‹ Histoire générale de Paris; collection de documents; fondée avec l'approbation de l'Empereur et publiée sous les auspices du Conseil municiapl. IntroductionChapitre 6 sur 34 · I. — EXPOSÉ · texte numérisé non relu

I. — EXPOSÉ

La Prévôté des Marchands a toujours placé au premier rang de ses devoirs la conserv ation de ses coutumes et le maintien des privilèges de toute nature qui formaient le patrimoine commun des Bourgeois de la cité. Aussi altacliait-ello ime extrême importance à la garde des titres qui constataient l'existence de ses droits et légitimaient l'exercice de son pouvoir; elle les faisait transcrire par ses Clercs, en confiait le dé])ôt à ses principaux officiers, et les défendait énergiquement contre toute agression. Il se forma ainsi, avec celte patiente lenteur qui est le Irait caractéristique du moyen âge, un ensemble de documents écrits dont la tradition orale était le commentaire, et que les Magistrats nmnicipaux se transmettaient avec une reli":ieuse fidélité. Eléments essentiels de l'Administration parisienne pendant toute la durée de lancien

régime, ces documents sont devenus avec le temps l'une des sources de l'Histoire de Paris; et l'ancienne Edilité, qui les avait conservés surtout pour les besoins de sa gestion , en a libéralement ouvert le dépôt chaque fois qu'elle a donné à des écrivains la mission d'étudier ses origines ou d'exposer la succession de ses actes.

Ce serait donc méconnaître les efforts du passé que d'assigner une date déterminée à ce travail de préparation historique accompli par la Ville sans qu'elle soupçonnât toute l'importance des ressources qu'elle ménageait ainsi à l'avenir. L'idée, assez vague d'abord et forcément restreinte aux nécessités du Gouvernement municipal , s'est développée peu à peu avec le temps et le progrès des lumières; elle a traversé les époques les plus agitées, survivant aux projets du moment et aux créations de circonstance; elle a produit des œuvres considérables, trop oubliées aujourd'hui, et laissé des indications précieuses à recueillir; elle constitue enfin une de ces traditions vivaces qui s'imposent à l'attention de la critique, et que l'érudition moderne est heureuse de continuer.

A l'époque où l'histoire proprement dite était encore à naître, alors que d'informes chroniques succédaient aux traditions orales, jadis seules gardiennes des plus antiques souvenirs, les Magistrats de la Ville, soit qu'ils tinssent leurs pouvoirs du Roi comme le Prévôt de Paris et ses lieutenants, soit qu'ils fussent, dans une certaine mesure, l'expression du vœu populaire comme le Prévôt des Marchands et les Echevins, se préoccupaient déjà, avec une égale soUicitude, de la conser-

vation et de la IraDsiiiission de leurs actes'. Aux yeux de l'historien, ce n'est pas une sèche nomenclature de professions, un simple recueil de règlements, que ce Livre des Métiers écrit par l'ordre du Prévôt réformateur, Etienne Boiicau (i258); ce n'est pas seulement un répertoire de jurisprudence administrative que ce Livre des Sentences rendues en l'auditoire du Parloir aux Bourgeois, depuis la prévôté de Jean Augier (1268) jusqu'à celle de Jean Gentien (i32i). On y trouve, parmi les menus détails du commerce et de l'industrie à cette époque, des particularités historiques extrêmement curieuses, dont plus d'un chercheur a fait son proht; on sent, en parcourant ces actes, que les administrateurs prévoyants auxquels nous en devons la conservation , avaient conscience du service qu'ils

Un ancien Ëclioviii, auquel la Ville doit la conservation et le classement do ses archives, M* Jean Poussepin, qui écrivait en 1 583 , témoigne en termes énergiques du soin avec lequel la Prévôté des Marchands conservait les matériaux de sa future histoire : « Par cet in- « ventaire, dit-il, l'on pourra remarquer la (1 dévotion que nos pères ont eue à nous « acquérir un ample et trcs-beau patri- « moine, et encore plus excellant qu'il se ((représente; lequel a esté diminué et ex- (( pillé pendant qu'il a esté come en tutelle , (1 administré soubz la main estrangere de ((nos ennemis anciens et invétérez, les u Angloix, qui ont tiré (comme il est vray- <( semblable) le plus beau, pour ostcr aux (( cnfl'ans , vraiz et légitimes héritiers et suc- (( ccsseurs en cesle hérédité , la cognois- ((sance des dons, privilloges, droictz et (( immimitezà eulx faictzpar leur prince na- ((turel et légitime, confirmez de siècle en

(( siècle jusquesà huy. Ce qui reste encores (( touteilbys est encores suflisanl et bastant u pour defl'endre contre les pyrattes de ce (( navire , contre les vcntz et les violiences « des meschans, la conservation de l'inte- ((grité et virginité de ceste \ille. »

(( Anatheme , ajoute Jean Poussepin , à «icelluy qui causeroit une confussion et (( désordre à ce qui m'a cousté sy cher et (( faict veiller mainctes nuicts, pour m'en (( expédycr promptement comme de chose (( nécessaire à la \ ille. » Il tennine en priant ie Prévôt des Marchands, Etienne de Neully, de (( voulleoir estre le gardien » de son travail , de le préserver « des mains (( légères et larronesses de ceux qui seroient (( bien ayses y faire un singulier larcin. » el il prémunit les Magistrats municipaux contre la « calumnie qui voudroit entre- (( prendre de baguer, mesdirc et envycr

(( ce recueil •

(Voir Pièces justificatives, II.)

rendaient à leurs successeurs autant qu'à leurs contemporains. Non contents, en elfet, de produire ces précieux documents, avec les édits et lettres patentes à l'appui, chaque fois qu'ils avaient à soutenir devant le Parlement leurs droits méconnus, ils les faisaient encore transcrire sur des registres par le Clerc du Parloir ou le greffier du Châtelet, atin de mettre ceux qui viendraient après eux en état de continuer ce rôle traditionnel de « Curateurs de la Ville » et de « Défenseurs de la Cité, » que leur assignait le droit municipal romain, d'accord avec les « Ordonnances royaulx » et la tradition tout entière. C'est ainsi qu'on les voit, aux assises de la Pentecôte de l'année i 270, dérouler devant la Cour une série de pièces que le rédacteur des Olim appelle Chartes des bourgeois de Paris , Chartœ Biirgeiuiiim Parisiensiiim^ ; et que, vers 1292, sur l'ordre de Jehan Arrode (ou de Jehan Popin), Prévôt des Marchands, le clerc Raoul de Paci consigne en un registre les « Establissemens » de la Prévôté royale à côté des « Sentences » de la Prévôté bourgeoise. Ce désir mutuel de conservation et de transnu'ssion survit à la confiscation momentanée de la juridiction municipale sous le règne de Charles VI (1 382-1 4 1 5). Le « garde du thrésor, » c'est-à-dire des chartes du Roi, avait veillé fidèlement sur les archives de la Maison aux Piliers, et le Prévôt de Paris s'était montré soucieux de faire exercer provisoirement par un « garde « à ce commis » les droits de l'Echevinage « mis et gouvernez en « la main royale. » Aussi, lorsque Etienne de Mauregard reçut du Roi l'ordre de « baillier et délivrer ausdiz Prévost etEsche- « vins, pour en avoir la garde et possession par devers eulx,

' Olim, 1. 1, p. 368, n°XI.

« toutes les cliartres, originaulx et aultres lettres f(ui estoient «par devers luy au dict ihrésor; » lorsque Jean Mauloue, Conseiller au Parlement, conjointement avec le Procureur général, le Prévôt des Marchands et les Echevins, eut rédigé, par commandement exprès du Roi ', les nouveaux « Statuts de « la Prévosté des Marchans et Eschevinaige de la Ville de «Paris,» la tradition, qu'on pouvait croire brisée, se renoua pour ne plus s'interrompre désormais (i /| i '2-1 /j i5).

