‹ Histoire générale de Paris; collection de documents; fondée avec l'approbation de l'Empereur et publiée sous les auspices du Conseil municiapl. IntroductionChapitre 4 sur 34 · PLAN · texte numérisé non relu

PLAN

Le 28 novembre 1860, en exposant au Conseil munici|)al le projet d'études préparatoires qui devait aboutir au plan de l'Histoire générale de Paris, M. le Sénateur Préfet de la Seine indiquait en ces ternies le motif déterminant d'une telle entreprise :

« La Ville de Paris ne doit rien dédaigner, rien oublier, (' rien négliger de son passé. L'ancienne Administration muni- « cipale nous donnait l'exemple de ce soin respectueux : elle « gardait dans ses archives les titres sur lesquels étaient fondés « ses droits et ses privilèges; elle aidait à la j)ublication de ses «statuts et de ses règlements, et elle encourageait de toute «manière les écrits relatifs à sa propre histoire »

«Vous penserez comme jnoi, Messieurs, ajoutait M. le ba- « ron Haussmann, qu'il serait digne de la Ville de recueillir, « de coordonner tous les titres de son histoire , et de reprendre « sur ce point la tradition du passé. De tous les monuments à « terminer ou à construire, ce ne serait ni le moins utile, ni « le moins durable. »

Ces considérations sommaires turent appréciées comme elles méritaient de l'être, et le Conseil s'associa avec empressement aux mesures dont M. le Préfet prenait alors l'initiative'. Ce n'est point, en effet, un médiocre stimulant que de retrouver dans les préoccupations d'une autre époque la trace des pensées, le germe des travaux de notre temps; et, si les idées du moment ont quelquefois le privilège de passionner, les choses de tradition sont, en réalité, les seules qui attachent.

Cinq années de travaux préliminaires ont donné depuis à l'Administration municipale l'assurance qu'une œuvre définitive pouvait être abordée sans témérité, et que le temps était venu de substituer un plan d'ensemble à quelques études isolées. Désireuse de procéder avec méthode et de mettre à profit les leçons du passé, l'Administration a fait rechercher, parmi les actes de l'ancienne Edilité, ceux qui témoignent d'un intérêt particulier pour les annales de Paris. Le résultat de ce travail a mis en pleine lumière les louables intentions des Magistrats municipaux; mais, en revanche, il n'a laissé aucun doute sur la manière dont la Ville doit reprendre aujourd'hui la tradition des grandes études historiques. 11 demeure, en effet, bien constaté que les meilleurs projets d'autrefois survivaient rarement aux hommes d'initiative qui les avaient conçus, et que les efforts les plus sagement combinés aboutissaient d'ordinaire à un simple conmiencement dexécution.

' Délibération du 28 novembre 1860.

Ce caractère purement viager ne peut plus convenir aux travaux que la Ville de Paris honore de son patronage; l'espril de suite y est absolument indispensable, et, pour y réussir, il faut que l'œuvre et l'ouvrier soient assurés d'une protection continue. Pénétrée de cette conviction et fixée, par les essais qu'elle venait de faire, sur la possibilité de réaliser sa pensée, l'Administration municipale n'hésita plus à poser les bases solides de l'édifice historique qu'elle projetait. Un ouvrage isolé a peu d'action sur les études ultérieures; une collection, au contraire, est un cadre toujours ouvert et provoque sans cesse de nouveaux travaux. C'est dans cet ordre d'idées qu'on devait naturellement chercher des garanties de durée.

Lorsque M. le Préfet se fut arrêté à cette solution, il s'empressa de soumettre son projet à l'Empereur, persuadé que le chef de l'État et l'historien daignerait également i'ap prouver. La réponse de Sa Majesté ne s'est pas fait attendre : désormais l'histoire de Paris est assurée du patronage auguste qu'elle n'avait encore obtenu qu'une seule fois : comme Louis XIV, Napoléon III a témoigné le vif intérêt que lui inspire une telle entreprise.

