnteliam inlucri percupient, ipse ego videndœ desideriiini excilabo
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aiment davantage noire pays et qui se montrent plus équitables appréciateurs du nom et de la grandeur de la France, les Allemands, les Flamands, les Hollandais, les Écossais, les Anglais, sont très-jaloux de ce que nous possédons, et désirent vivement en avoir la connaissance.
De même donc que, ne pouvant contempler, élreindre et embrasser en personne ceux que de longues distances éloignent et séparent de nous, nous nous consolons de leur absence en ayant d'eux des portraits aussi ressemblants que possible ; ainsi ceux à qui la longueur et les difficultés du voyage ou des ail'aires
domestiques ne permettent pas de venir voir et admirer Paris, éprouveront des regrets moins vifs, en consultanl le tableau simple mais fidèle que j'en ai tracé.
Que dis-je.-* Lorsqu'ils auront pu juger, comme à travers une ombre, de l'éclat et de la splendeur de Paris, ce n'est pas ma description, pâle image de la réalité, qui les satisfera; c'est le roi, la Reine, la Cour, le Parlement, les Magistrats municipaux, qu'ils voudront voir; c'est ce Paris qu'embellissent et font vivre tant de merveilles animées et inanimées; en sorte
polius, et procrastinanlibus cal- que j'exciterai plutôt en eux ie dé-
car adjiciam, ila ut qui de profeclione in Galliam, vel nuliam cogilalionem unquam habuerat, vel eam senescere apud se passus erat, illico se in viam dabit.
Viitus enim et quœ suaple pulchra sunt et admiranda, si oculis corporeis videri possenl, quantos de se amores excilarent, sic domicilium virtutum, gemino obtutu conspecta Lutetia, sui miraculum , cœterarum faslidium excitabil, Tanlae urbi (cujusquanlula pars sum, in cujus sinu nidum posui, domum non obsoletam condidi, familiam collocavi), mei obsequii et clientelae hanc opcilam praestare, non modo ipquum sed justurn putavi, ne exterorum gratiludo, mihi ingraliludinis naevum et maculani inureret
sir de le visiter, éperonnant les voyageurs retardataires et déterminant ceux qui n'avaient jamais eu la pensée de venir en France, aussi bien que ceux qui avaient indéfiniment ajourné ce voyage, à se mettre immédiatement en route', r^a vertu, en effet, et tout ce qui, de sa nature, est beau et admirable, exciterait les transports les plus vifs, si l'on pouvait l'apercevoir des yeux du corps; Paris, séjour de toutes les belles choses, sera donc un objet d'admiration et fera dédaigner tout le reste. Pour moi, qui suis si peu de chose dans une si grande cité où j'ai posé mon nid, fait un établissement honorable et réuni ma Camille, j'ai pensé qu'il était de toute équité, de toute justice, de donner à ma patrie adoptive cet humble témoignage de mon affection et de mon dévouement; j'aurais craint, en effet, que la reconnaissance des étrangers ne fît ressortir tout l'odieux de mon
ingratitude
' Il est fort remarquable de voir un poêle veilles de Paris. La langue ialine, cfue parconvoquer, dès 1611, les nations euro- laient alors tous les lettrés, et qu'il employa pécnnes à une sorte d'exposition des mer- pourfairecctappel.luiparutprobablemcnt
PUECEDKNTS HISTORIOUKS.
Raoul Boutrays expose ensuite qu'il a développé et complété la Descriplion de Paris publiée, soixante ans auparavant, par Ku^lache de Kuubelsdorf, ouvrage fort apprécié j)ar les contemporains, et il ajoute :
Longe alla est Lutelia, quam quolempoie eam Pi ulei)us laudabat; illius tamen descriplionem, vetuslate lemporis desuelam, el pêne obsoietam, redivivam esse, et meae allexere volui, ul ulracjue coliala in coniperto sit, quantum velus ilia, rudis el gypsala Lutetia, a nostra mannorea et luculenla distat. Nam, ul obiler de laudibus Heniici IV Augusli Magni(quascumulale elplenamanu tertio lomo Cornmenlariomm prosequor) velus illud inteiseram, non modo lateriliam, sed ferilale Iberica beliorum civilium plus quam Vandalica devaslalione iaceralam , delrilam, seniirulam etvix gypsalam Lutetiam invenerat, quam dix! marmoream moriens reliquit; et si saevilas falorura nobis eum non invidisset, auream eral propediem facturus.
plus propre à répandre son idée. C'étail , du reslo, l'époque où le projet dune langue universelle préoccupait le monde savant.