On ne saurait croire avec quel soin respectueux ces débris du vieux droit municipal, sans lesquels l'ivlililé parisienne n'aurait pas d'histoire, furent recueillis par les Conunissaires du Roi et par ceux de la Ville : « Leur premier travail, dit le « contrôleur Le Roy, fut de rassembler tout ce qu'ils purent «des chartes, papiers, vidimiis, registres, cahiers et autres « enseignements anciens. Des lettres furent expédiées en «chancellerie, pour retirer les titres qui avoient été portés «au trésor des chartes, et le garde de ce trésor eut ordre « d'expédier des vidinius de toutes les autres pièces qui s'v

' Il Cli;irles, par la gnice (le Dicii, Ole. u cliartres, vidimas , livres, quaicrs. |)ii-

II ... Corne... nous eussions commis nostre «piers, registres et autres enseignemens

Il amé et féal Conscillier en nostre Parle- " anciens , et tout ce rapporter par articles

« ment, maistro Jelian Mauloue , pour sra- u par devers nous ou nostre amc et féal

K voir et enquérir, avecqups Icsditz Prévost « chancellior, pour sur ce t)rdonner et

Il et Eschevins et nostredict procuretu-, des « bailler telles lettres conie il appartien-

II ordonnances , coustumes, constitutions, «dra; lequel nostre Conseillier, et lesdit/.

Il statu/, , usages et commîmes observances «Prévost et Esclievins de nostredirti-

11 anciones que len souloit garder, et dont » Ville et nostredict procureur, appelle/

(I le temps passé on a usé et estoit n('ces- " plusieurs nobles personnes , l)Ourge<iis .

Il saire et très expédient de user ou temps •• marchans et autres de plusieurs et di-

« avenir ou faict desditz Prcvosté, Esche- «vers estas en grant nond)re. ayent sur

Il vinage et Marchandise, tant par bour- «ce procédé en grant et meure déliberd-

«geois, marchans, preudhomes et autres «rion, etc » [Grande ordonnance

«anciens en ce congnoissans, come par dd liiâ.)

troiiveroieiit et qui pourroient servir à ce dessein. A ces précautions prises pour former la preuve par écrit, les Commissaires joignirent encore la preuve testimoniale. Ils convoquèrent des assemblées fréquentes et nombreuses, où furent ( appellées des personnes de tous les états de la Ville, les ( mieux instruites de ses alfaires et de ses droits; des vieillards qui a voient autrefois passé les charges de la magistra- ( ture ou rempli d'autres postes dans le Corps municipal; des officiers qui avoient exercé ou qui exerçoient actuellement des fonctions dépendantes de la Ville; des anciens bourgeois et marchands versés dans la connoissance de ces matières, et une infinité d'autres furent admis dans ce conseil et consultés. Les Commissaires, ayant pris leur avis, dressèrent procès-verbal des dépositions de cette multitude de témoins, qui déclaroient ce qu'ils avoient appris par tradition et qu'ils avoient toujours vu pratiquer des anciennes constilutions de la Ville; et, après trois ans de délibérations et de recherches, sur l'autorité des litres jointe à celle des dépositions, le tout mûrement examiné, l'ancien droit de la Ville fut rédigée »

L'agent le plus naturellement investi de cette mission conservatrice était le Clerc du Parloir aux Bourgeois. On peut voir, au frontispice des vieilles éditions du recueil des « Or- « donnances royaulx sur le faict et jiinsdiction de la Prévôté des (( Marchans et Eschevinaige, » ce docte personnage, tel que la gravure sur bois l'a naïvement représenté, debout à la gauche du Procureur de la Ville et tenant à la main les feuilles

' Dissertation sur l'origine de l'Hôtel de Ville, seconde partie, § 3, p. xxvi et xxvii.

PUECÉDKNTS HISTOIUQUES.

iîleeseigncuro les Jprc'uost bcs iîtarcl)nn5 et €scl)eoin5

be la lîille be [Javis.

Ces c|Urttve ôcvcjeus île la itTarcl)anbi5e.

Ces si? ôergeus bu pavloucr auv Oouvçieoijs.

sur lesquelles il consigne les principaux acLes du Gouvernement municipal : c'est, en quelque sorte, l'historiographe primitif.

L'histoire nous a conservé les noms de quelques-uns de ces clercs, utiles auxiliaires de la Prévôté bourgeoise et guides indispensables de tout érudit qui veut aujourd'hui scruter les origines de l'Edilité parisienne. Les plus anciens dont il soit fait mention sont : maître Thierry (i 268), qui écrivit la première « Sentence » de notre recueil; Raoul de Paci, qui exerça ses fonctions pendant plus de quinze ans et paraît avoir joui d'une grande autorité (1290); Gilles Marcel, frère du fameux prévôt Etienne, tué avec lui au mois d'août i358; Robert Louvel, nommé à cet office «par l'eslection des Pre- « vost des Marchans et Eschevins, et aussi de plusieurs et grant « quantité de marchans et bourgeois d'icelle Ville ' » ( i 4 1 1 ) , lef|uel tint de 1 4 1 4 à 1 /u6 le plus ancien registre des comptes de la Ville; Jean Falle, qui fut élu dans les mêmes conditions (1/122), et ne put continuer qu'en ik'i-k le registre commencé par son prédécesseur, à cause de l'occupation de la Ville et du royaume par les Anglais; Jean Luillier et son fils (i/i^y-i h,^l)y qui joignaient, comme leurs prédécesseurs, la charge de receveur de la Ville à celle de garde des archives municipales; Denis et Jean Hesselin (i5oo-i5o6); Pierre Perdrier (i5/io); Claude Bachelier (i556); Nicolas et François Courtin (i 583- 1601); Guillaume Clément (1609), ^^ dressa, conjointement avec François Courtin, plusieurs « in-

' Arch. de l'Emp. Reg. des Réceptions, ancien K 996, foi. 28.

PRÉCÉDENTS HISTORIQUKS. 33

ventaires, répertoires, mémoires et instructions'; » François Clément, fils du précédent (1610); Martin Le Maire (ifi/ig); Jean-Baptiste Langlois (i()6o); Jean -Baptiste-Martin Mitantier ( I 6 8 1 ) ; Jean-Baptiste Taitbout ( 1 6 9 4 ) , et d'autres encore , (jui, comme plusieurs de leurs devanciers, avaient substitué le titre de greffier à celui de clerc.

Promoteurs zélés de ce qu'on peut appeler l'œuvre historique de ce temps-là, les Prévôts et les Echevins facilitaient le travail et encourageaient de toute manière les Clercs du Parloir, soit en leur fournissant, comme Jean Baillet ( 1 4 /| 5) et Jean Bureau (1 45 1), des tablettes « pour mettre par mémoire « plusieurs choses qui surviennent touchant les affaires de « ladicte Ville; » des coffres et layettes, avec reliures, fermoirs et agrafes « pour iceux servir à mettre les comptes, lettres el « autres choses appartenant à icelle Ville, » etc. soit en prenant directement leur part de la besogne, comme le firent Christophe de Thou, successivement Echev in, Conseiller de Ville et Prévôt des Marchands, qui « mist et rédigea par escrit »

' Voici les titres des travaux de Guillaume Clément :

1° «Inventaires des cdictz, lettres, prii>villeges, contractz, comptes rendus, rai< chapts de rentes et autres titres et pièces i( concernans tant le domaine patrimonial, «dons et octrois, rentes constituées sur « rilostel de ladicte , que autres biens « concernans le bien d'icelle Ville , faicte <i par moy Guillaume Clément, commis Il au grefle de ladicte Ville , par ordon- « nance et commandement de niessire An- "flioine Guiot, seigneur de Cbarmeau, et

« Aussac, Conseiller du Roy nostre sire en u conseil d'Estal privé , président de la (I Chambre des Comptes, Prévost des Marie chans , etc. . . et noble homme M' Fran- (içois Courtin, greflier d'icelle ;

1" « Répertoires , mémoires et instruc- (I lions des choses remarquables est;uit dans u les registres du grefle de l'Hostel de la «Ville de Paris, dont, par exemple. Ion « peut avoir affaire , tirées et exlraictes des- « dicts registres par moy Guillaume Clé- « ment , greffier de ladicte \ ille suubz- « signe. 1)

les coutumes de la Prévôté et Vicomte de Paris', et Jean Poussepin son collègue (i583), qui dressa lui-même l'inventaire des archives existant de son temps^; c'était préluder aux travaux historiques de Louis de Saint- Yon, qui devint Echevin sous la prévôté de Nicolas Hector de Péreuse (i586-i388), et tint un journal des événements dont il fut témoin pendant les troubles de la Ligue ^.

