‹ Histoire générale de Paris; collection de documents; fondée avec l'approbation de l'Empereur et publiée sous les auspices du Conseil municiapl. IntroductionChapitre 26 sur 34 · CORRESPONDANCE RELATIVE À L'EXECUTION DE L'ARRETE DU 27 VENTÔSE AN V · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE RELATIVE À L'EXECUTION DE L'ARRETE DU 27 VENTÔSE AN V

38 fructidor an v.

(Archives de l'Empire, F 17, iao3.)

Lettre dû citoyen Ameilhon aa citoyen Gingaené, directeur général de l'Instruction publique. (Extrait.)

«... L'Institut national fait transporter en ce moment la Bibliothèque de la Commune au Louvre. Or ce dépôt ne peut sortir de mes mains, pour passer dans celles du nouveau dépositaire, sans que les formes prescrites par toutes les règles du devoir et de

' Cette disposition est assez remarqua- ait voulu laisser ignorer au public lacté ble : il semble que le Directoire exécutif de spoliation qu'il commettait.

l'honnêlelé soient observées de part et d'autre; ce qui rendra ma résidence nécessaire, au moins jusqu'à la fin de celte opération, dans la maison de Louis-la-Culture ' . . . »

I i ventôse an vi.

(Arcliives de l'Empire, F 17, iao3.)

Van Tliol, conservateur du dépôt national littéraire Louis-la-Cultare, au Ministre de l'intérieur.

« Citoyen Ministre, le transport de la Bibliothèque delà Commune de Paris à celle de l'Institut national est fait. J'ai à présent de grandes salles libres et propres à contenir les livres qu'on doit déplacer pour le logement des professeurs de fécole centrale. . . »

^ C'est ici le lieu d'exprimer une opinion motivée sur le dernier bibliolliécaire-tiisloriograptie de la Ville de Paris. Ameillion a été fort diversement apprécié par les biograplies : on en a fait allernativement un bibliophile fervent et un furieux iconoclaste ; la vérité est entre ces deux extrêmes. Lorsque éclata la Révolution , Ameilhon,quiétait homme d'église comme Daunou et tant d'autres , répudia violemmentle passé pour embrasser les doctrines nouvelles. Désireux de donner des témoignages publics de civisme, il fit partout enlever les fleurs de lis, les armoiries, les noms de saints, et autres «insignes de la l'oyaulé, de la féodalité et de la superstition. » Il fil brûler, ce qui est plus grave

pour un bibliothécaire, plusieurs centaines de manuscrits fort précieux pour l'histoire, et dont la Biographie Michaud donne la liste. Mais il est juste de reconnaître qu'il racheta plus tard ces actes regrettables par un grand zèle pour la Bibliothèque de la Ville, qu'il se montra conservateur soigneux du dépôt littéraire de Saint-Louis, et qu'il contribua puissamment à la réorganisation de la Bibliothèque de l'Arsen.il. Ameilhon a donc, ou par peur ou par calcul, sacrifié un instant aux préjugés de l'époque, et il est revenu à des idées plus raisonnables dès que les affaires publiques et sa situation personnelle le lui ont permis.

li veadémiairc an Ti.

(Archives de la préfeclure delà Seine, article «176.)

Nicoleau, bibliothécaire de la Commune de Paris, aux Administrateurs du département.

« Citoyens administrateurs, « Un décret du Corps législatif ayant rais à la disposition de l'Institut national la Bibliothèque de la Commune établie aux ci-devant Jésuites, l'Institut se disposait, il y a quelque temps, à faire enlever non-seulement les livres, mais encore les corps de bibliothèque, les boiseries, armoires et leurs portes grillées, etc. Je m'empressai, citoyens administrateurs, d'écrire au Ministre de l'intérieur pour lui observer qu'il en coûterait beaucoup pour démonter, transporter toutes ces boiseries et pour les replacer, attendu qu'elles ne conviendraient pas toutes également au local qu'on leur destinait au Louvre; j'observai de plus qu'il y aurait de grandes dépenses à faire pour établir la bibliothèque de ladite école centrale; le Ministre trouva mes observations justes et économiques; il fut décidé en conséquence que l'Institut laisserait les corps de bibliothèque. Aujourd'hui, pour des motifs particuliers, le conseiller Lassus, bibliothécaire de l'Institut, est venu aux ci-devant Jésuites avec un menuisier et des ouvriers, pour enlever tous les corps de bibliothèque d'un bout à l'autre de la salle. Je lui ai représenté les grands inconvénients et les frais considérables qui en résulteraient , et de plus la facilité de trouver, dans le dépôt littéraire et ailleurs, plus de tablettes et de corps de bibliothèque qu'il n'en faut à l'Institut. Si l'on enlève tout un côté de la Bibliothèque de la Commune, il ne restera pas de quoi placer les machines expérimentales de physique, de chimie et d'histoire naturelle. Vous êtes suffisamment instruits, citoyens administrateurs, de la nécessité de conserver un nombre suffisant de

corps de lîibliothèque; vous prendrez dans votre sagesse les mesures économiques que les circonstances exigent. « Salut et respect.

« NlCOLEAU. »

Le lendemain, i5 vendémiaire an vi, le citoyen Molinos, architecte et inspecteur des bâtiments départementaux, adressait un rapport dans le même sens aux Administrateurs du département de la Seine , qui firent droit à ses conclusions. L'agencement des salles de la Bibliothèque demeura donc ce qu'il était, et servit à la troisième Ecole centrale de Paris, installée dans la « ci-devant maison de Louis-la-Culture. » Décrétées en i 79^ et organisées en 1 796 , les Écoles centrales n'eurent qu'une courte durée : elles furent supprimées en 1802. Un arrêté du Gouvernement, du 8 pluviôse an xi (29 janvier i 8o3), ayant ordonné que les bibliothèques de ces écoles fussent mises à la disposition et sous la surveillance des municipalités, qui nommeraient et rétribueraient les conservateurs, M. Fi'ochot, Préfet de la Seine, s'empressa de reconstituer la Bibliothèque delà Ville et de la confier à Nicoleau, qui en avait eu soin depuis la nomination d'Ameilhon au poste d'administrateur de la Bibliothèque de l'Arsenal. La création des Lycées, qui coïncida avec la suppression des Ecoles centrales (1" mai 1802), ne permit pas au Préfet de la Seine de maintenir la Bibliothèque dans les bâtiments qu'elle occupait depuis 1778 : elle fut donc transférée dans l'ancien Hôtel des Vivres, situé rue Saint- Antoine, n° 287, et appartenant à une dame Laponce. Dans cet immeuble, qui porta plus tard le numéro 1 10 et qui était loué à la Ville moyennant une somme de douze cent soixante francs, la Bibliothèque demeura jusqu'aux premières années de la Restauration, époque à laquelle M. le comte de Chabrol fit disposer, pour la recevoir, « les salles Saint- Jean » c'est à-dire les bâtiments dépendant de l'ancienne église de ce nom '. C'est l'année même où cette translation eut lieu que furent reprises les études historiques, interrompues depuis la chute de la Prévôté des Marchands (i4 juillet 1789) : nouveau témoignage de l'étroite solidarité qui a toujours uni ces deux services^.

' Archives de la Préfecture (le la Seine, carton 1676. — '^ Voir page 58.

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