De son côté, le Conseil municipal, qui s'est associé avec tant de persévérance aux projets dont la réalisation était réservée à notre siècle, a tenu à honneur de payer sa dette à l'art et à l'histoire. Après avoir, par un concours aussi actif qu'éclairé, rendu possible la transformation de la Capitale, il a reconnu qu'une Histoire générale de Paris devait être le

complément de celte grande œuvre. Une Commission, prise dans son sein, et complétée par l'adjonction de plusieurs notabilités scientifiques, a donc accepté la mission de présider à l'ensemble des travaux'. En même temps une Sous- Commission permanente, ayant à sa tête le Secrétaire général de la Préfecture, a été chargée de répartir le travail, d'en faciliter la marche journalière et d'en assurer les résultats^. Sous la direction de cette Sous-Commission ont été placés des hommes spéciaux, que leurs études antérieures désignaient au choix de M. le Préfet de la Seine, et dont la réunion constitue le Service historique de la Ville de Paris^. Quelquesuns ont pris place dans les rangs du personnel administratif; d'autres travailleront librement au dehors; chacun se propose de traiter un côté particulier de l'Histoire de Paris. Leur nombre, assez restreint d'abord, est destiné à s'accroître à mesure que se révéleront de nouvelles aptitudes, et les parties du programme qui n'auront pu être remplies par les travailleurs du présent sont léguées, dès aujourd'hui, aux travailleurs de l'avenir.

En recevant leur mandat de l'Administration municipale, les collaborateurs de la Ville de Paris ne peuvent se dissimuler l'étendue des devoirs que leur imposent de tels encouragements, joints à des précédents si nombreux et si honorables. A certains égards, l'œuvre à accomplir est peut-être plus rude

' Arrêté du Sénateur Préfet de la Seine, en date du 29 décembre i865.

- Même arrêté.

' Autre arrêté en date du même jour.

pour eux qu'elle ne l'était pour leurs devanciers : au temps où écrivaient les Sauvai, les Félibien et les De Laniare, l'ancien ordre de choses était encore debout avec ses interprètes traditionnels, et les documents lentement amassés par les siècles demeuraient à peu près intacts dans les archives et les bibliothèques, 11 suffisait donc le plus souvent de regarder pour bien décrire, ou de prêter l'oreille pour être en mesure de bien raconter; et, quand il devenait nécessaire d'interroger le passé, les institutions, les mœurs, les coutumes, restées presque immobiles, aidaient à comprendre les vieux récits et servaient de conunentaire aux textes les plus obscurs. De nos jours, au contraire, les traditions orales, l'aspect des lieux, les raisons et les motifs des choses ont disparu avec d'inaj)préciables richesses manuscrites; et au témoignage, qui constate, ont dû succéder la science, qui évoque, et l'érudition, qui restitue.

Cette inégalité de situation, atténuée d'ailleurs par l'excellence des procédés de recherche et la supériorité de la méthode historique moderne, loin de rebuter les honmies laborieux auxquels l'Administration nmnicipale a confié le soin de réaliser sa pensée, ne peut, au contraire, que stinmier leur zèle en ajoutant à leur mérite. La nature du sujet exclut évidemment ce genre de compilation tacile qui usurpe quelquefois la renommée due aux écrits sérieux; mais, en renonçant à des succès passagers, les collaborateurs de la Ville de Paris ont une ambition plus haute : ils veulent ne produire que des œuvres solides, mûrement étudiées, dignes à la lois des sut-

frages du monde savant et de la protection éclairée qui leur est venue de si haut. De son côté, la Ville a résolu de ne rien épargner pour éditer convenablement sa propre histoire : les presses de l'Imprimerie impériale ont été mises à sa disposition; les artistes les plus habiles lui prêtent leur concours, et la beauté de l'exécution matérielle répondra à l'importance intrinsèque de l'entreprise.

A peine fondée, la nouvelle Collection est en pleine voie de formation : une publication importante doit prochainement l'inaugurer; d'autres ouvrages, signés de noms recommandables s'achèvent en ce moment, et des offres de collaboration sont faites à la Ville par les représentants les plus autorisés de la science historique. H y a donc tout lieu d'espérer que le cadre tracé par M. le Préfet de la Seine se remplira d'année en année, grâce aux efforts que 1 Administration municipale a déjà provoqués et aux accessions nouvelles qu'elle appelle de tous ses vœux. Ce n'est pas trop, en effet, du concours de tous les hommes de travail et de bon vouloir, pour élever ainsi, assise par assise, ce monument, au fronton duquel l'Edilité parisienne inscrit aujourd'hui ces mots :

PRÉCÉDENTS HISÏOHIQUES.

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