Mais le service le plus important que les Clercs du Parloir, obéissant à l'impulsion des Prévôts, aient pu rendre à l'histoire de Paris, c'est incontestablement la rédaction des procèsverbaux des délibérations du Corps municipal et la tenue des Comptes des recettes et dépenses. La première de ces collections , connue sous le nom de Registres du Bureau de la Ville, ne comprend malheureusement que cent quatre volumes grand in-folio, commençant au mois d'octobre 1^99 et finissant au mois de mars 17 84. Tout ce qui est antérieur à la fin du XV*' siècle ne nous a pas été conservé; il existe, en outre, dans

' Constames de la Prévosté et Vicomte de Paris mises et rédigées par escrit par nous Christojle de Tlioa, Claude Anjorant, etc. Paris, Jacques du Puis, i58o. Ce recueil est précédé d'une longue préface, écrite en français par « Loys de Sainction , » et d'une seconde préface rédigée en latin par René Choppin, qui loue le président de Thou d'avoir corrigé et restitué l'ancien droit mu . nicipal et provincial , comme il avait corrigé et restitué le droit public dans tout le royaume. René Choppin, savant avocat au Parlement de Paris, a publié lui-même un livre fort curieux intitulé : De civilibas Parisioram moribus ac institatis, Paris, 'iSSg.

^ Ce travail est intitulé : «Inventaire

« des tiitres , enseignemens et papiers trou- «vez au Trésor de ceste Ville de Paris, « faict en 1 583 , par maistre Jehan Pous- « sepin , Conseiller du Roy en sa Prévosté «de Paris, lors Eschevin d'icelle. » (Voir la préface dont le laborieux collecteur fit précéder son inventaire. — Pièces justif. II.) ^ Ce journal a pour titre : Histoire trèsvéritable de ce qui est advenu en ceste Ville de Paris depuis le vu mai 1588 jusqaes au dernier jour de juin ensuyvant audit an. Paris, Michel Jouin, i 588. On trouve le journal de Louis de Saint-Yon dans les Mémoires de la Lirjue (t. II, p. /190), et dans les Preuves de la Satire Ménippée (t. III, p. Sg , édit. de Ratisbonne).

la collection, plusieurs lacunes correspondant aux époques de guerres et de troubles civils. Les Comptes originaux des recettes et dépenses de la Ville, qui permettent de contrôler maintes assertions et ont servi à relever de nombreuses erreurs, nous sont également parvenus dans un état de mutilation regrettable : ils ne commencent qu'à l'année i 4^.5, présentent des lacunes considérables et se terminent en 1768, laissant ainsi dans l'ombre tout ce qui a précédé la grandt? ordonnance de Charles VI, c'est-à-dire plusieurs siècles de Gouvernement municipal '.

Telles qu'elles sont aujourd'hui, ces deux Collections n'en constituent pas moins une source de renseignements des plus abondantes : tous les historiens de Paris y ont puisé, et en particulier Du Breul, Sauvai et De Lamare. Félibien et Lobineau y ont pris une bonne partie des preuves dont se composent leurs trois derniers volumes, bien qu'ils se soient bornés à de simples extraits. De nos jours enfin, MM. Cimber et Danjou, Le Roux de Lincy et Douët-d'Arc([ en ont fait l'objet de

' H existe heureusement une analyse des comptes antérieurs clans le précieux recueil intitulé : « Inventaire général do II tous les registres , tiltres et papiers con- "cernans le domaine patrimonial, cens, . « fonds de terre , octrois et autres droits « appartenant à la Ville de Paris, rentes et « autres aiïaires publiques estans en l'une <( des chambres de l'Hostcl de ladicte Ville « appellée le Grand Trésor, et qui ont esté «mis par ordre, étiquetez, enliassez et « placez dans des armoires et sur des «tablettes posez à cet effet, en la ditte "chambre, par les ordres de messire Au- "guste Robert de Pomereu, chevalier

«seigneur de la Bretesche- Saint -Nom.

« conseiller d'Estat ordinaire , Prévost des «Marchands, et de messieurs Gamarre, « Chauvin et Parque . Elsrhevins de la «licte « Ville. ..

L'administration du Prévôt de Pommereu dura sept ans, de 1676 à i683. I)o.s trois Échevins mentionnés dans l'Inventaire qui précède, le premier. Michel Gamarre, ne fut élu qu'en 1 68a , et les deux autres. Michel Chauvin et Pierre Parque n'entrî-rent en charge qu'en 1 683 , ce qui <l(>nne la date de in rédaction dudit inventaire, lequel se trouve justement p<wtérieur d'un siècle à celui de Jean Poussepin.

publications étendues, et il reste encore à glaner dans cette riche moisson, après toutes les récoltes qu'on y a faites. Les Registres, en effet, ne se bornent pas à exposer au lecteur les actes ordinaires du Gouvernement municipal ; ils racontent longuement la participation des officiers de la Ville aux événements politiques, religieux et militaires dont Paris a été le théâtre; ils décrivent les fêtes, entrées solennelles et autres cérémonies, disent le nombre et la valeur des tableaux, statues et objets d'art commandés par l'Edilité aux artistes du temps, et vont jusqu'à mentionner dans le plus grand détail les décorations passagères des jours de gala '. Moins variés et surtout moins explicites, les Comptes ont servi principalement à retracer le tableau des travaux de diverse nature ordonnés par la Ville, éclairant ainsi tout un côté, jadis fort obscur, de l'ancienne Administration municipale, et permettant d'établir, sous ce rapport, une certaine comparaison entre les actes de l'Edilité contemporaine et ceux du vieil Echevinage.

Mais les « Establissemens » et les « Sentences, » les « Registres » et les « Comptes, » ne suffu^ent bientôt plus aux exigences toujours croissantes de l'esprit d'investigation. La découverte de l'imprimerie et la renaissance des lettres avaient amené un besoin d'information et de publicité que les archives particulières et les simples recueils d'administration étaient impuissants à satisfaire. Les Magistrats municipaux s'en préoc-

' Les Registres du Parlement offrent, de ressemblance avec le Clerc du Parloir

au point de vue historique , une grande aux Bourgeois. Il y a là une source d'in-

analogie avec ceux du Bureau de la Ville , formations extrêmement précieuses , que le

et le greffier qui les tenait a plus d'un trait temps seul n'a pas encore permis d'épuiser.

cupaient, lorsqu'une circonstance inattendue vint fort à propos servir leurs desseins. Sept mois après la Saint-Barthélémy ( i 7 mars 167 3), le testament de l'une des plus illustres victimes de cette horrible journée, apporté à l'Hôtel de Ville dès le 3i octobre 1572, fut ouvert en Parlement. Le testateur, Pierre Ramus, professeur d'éloquence et de philosophie, puis de mathématiques, physique et métaphysique au Collège Royal, y léguait cinq cents livres de rente pour l'enseignement des mathématiques dans la Ville de Paris, et parmi les exécuteurs testamentaires se trouvaient le Prévôt des Marchands et les Echevins '.

Ces magistrats, au nombre desquels figurait alors le neveu d'un des collègues de Ramus, virent dans la mission qui leur était donnée, le moyen de venir en aide à la science historique, dont l'Université n'avait alors nul souci, et ils crurent pouvoir modifier en ce sens les dernières volontés du testateur. Us présentèrent donc à la Cour de Parlement une re- (juôte par laquelle ils remontraient « que M" Pierre de la Ramée '< auroit légué cinq cents livres tournois de rente, qu'il avoit « sur ladicte Ville, au lecteur de mathématiques qui seroit eslu « par eux supplians, le Premier Président de la dicte cour et le « Premier Advocat, et que c'estoit chose superflue attendu la « multitude des lecteurs de mathématiques stipendiés par le « Roy et par les collèges, et qu'il seroit plus expédient d'eni- « ployer ladicte rente aux gages d'une personne capable qui

• Les Officiers municipaux alors en et les Lchevins Jean de Bragelonjjnc . exercice étaient ic Prévôt Jean Le Char- Léon Le Jay. Jacques Perdrier. et Rolwrt ron, président de la Cour des Aides, Danès, de la familic de l'illustre hellénistp.