Paris a un tout autre aspect qu'à l'époque oii ce Prussien ' en fit l'éloge; aussi ai-je voulu rajeunir et rééditer sa description, que le temps a vieillie et rendue méconnaissable. En les comparant l'une à l'autre, on verra combien la vieille cité de plâtre décrite par Knobelsdorf dilTère de la brillante ville de marbre que j'ai chantée.
Car pour rappeler en passant l'éloge; de Henri IV, ce grand roi sur le tombeau duquel j'ai jeté les (leurs à pleines mains, dans le troisième volume de mes Mémoires, je dois dire que Paris n'était même plus une ville de briques au moment où il y entra, mais qu'elle avait été, pendant les fureurs des guerres civiles, tellement pillée, saccagée, dévastée par la barbarie espagnole, pire que celle des Nandales. qu'il la trouva toute de plâtre et la laissa presque toute de marbre, bien résolu , avant sa mort, d'en faire promptement une cité d'or, si les
' Du Breul , dont le livre prul en celle même année 1611, cilo également « le « Prussien Knobelsdorf. »
destins jaloux et cruels ne nous avaient pas ravi un tel monarque.
Quant à Vous, Magistrats éminents, agréez avec bonté ce tableau, cette image, cette ombre de l'immense et populeuse cité que vous administrez (jeveuxdire ceParis en un petit volume) : mon ouvrage devait vous être dédié, car, dans un champ, la moindre motte de terre appartient légitimement au seigneur. J'ai voulu qu'il demeurât bien constaté, dans le présent et dans l'avenir, que, tout en n'étant pas Parisien de naissance, je mérite d'être regardé comme tel, par mes sentiments d'attachement et de respect, ainsi que par le témoignage public de dévouement que je donne à ma ville adoptive. Plaise à Dieu que Paris obtienne, non pas ce vain titre de ville éternelle que la Rome païenne s'est arrogé sous l'empire des Césars, mais l'éternité elle-même, si toutefois, dans le rapide tourbillon qui nous emporte, il est quelque chose qu'on puisse véritablement regarder comme éternel.
Paris ne finira qu'avec tout l'Univers.
Al vos urbis populosae, ingentis, amplissimi.oplimiCuralores, tabulam, imilamentum, simulacrum urbis (hoc est meam charlaceam Lutetiam), aequanimes accipite; vobis dicatam esse opor- Luit, cum gleba ex campo ad dominum jure civilis perlineat :
praesenlibus et post futuris hoc testimoriio conslare volui , ut quamvis orlu non sim Lutetianus, tamen afFeclu, observatione, vel bac publiée mei obsequii obtestatione censeri debeam. Faxil Deus, ut Luteliae non œlernée (quod sub ethnico Caesarum imperio Roma sibi arrogavit) nomen, sed ipsa aelernitas contingat, si quid in lluxa seculi vertigine aeternum est, et vere dicatur :
Urbis qui faerit, finis el Orbis erit.
DELIBERATION DU BUREAU DE LA VILLE RELATIVEMEÎ^T A L'OUVRAGE DE RAOUL BOUTRAYS.
(Aich. de l'Emp. H 1795, fol. 309 v*.)
Du mardy quatriesme jour de janvier i 6 1 1 .
Ce jourd'hui est venu au Bureau de la Ville, où esloienl messieurs les Prévost des Marchans, Eschevins, Procureur du Roy et Greflier de la dite Ville, maistre Rodolphe Bothery {sic), advocat au Grand Conseil, qui a remonstré avoir faict ung livre en vers latins, intitulé Lutetia, qui traite des antiquitez, des choses rares, remarquables, et des grandes merveilles de la Ville de Paris, lequel livre il a dédié à Messieurs les Prévost des Marchans et Eschevins, requérant qu'il leur plust recevoir son petit labeur et l'avoir pour agréable ; et outre qu'il a baillé à chacun desdicts sieurs Prévost des Marchans, Eschevins, Procureur du Roy et Greffier de la Ville sondict livre, en a laissé deux au Bureau, qu'il a prié estre mis au trésor dé ladicte Ville, affln qu'à l'advenir la postérité congnoisse sondict labeur.
De quoy mesdicts sieurs les Prévost des Marchans et Eschevins l'ont grandement remercyé, mesme luy ont le lendemain envoyé des présens de ladicte Ville, qui sont confitures, dragées et hypocras, et ont mesdicts sieurs ordonné que lesdicts deux livres seroienl mis audict trésor de la Ville, dont seroit fait mention dans finventaire des Chartres et papiers d'icelle Ville.
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