« seroit eslue par les dessus dits et le Procureur général du

«Roy, pour continuer l'Histoire de France de Paul Emile ', « depuis le commencement de Charles VIII jusques au Roy à « présent régnant^. »

Le Prévôt des Marchands et les Echevins, plus soucieux, en cette circonstance, de l'histoire du royaume très-chrétien que de celle de leur Ville, virent leur requête accueillie par provision, et l'avocat Jacques Gohorry, professeur de mathématiques, dont la famille avait déjà occupé les charges municipales^, put, grâce aux discussions que soulevait la succession de Ramus, écrire en latin une histoire de Charles VIII et de Louis XII, qu'il dédia à Christophe de Thou ^, ancien Prévôt des Marchands, père de Jean de Thou, Conseiller de Ville, et de Jacques-Auguste de Thou, l'auteur de l'Histoire universelle, la plus grande illustration de la famille^.

Toutefois, maître Jacques Gohorry eut, aux yeux de la postérité du moins, le double tort de ne point se faire l'histo-

' Paul Emile (Paolo Emilio), né à Vérone vers 1 460 et mort à Paris en 1629, vint en France sous le règne de Charles VIII , qui le nomma son « orateur » et « chroniqueur. » Ses Annales , qui devaient embrasser dix livres , n'en renferment que six , publiés en 1 5 1 6 et 1 5 1 9.

- Pièces justificatives, I.

^ On trouve dans la liste des quarteniers, dixeniers et cinquanteniers , un Gohorry en iSiia, et un Pierre Gohorry en i55/i.

* La préface de Gohorry, écrite en latin comme son livre , est adressée ad D. Chropli. Thuanum eguitem , regii consilii senatorem , P. Prœs. Senatus Paris. L'élu du Parlement

et de l'Édilitc parisienne y demande à Christophe de Thou le secret de cet inviolable attachement à la vertu et à l'honneur qui caractérise la famille de Thou , et dont il entend bien ne pas se départir lui-même , même dans sa manière d'écrire , vel in styli ratione. S'il y parvient, ce sera par faide de son illustre protecteur : hoc mïhi per te liceat, Thuane optime. Il termine par une dédicace des plus élogieuses : Tibi vero uni, maxime Thuane, uni ego merito hoc opus luhens dono, do dicoqae. Voie.

^ La famille de Thou , qui personnifie de la manière la plus heureuse l'alliance de l'histoire et de l'Echevinage parisien, compte plusieurs de ses membres parmi les

rien propre de cette Prévôté qui le patronnait malgré toutes les oppositions, et d'employer pompeusement la langue des lettrés, comme le fit, trente ans plus tard, le poète Raoul Boutrays, au moment même où l'idiome vulgaire, définitivement constitué , allait enfin avoir sa littérature classique'. Aussi bien, la Ville avait déjà trouvé ses historiens spéciaux , qui , mieux avisés, parlaient comme tout le monde et se faisaient lire par le menu peuple ainsi que par les docteurs de Sorbonne. Le libraire Corrozet et son continuateur Bonfons^ n'avaient point osé, peutêtre, dédier leur modeste in-douze aux magistrats de l'Hôtel de Ville ou du Chàtelet; le P. Jacques Du BreuP se borna plus tard à remercier «Monsieur le Président de Thou, qui, dit-il, me dudum in clientelam suani recepif, suarumqne lucuhrationum participemfecit,» et «Monsieur Nicolas Roland, sieur Du Plessis, «lequel, ajoute-t-il , m'a preste l'inventaire des tiltres et en- « seignemens de l'Hostel de Ville , fait par maistre Jean Pous-

OfTiciers municipaux. Augustin de Thou, Prévôt (les Marchands en i538, fut père de, 1 "Augustin de Thou, Conseiller de \iUe en iSyS et Prévôt des Marchands en i58o; 2°Christophe de Thou , Echevin en 1 535 , Conseiller de Ville en iSSy, Prévôt des Marchands en iSSa et de nouveau Conseiller de Ville en i 5yg. Ce dernier eut trois fds : i° Christophe- Auguste de Thou, Conseiller de Ville en i58a; a' Jean de Thou, Conseiller de Ville en 15^6 ; 3° Jacques-Auguste de Thou, l'historien, auquel a appartenu le manuscrit de Jacques Gohorry conservé à la Bihiiothèque impériale, ainsi que l'atteste la mention suivante, inscrite i\ la première page de ce manuscrit : Jac. Aag. Thuani.

' Raoul Boutrays , avocat au Grand Con-

seil, puhlia , l'an 1 6 1 i , un poème latin en vers hexamètres , intitulé Luletia; c'est une imitation amplifiée d'un autre poème en distiques latins, composé dès i543 par le Prussien Eustache de Knobelsdorf. Plein de déférence envers l'Edilité parisienne , Raoul lîoutrays lui dédia son livre, et les Magistrats municipaux auxquels il le présenta lui linvoyèrent divers présents en témoignage de reconnaissance. (Pièces justif. III.)

- La Fleur des antiquilcz , singularitez et excellences (le la plas que noble et triomphante ville et cité de Paris, etc. ( i53a.) — Les Antiquitez , histoires, chroniques et singularltez de la grande et excellente cite de Parts, etc. (1577.)

' Le Théâtre des antiquitez de Paris, etc. (i6ia.)

« sepin en l'an i583'; » mais, dès i64o, Claude Malingre, historiographe du Roi, crut devoir placer publiquement son Hvre sous le patronage du Prévôt Oudart le Féron, et des Échevins Claude Galland, Claude Boue, Pierre de la Tour et Jean Chuppin. « Je veux, dit-il, pouvoir faire agréer la course « de mon travail à ceux qui en sont les juges et spectateurs, (( comme vous. Messieurs, qui aux dignitez où vous estes es- « levez, non pas tant par les suffrages des Bourgeois de Paris, « que par la grandeur de vos mérites, estes véritablement les «juges légitimes de ce mien ouvrage, sçavoir les Antiqiiitez de « la Ville de Paris. . . et qui en sçavez infiniment plus que moi, « ny que tous ceux qui en pourroient parler^. »

Ce témoignage un peu trop flatteur, rendu aux lumières des Officiers municipaux et au zèle qu'ils montraient pour les études historiques, devait avoir pour eft'et d'engager de plus en plus la Prévôté des Marchands dans la voie qu'elle avait résolu de suivre, et de stimuler l'ardeur des écrivains, désormais assurés d'un honorable et solide patronage. Aussi, à partir de la seconde moitié du xvii'' siècle, les hommes les plus considérables de la Magistrature urbaine, à l'Hôtel de Ville et au Châtelet, tiennent-ils à singulier honneur de se montrer les Mécènes de l'histoire et de la topographie parisiennes. Au premier rang de ces illustres protecteurs se placent le maréchal François de L'Hospital, comte de Rosnay, seigneur du Hallier et de Beine, ministre d'Etat, gouverneur de Champagne, puis gouverneur de Paris, et le Prévôt des Marchands, Antoine Le

' Le Théâtre des antiquitez de Paris, Avis ^ Les Antiquitez de la Ville de Paris ,

au lecteur, p. 3 et 5. Epître dédicatoire.

PRÉCÉDENTS HISTORIQL'ES. M

Febvre, qui, le 6 juillet i 65^ , dutcédcrson siège au conseiller frondeur Pierre de Broussel, et en reprit possession, par ordre du Roi, le i 4 octobre suivant. C'est à ces deux représentauli» du Gouvernement municipal que Gomboust dédia son pian de Paris ', l'année même où la Fronde tenait ses assises à l'Ht)tel de Ville ( i()52). Moins troublé dans l'exercice de son pouvoir, le prévôt Henri de Fourcy, chevalier, comte de Chessv, conseiller du Koi et président aux enquêtes du Parlement, reçut de l'historien Le Maire la dédicace du Paris ancien et nouveau (i685) : « Ce recueil, dit l'auteur, vous appartient ajuste « titre, non-seulement parce que vous remplissez une charge «qui vous rend le chef de cette capitale du rovaume, mais « parce que la plupart des grands ouvrages qui en font la ma- « gnilicence et qui ont servi de matière à mon travail portent « des Fnarques de votre illustre nom ^. »

Le Parlement lui-même ne tarda pas à étendre sa sollicitude aux questions d'histoire et d'administration parisiennes dont il était alors si fréquemment saisi , et qu'il appelait si volontiers à sa barre. A l'exemple de ses prédécesseurs, qui s'étaient toujours considérés comme des édiles en dernier ressort, le premier président de Lamoignon, l'une des grandes figures de ce temps, conçut le projet d'une vaste entreprise. « Au mois «d'août 1677, dit le commissaire Le Cler-du-Brillet, M. le « Premier Président passa dans sa bibliothèque avec AL De « Lamare et lui dit : J'ai formé deux desseins que je veux

' Jean Boisseau (i65o), Nicolas Bérey trats iminicipaux, et cet usage se géné- (i656), Pierre Bulict (1676), dédièrent raiisa depuis. — * Paris ancien et noareaa, également leurs plans de Paris aux Magis- t. I, Epîtro dédicaloire.

« VOUS communiquer, parce que j'espère que vous voudrez « bien m'aider : le premier, de connaître mon Paris comme je «connais ma maison, et le second, de rassembler dans un « corps tout ce qui concerne le droit public ^ » Le résultat de cet entretien fut la conception du Traité de la Police, dont le Parlement, le Cliâtelet et l'Hôtel-Dieu assurèrent plus tard la publication^, et qui, malgré certaines omissions volontaires^, reste, après deux siècles, l'exposé le moins incomplet de l'ancienne Administration parisienne.

Mais bien avant que le laborieux Commissaire fût en mesure d'écrire son premier volume, un avocat, Henri Sauvai, n'obéissant qu'à ses propres inspirations, avait abordé l'iiistoire de Paris par le côté des monuments et des institutions, et amassé pendant plus de vingt ans les éléments d'une quantité de monographies distinctes. Malheureusement il ne put, comme il en avait probablement le désir ^, léguer ses papiers à la Lieutenance civile ou à la Prévôté bourgeoise, qui en eussent tiré si bon parti. La mort prématurée de cet infatigable chercheur, aux travaux duquel ses contemporains eux-mêmes rendirent pleine et entière

' Traité de la Police, t. IV; Éloge de M. De Lamare, p. 2.

^ Voir Pièces justificatives, VI.

^ On sait que i' esprit de corps , surexcité par de longues discussions entre les deux Prévôtés, nuisit i l'impartialité que De Lamare s'était promise : l'Hôtel de Ville fut sacrifié au Châtelet.

* M. Paulin Paris, dans une note de son édition de Tallemant des Réaux, raconte, d'après les Lettres de l'oratorien

Richard Simon (t. III, 1698), que Sauvai demandait à Colbert, en échange d'un service rendu , « une pension viagère de «mille écus et une charge honorifique à a fHôtel de Ville. » Ce n'était certainement point une sinécure que sollicitait le laborieux investigateur; il espérait sans doute trouver, près des Magistrats municipaux, aide et protection pour son œuvre. (Pièces justificatives, IV.)

justice', déLcrniina probablement la Ville à faire appel à cet ordre illustre auquel la science doit le Recueil des historiens des Gaules, Xllisloire lilléraire de la France et L'Art de vérifier les dates. Dom Michel Félibien eut plusieurs entrevues avec Messieurs de la Ville : «Dès 1711, dit Jaillot, M. Bignon avoit « chargé ce savant bénédictin de la congrégation de Sainl-Maur « de travailler à l'histoire de la Ville de Paris ^. ») Modeste pour son prédécesseur autant que pour lui-même, Dom Lobineau fait remonter au Prévôt des Marchands tout l'honneur de cette entreprise : «Monsieur Bignon, dit-il, animé d'un louable « zèle pour l'honneur de sa patrie, et de l'exemple de ses pères, « à qui les lettres ont des obligations si essentielles^, emploïa « l'autorité que son rang, son mérite et l'amour du public lui « donnoient dans la Ville pour la déterminer à faire choix d'un « historien (|ui pust transmettre à la postérité la connoissance « générale de tout ce qui s'estoit passé dans cette capitale de « l'Estat, tant par rapport à elle-mesme, que par rapport à la

' Voici le jugement que deux contemporains portèrent sur les travaux de Sauvai : «C'est un garçon de Paris, dit Taiicmant «desRéaux [Histor.éô. i856, t. V, p. 289), «qui fait trois volumes in-folio intitulés u Paris ancien et moderne, où il remarque « tout ce qu'il y a de beau; ce travail sera « utile. » De son côté , Guy Patin écrivait le 1 6 novembre 1 G55 : « Il y a ici un jeune «homme nommé M. Sauvai, Parisien, « qui travaille avec beaucoup de soin et de « peine à nous faire une pleine histoire de «la Ville de Paris.» Boiloau, et après lui lîrossette , l'ont , il est vrai , beaucoup moins bien traité.

^ Recherches critiques, historiques et topographiques sur la Ville de Paris, t. I, Avantpropos, p. XI.

' Lobineau a surtout en vue les trois membres de cette famille qui avaient laissé un nom dans les lettres, l'administration et la magistrature ; Roland, né en iSôg, l'un des plus savants hommes de son siècle ; Jérôme, premier du nom, né en iSSg.

avocat général au Parlement de Paris, bibliothécaire du Roi, auteur de plusieurs ouvrages d'histoire et de diplomatie; Jérôme , deuxième du nom , avocat général , conseiller d'honneur au Parlement et conseiller d'État, mort le i5 janvier 1697.

hh HISTOIRE GÉNÉRALE DE PARIS.

« monarchie. On lui laissa le choix de l'escrivain, et le succès « qu'avoit eu l'histoire de l'abbaye de Saint-Denis le détermina «en faveur de Dom Michel Félibien, alors religieux de la « mesme abbaye. 11 le demanda à ses supérieurs en 1711, « et, sur les assurances qu'il vouloit bien donner que la Ville « auroit soin de procurer libéralement tous les secours dont ce «religieux auroit besoin dans la suite, on l'accorda au désir « du Prévost des Marchands et des Echevins, et on l'envoya à « l'abbaye Saint-Germain des Prez '. »

Félibien se mit résolument à l'œuvre, et, « après avoir bien « considéré la matière qu'il avoit à traiter, il donna, en 1 7 i 3, « un projet de l'ouvrage qu'il entreprenoit, et ne négligea rien « pour s'acquitter envers le public le plustost qu'il lui seroit « possible. Le projet fut présenté au feu Roy, de glorieuse mémoire, « et agréé de Sa Majesté; ce fut un pressant motif à l'auteur de « se haster de l'exécuter, dans l'espérance que ce grand Roy «ne refuseroit pas d'approuver l'ouvrage, comme il en avoit « approuvé le dessein ^. » Mais Félibien eut beau « se haster, » la mort le prévint , et le 2 5 septembre 1719 il décédait à l'âge de cinquante-trois ans, n'ayant encore fait imprimer que quatre feuilles de l'Histoire de Paris, et deux feuilles des preuves ou pièces justificatives.

Cet événement, qui pouvait tout compromettre, n'interrompit point cependant l'œuvre commencée ; les villes et les corps savants, dont la tradition est l'âme, se fortifient par de continuelles accessions, et là est en partie le secret de leur

' Histoire de la Villede Paris, Préface, p. 2. (Voir Pièces justificatives, IV.) — - lhid.\i. 3.

puissance. Dom Guy-Alexis I^obineau succéda immédiatement à Félibien. a Ce choix, dit l^ol)ineau lui-même, a esté approuvé de monsieur Bignon, toujours allbctionné à l'avancement d'un ouvrage dont il avoit donné le premier dessein, et par

< monsieur Trudaine, qui lui avoit succédé dans l'inclination de favoriser la nouvelle histoire, aussi bien que dans la charge de Prévost des Marchands. On auroit espéré, ajoute le sa-

< vant continuateur, la mesmc protection de monsieur le mar- ( c[uis de Chasteauneuf, conseiller d'Estat ordinaire et Prévost

des Marchands après monsieur Trudaine, si la Ville s'estoil trouvée disposée à seconder les intentions généreuses de ce magistrat. Il est à présumer que Testât présent des affaires de la Ville a esté la seule cause du relaschement qu'elle a marqué de son premier zèle ' . »

Ce « relaschement, » dont le savant bénédictin semble placer la cause dans la pénurie des finances municipales, ne fut pas de longue durée. C'est en 172 2 que Dom Lobineau exprimait le regret d'être moins généreusement assisté, et la résolution « de travailler à la gloire de la Ville, avec la mesme « affection que si l'on avoit esté comblé de ses faveurs; » cependant, en cette même année, le contrôleur Le Roy rendait publiquement hommage au zèle dont Trudaine avait fait jireuve pour les intérêts de la Ville et pour son histoire : « Nous com- « mençâmes , dit-il , à nous apercevoir de la fausseté des opinions « sur la nature et sur l'antiquité de l'Hôtel de Ville de Paris « dès la première lecture de quchpies anciens titres (jue nous

' Histoire de la Ville de Paris, Préface, p. 3.

liô HISTOIRE GÉNÉRALE DE PARIS.

« eûmes occasion de voir dans les archives de l'Hôtel de Ville. « Feu M. Trudaine, alors Prévôt des Marchands , en fut frappé « comme nous, et ce magistrat, dont la mémoire sera toujours « chère aux bons citoyens, nous engagea d'essayer à éclaircir « ces points, qu'il regardoit comme importans pour l'histoire « de la Ville de Paris, à laquelle Dom Félibien travailloit alors. « Le respect que nous avions pour lui et l'affection dont il « nous honoroit ne nous laissèrent pas la liberté de nous dé- « fendre d'un travail si épineux. Il s'offrit obligeamment de « nous procurer par son crédit la communication de toutes « les archives dont nous pourrions tirer des lumières ; et il « voulut que celles de la Ville nous fussent ouvertes, et que « nous pussions tirer des extraits de tous les anciens titres dont « nous aurions besoin K »

Ainsi trois hommes de science et de bon vouloir avaient été successivement requis de travailler à l'Histoire de Paris, et ils avaient abordé cette tâche avec une conscience égale à leur talent. Le « relaschement » dont se plaint Dom Lobineau ne se comprend guère en présence de tant d'efforts, et il ne faudrait, en tout cas, faire peser cette accusation que sur les prévôtés un peu besoigneuses de Pierre-Antoine de Castagnère (1720- 1726) et de Nicolas Lambert de Thorigny (1726-1729)-; mais avec les Prévôts Turgot (1729-1740), Aubery (1740- 17/11) et de Bernage (17^2-1757), la tradition, un instant interrompue, est renouée avec éclat : les beaux jours de la prévôté des Bignon et des Trudaine reparaissent, et un éta-

^ Dàserlation sur l'origine de l'Hôtel de l'état de gêne qu'avait produit la liquida- Ville, p. ij. — '^ H faut en accuser surtout tion désastreuse de la banque de Law.

blissement définitif succède aux missions temporaires que les Magistrats municipaux avaient jusque-là confiées à quelcjues savants.

«M. Turgot, dit Lebeau, auteur de l'éloge académique

< de Bonamy, rendoit sa magistrature immortelle par les ouvrages aussi utiles que magin'fi(|ues dont il embellissoit la

( Ville de Paris; mais cet amateur des lettres se persuadoit que ( les monumens littéraires ont encore plus de vie et plus de

< force pour résister aux injures des temps que les plus solides édifices. Plusieurs citoyens avoient déjà composé l'iiistoire

(de cette grande cité; il crut que la capitale du royaume, :< distinguée des autres villes par tant d'offices et d'emplois di- :< vers, devoit avoir aussi un historiographe en titre, et il en- ( gagea le Bureau de la Ville à fonder cette place '. »

Il ne faudrait pas voir dans la création des historiographes de la Ville une simple imitation des usages de la cour et de la haute aristocratie. Les rois de France avaient eu leurs chroniqueurs, et, depuis Charles IX, leurs historiographes brevetés; quelques grands seigneurs s'étaient également donné ce luxe; la Prévôté des Marchands, qui ne faisait rien sans motif, obéissait, en cette circonstance, à une nécessité bien démontrée. Sans parler des graves erreurs comnuses par De Lamare et des omissions que Le Roy relevait dès 1 7 'i 2 ^, sans rappe-

' Histoire de l'Académie royale des ins- «cette matiîre (les origines du Gouver-

criplious , t. XXXVIII, p. 3 a 9-280. «nemcnt municipl). Mais, la croyant ap-

^ «Que ne pouvoit-on point atten- «parenimcnt trop détachée de son sujet,

« dre de la vaste érudition de l'auteur « il ne l'a point assez approfondie ; il

«du Traité de la Police, toujours soute- «l'a même visiblement négligée.» {Dis-

« nue d'un discernement exquis , s'il avoit sertation sar f origine de i Hôtel de Ville,

«voulu se donner la peine de traiter p. ij.)

1er certaines particularités des plus importantes qui avaient échappé à la sagacité du savant contrôleur de rentes, ainsi que le remarque Bonamy', le grand ouvrage de Félibien, qui se termine à l'année 1721, appelait naturellement une continuation, et l'histoire de l'ancien Echevinage, savamment ébauchée par Le Roy, apparaissait aux Magistrats municipaux comme un immense desideratum. C'est ce que le premier historiographe de la Ville constate dans les termes suivants : « Les « histoires que nous avons déjà de la Ville de Paris sont en «grand nombre, et celle du P. Félibien est assez étendue « pour ne laisser rien à désirer jusqu'aux temps où il l'a finie; « il ne s'agit que de la continuer et de tenir registre des « choses mémorables qui s'y sont passées et qui s'y passent. « Mais nous n'avons point d'histoire qui regarde en particulier « l'Hôtel de Ville et qui ait pour objet principal ce qui est « émané de l'autorité de ces magistrats. C'est pourquoi on a « cru devoir s'appliquer plus particulièrement à cette dernière, « et se renfermer dans les faits qui ont un rapport direct au <t Corps municipal et à chacun de ses membres. La manière « qui a paru la plus naturelle pour écrire cette histoire a été « de la donner par forme d'annales , en rapportant sous chaque '( prévôté ce qui s'est passé à Paris, comme les Romains ont « écrit leur histoire par consulats^. »

Un tel plan impliquait manifestement la création d'un emploi fixe et une division méthodique du travail à entreprendre; c'est ce que comprit et fit comprendre l'un des officiers muni-

^ Papiers de Donamy, portefeuille I; Note raisonnée des ouvrages de l'histormjraphe de la Ville. — 2 Ibid.

cipaux les plus honorables et les plus éclairés du dernier siècle, Antoine Moriau, procureur du Roi et de la Ville, fondateur et premier bienfaiteur de la bibliothèque de l'Hôtel de Ville'. «M. Moriau, dit encore Bonamy, aïant représenté en 1734 « au Bureau c[u'il étoit de la grandeur de la Ville de Paris d'a- « voir un historiographe qui eût soin de recueillir tout ce qui « se passoit dans la Capitale du roiaume et de faire passer à la « postérité les faits les plus intéressans, il convenoit de choisir « pour cet effet une personne qui fût en état de concourir aux «vues de la Ville, M. Turgot, Prévost des Marchands, pro- « posa alors le sieur Bonamy, de l'Académie royale des belles- « lettres, et précédemment sous -bibliothécaire de la biblio-

« thèque publique de Saint-Victor lequel, en cette qualité,

« s'obligea de composer deux corps d'histoire, l'une de la Ville « et l'autre de l'Hôtel de Ville-. »

Les années i']?>h et 1 7 35, où cette importante mesure fut prise et mise à exécution, comptent parmi les plus fécondes au point de vue des études historiques. Le 20 avril 173^, le Corps municipal, considérant « qu'une des parties de ses obli- « gâtions, qui n'en est pas la moins essentielle, consiste dans la « transmission à la postérité des événemens qui interressent « la Capitale du royaume, et en particulier l'Hôtel de Ville, » délibérait, arrêtait et ordonnait, «d'établir et nonuner une «personne pour composer deux corps d'histoire, l'un de la (( Ville de Paris, et l'autre de l'Hôtel de ladite Ville, tant du

» Antoine Moriau était fils de Nicolas- i 720. Il avait obtenu la survivance de son Guillaume Moriau, cgalcnient Procureur père le 10 décembre 1723. du Roi et de la Ville, en 1701 , sous la ^ Papiers de Bonamy, \>ortcf.l,Solenison

prévôté de Charles Boucher, et décédé en néedes ouvrages de l'historiographe de la t iUe.

« passé jusqu'à présent que de l'avenir'. » Le 8 mars 1735, le Prévôt et les Echevins, après avoir « pris en considération la « nécessité de faire choix d'une personne capable pour la levée « de tous les plans généraux et particuliers nécessaires pour « le bien public et en particulier pour l'avantage de la Ville, » arrêtaient et ordonnaient qu'il serait établi un géographe de la Ville de Paris ^. Le 2.3 du même mois, lesdits magistrats, «sur ce qui leur avoit été remontré par Antoine Moriau,» qu'il convenait de faire dresser « un inventaire exact des char- «tres, litres, minuttes, comptes, plumitifs, registres, plans, « mémoires et papiers imprimés, étans soit au greffe ou dans «d'autres endroits de l'Hôtel de Ville», arrêtaient et ordonnaient que ce « répertoire chronologique » serait fait par dix commis sous la direction « d'une personne chargée de la con- « duite et de l'examen du travail, de l'ordre et de l'arrange- « ment nécessaires à observer^. »

Depuis la regrettable dispersion des archives de l'Hôtel de

^ Pièces justificatives, VII.

- Il s'agit de l'abbé De Lagrive, dont les plans jouissent encore aujourd'hui d'une grande réputation d'exactitude , qui signa de nombreuses quittances de payement de 1 735 à I ■jliQ , et reçut, le 6 novembre 1755, trois cent cinquante-deux livres «pour la gravure, la planche et « quatre cents exemplaires tirés de la fa- «çade de l'Hôtel de Ville.» (Arch. de l'Emp. K 990-991.) Il lui avait été délivré, dès le 26 mars de l'année précédente, des « lettres de recréance pour lever les « plans des rivières et ruisseaux aflluans à « cette Ville ; » mission dont avait déjà été

chargé le géographe Desprez, en 1721.

(Arch. de l'Emp. H i855, fol. /i43 v°.) L'abbé De Lagrive avait eu pour prédécesseurs Jaillot, aïeul du judicieux auteur des Recherches critiques, etc. et le généalogiste Jacques Chevillard, qui était en même temps un habile géographe. II eut pour auxiliaire le graveur Beaumont; et le dernier de ses successeurs fut Robert de Hesseln, censeur royal, qui, le 5 avril 1785, reçut du prévôt Louis Le Peletier et des Echevins une commission d'ingénieur géographe ordinaire de la Ville. (Arch. de fEmp. K 996.) — Pièces justificatives, V. ^ Pièces justificatives, VIII et IX.

PRÉCÉDENTS HISTORIQUKS. 51

Ville, consoininée dans les premières années de la Hévoiution, il est difficile de se rendre compte du résultat de ce dernier travail, si sagement conçu et si minutieusement ordonné. Heureusement les recherches historiques proprement dites n'ont pas toutes eu le même sort : les Papiers de Bonamy ont été conservés en entier à la Bibliothèque de l'Arsenal, où ils avaient été apportés en 1797 par Ameilhon, l'un de ses successeurs; et les mémoires de l'Académie des Inscriptions contiennent plus de cincpiante dissertations signées de lui, parmi lesquelles sept sont relatives à dilîérents points de l'histoire et de la topographie de Paris. Voici la liste de ces travaux :

1" Recherches sur la célébrité de la Ville de Paris, avant les ravages des Normands (deux mémoires, i 739-i 740);

2° Sur le cours de la rivière de Bièvre ou des Gobelins (1740);

3° Mémoire sur l'inondation de la Seine à Paris, au mois de décembre 17/iO, comparée aux autres inondations, avec des remarcjucs sur l'élévation du sol de celte ville (1741);

4° Bemarques sur un lieu appelé Tricines. dont il est Tait mention dans un ouvrage de Raoul de Presles ( 1744);

5° Sur les dillerents Parloucrs aux Bounjcois, ou hôtels de ville de Paris ( 1747) ;

6° Description historique et topographique de l'hôtel de Soissons (1750);

7" Mémoire sur les aqueducs de Paris comparés à ceux de l'ancienne Rome ( i 754).

Ces travaux, quoique se rattachant à l'Histoire de Paris, sont cependant distincts des « deux corps d'histoire » que Bo-

namy s'était engagé à entreprendre, et dont il ne fit trèsprobablement que les exposés. Dans sa pensée, c'étaient autant de dissertations préparatoires destinées à faire bien connaître le théâtre sur lequel les événemenls se sont accomplis, et à faciliter ainsi la tâche de l'historien. Le judicieux écrivain revient fréquemment sur cette idée, que la science de la topographie doit précéder celle de l'histoire proprement dite : on en retrouve l'expression dans la Note raisonnée qu'il a donnée de ses ouvrages, dans ses Réflexions générales sur l'histoire de la Ville de Paris et dans son Projet d'histoire de l'Hôtel de Ville ^ ; c'est une application partielle du mot bien connu : La géographie et la chronologie sont les deux yeux de l'histoire. Pierre Bouquet, neveu du savant bénédictin auquel on doit le recueil des Historiens de France, obtint, par délibération du Bureau de la Ville en date du 22 juin 1762^, la survivance de Bonamy dans son double emploi d'historiographe et de bibliothécaire. Bonamy avait été, en effet, nommé à ces dernières fonctions par arrêté du 2 septembre 1760^, et on lui avait donné pour auxiliaire Jean-Baptiste Mulattier *, dont la survivance fut également , par délibération du 2 7 juillet 1770, assurée à Hubert-Pascal Ameilhon , qui la transmit à son frère ^. Ces diverses nominations étaient motivées par l'acceptation, en date du 2 septembre 1760, du legs généreusement fait par M. Moriau, de sa bibliothèque particulière pour en former le noyau d'une Bibliothèque municipale^. Les imprimés et les

^ Papiers de Bonamy, portefeuiile I. ^ Pièces justificatives, XVI et XVIII.

^ Pièces justificatives , XII. ^ VoirauxPiècesjustificatives,XII,XIV,

3 Ibid. XVII, XIX et XX, l'historique de ia for-

" Ibid. mation de la Bibliothèque de la Ville, les

manuscrits allaient donc se trouver groupés sous la même main, et les études historicjues devaient singulièrement gagner à cette heureuse réunion. C'est ce que comprit et voulut le Bureau de la Ville en fixant, par arrêté, les « devoirs » ainsi que les « fonctions » de l'historiographe et du bibliothécaire : «L'historiographe de la Ville, est-il dit dans le règlement "du 2 0 juillet 1770, sera tenu de continuer les deux corps « d'histoire qui auront été commencés par ses prédécesseurs, « l'un de la Ville de Paris, l'autre de l'Hôtel de Ville, tant du « passé jusqu'à présent que pour l'avenir, et de nous commu- « niquer tous les projets qu'il aura formés pour arriver à la « suite de la composition des deux corps d'histoire, toutes fois « et quantes il en sera par nous requis. » Quant au bibliothécaire, il était tenu, par le même règlement, «de continuer « l'inventaire général raisonné et par matières des livres, car- « tons, registres, manuscrits, pièces fugitives, médailles, je- « tons, collections et autres, au fur et à mesure des nouveautés «qui pourroient entrer dans la Bibliothèque de la Ville'.» Cette sage ordonnance porte la signature de Jérôme Bignon , Prévôt des Marchands, nom cher à la science, puisque, à soixante ans de distance , on le retrouve associé aux mesures les plus heureusement combinées pour stimuler et féconder les études historiques^.

legs que lui firent successivement le procureur Moriau, l'avocat Tauxier, l'évcque de Callinique, etc. et l'exposé des diverses mesures prises par ic Bureau pour organiser parallMement les deux services.

' Pièces justificatives, XV.

^ Armand-Jérôme Bignon , Prévôt des

Marchands do 176^ i '77' • ^*^'* n^veu de Jérôme Bignon , qui exerça les mêmes fonctions de 1 708 à 1 7 1 5 , et du célèbre abbé Jean-Paul Bignon, à qui Gemiain Brice dédia sa Description de la Ville de ParÙ!, édition de 1713-. la famille n'a\-ait pas dégénéré.

5/i HISTOIRE GÉNÉRALE DE PARIS.

Une sollicitude si généreuse devait enfin porter ses fruits : les recherches topographiques, dontBonamy avait judicieusement fait comprendre la nécessité, se poursuivaient sans relâche; les dissertations, les mémoires, les simples notes se multipliaient, et de nombreux portefeuilles avaient dû s'ajouter aux douze que Bonamy déclarait « pleins » quelques années après sa prise de possession '. Toutefois on ne peut former sur ce point que des conjectures, puisque les papiers de Bouquet, de Mulattier et d'Ameilhon ont été dispersés ou anéantis pendant la Révolution. Moins heureux que leur devancier, à qui sa qualité de membre de l'Académie des Inscriptions assurait une publicité gratuite. Bouquet et Mulattier ont dû garder leurs travaux en manuscrit, et l'on ne connaît qu'un mémoire de Bouquet, imprimé en 1772 sous ce titre : Mémoire historique sur la topographie de Paris. C'est une longue réponse aux assertions d'Antoine Terrasson touchant l'emplacement de l'ancien hôtel de Soissons (question déjà soulevée par Bonamy), ainsi qu'une réfutation de la dissertation du même jurisconsulte sur l'enceinte de Philippe-Auguste^.

Le différend relatif à l'hôtel de Soissons et à la mouvance des terrains de cet hôtel ne concernait originairement que l'Archevêque de Paris et les officiers royaux. La Ville fut mise en cause parce qu'elle avait acquis lesdits terrains , par l'ordre du Roi, afin d'y établir la halle au blé, et elle se défendit, comme il lui convenait de le faire, avec un grand luxe d'érudition. Après ' avoir produit un premier mémoire signé De Bonnaire, rappor-

' Papiers de Bonamy, portefeuille I. titre : Histoire de l'emplacement de l'ancien

2 Le mémoire de Terrasson avait pour hôtel de Soissons ; Paris , i 772.

PRÉCÉDKNTS HISTORIQUES. 55

leur, et De Vannes, procureur du Roi et de la Ville, la Prévôté des Marchands pensa qu'en pareille matière son historiographe était le meilleur de tous les avocats, et elle chargea Pierre Bouquet de continuer, pour la défendre, la monographie de l'hôtel de Soissons commencée en l'jbo, par Bonamy. Le modeste bibliothécaire ne craignit pas de se mesurer avec « les historiens et les jurisconsultes fort savants et fort éclairés >» qui soutenaient les prétentions de l'Archevêque; mais, ajoutet-il , « plus leur suffrage est propre à en imposer, plus nous « sommes obligés d'entrer dans le détail des preuves posi-

« tives notre qualité et notre attachement à la Ville nous

« en font un nouveau devoir'. » Terrasson répliqua avec plus d'aigreur que de véritable savoir^; Bouquet, de son côté, ne voulut pas se tenir pour battu ^ et ce tournoi archéologique eut pour résultat d'appeler l'attention publique sur la topographie de l'ancien Paris, que Bonamy considérait à juste titre comme une préparation indispensable à tout écrivain qui veut aborder l'histoire de la Capitale.

Quant à Ameilhon, académicien comme Bonamy, la diversité de ses goûts et certaines préoccupations politiques, qui se traduisirent plus tard par une grande exaltation révolutionnaire, paraissent l'avoir détourné des paisibles devoirs de sa profession. Le recueil de l'Académie des inscriptions ne

' Mémoire historique et critique sur la de Soissons; Paris, i-j-j 2. — Addition à la rétopographie de Paris, p. 97. J'utation du Mémoire prétendu historique, etc.

^ Réfutation d'un Mémoire prétendu his- Paris, 1773.

torique et critique dans lequel le bibliothé- ' Réplique à la prétendue réfutation dn

caire et historiographe de la Ville de Paris a Mémoire historique et critique sur la topogra-

attaqué l'histoire de l'emplacement de l'hôtel phic de Paris; Paris, 177a.

contient de lui que des mémoires sur des sujets fort disparates et sans aucun rapport avec l'Histoire de Paris. Ses travaux sur les « deux corps d'histoire , » si tant est qu'il les ait conservés jusqu'en 1792, n'ont pas dû trouver grâce devant les théories d'anéantissement qu'il osa , dit-on , professer et appliquer luimême, à l'égard de ce qui rappelait l'ancien régime \

La grande création de 178 4 n'a donc point, il faut bien le reconnaître, produit les fruits qu'elle contenait en germe. Soit que les séances de l'Académie des inscriptions aient distrait les historiographes de la Ville de leurs études spéciales, soit que le bruit des controverses du dehors les ait troublés jusque dans leur solitude, soit que les derniers Prévôts des Marchands, plus soucieux du présent que du passé, aient concentré toute leur activité sur les grands travaux d'édilité qui ont marqué la fin du dernier siècle^, oubliant ainsi « une partie « de leurs obligations qui n'en est pas la moins essentielle; » soit enfin que les matériaux amassés par les trois historiographes, et déposés dans les bâtiments de l'ancien collège des Jésuites^, aient eu plus tard à souffrir de cette hospitalité compromettante, toujours est-il que la postérité n'a recueilli, jusqu'ici, aucun des résultats qu'on lui promettait en lyS^.

Ce n'est pas, toutefois, que le goût des études historiques ait disparu avec les emplois que la sollicitude municipale avait

' Voir Pièces justificatives, XX. gnon, rue Pavée au Marais, où demeurait

^ Le percement des quartiers de la Ville- Moriau , dans le « vaisseau » des chanoines

l'Evêque , des Porcherons , de la Nouvelle- réguliers de Saint Louis de la Culture,

France, etc. Génovéfains réformés de Sainte-Catherine

^ La Bibliothèque de la Ville, dont la du Val-des-Écoliers , et successeurs des

garde était confiée aux historiographes, Jésuites de la rue Saint-Antoine.

avait été transférée de fhôtel de Lamoi-

PRÉCÉDENTS IIISTOIUQL'ES. 57

créés pour quelques hommes de lettres. Au moment même où la RéYolulion envahissait bruyannnenl l'IIotel de Ville, et en chassait les « cinq ou six particuliers conmiis pour figurer une « municipalité sans titre et sans pouvoir', » qui avaient jusquelà continué à doter les historiographes de Paris, le successeur du Clerc du Parloir aux Bourgeois, ou, pour parler le langage de l'époque, le Secrétaire de la Commune, rédacteur des procès-verbaux de ces tumultueuses assemblées, écrivait à la première page de son registre les lignes suivantes : «J'avois dessein de placer ici les réflexions qui se sont pré- « sentées en foule à mon esprit pendant la rédaction des faits (' dont j'ai été moi-même le témoin, et qui m'étoient interdites «par l'obligation imposée à tout secrétaire d'une assemblée, « à tout rédacteur d'un procès-verbal. J'ai pensé depuis qu'on « attcndoit de moi, dans cette circonstance, non pas une dis- « sertation politique, mais un monument hislorique^ . »

11 y a loin cependant des rédactions enthousiastes de l'avocat Duvcyricr à ces « deux corps d'histoire » que l'ancienne Municipalité avait en vue, et qu'elle faisait conq)oser avec cette simplicité sérieuse et digne dont les plus grandes choses s'acconmiodent si bien. 11 arrivait d'ailleurs à la Commune de Paris ce ({ui était arrivé à l'antique Prévôté des Marchands, chaque fois qu'elle avait été mêlée à nos discordes civiles : la politique y absorbait l'histoire, et le bruit des événements du

' Procès-verbal des séances et délibérations Duv(jricr. T. I; Discours préliminaire. de l'assemblée générale des électeurs de Paris , p. vu.

rédigé depuis le 26 avril jusqu'au 21 mai ^ Procès-verbal des séances et délibéra-

1789 , par M. Builly, et depuis le 22 mai jus- tions de l'assemblée générale des électeurs de qu'au 30 juillet par Honoré-Marie- Nicolas Paris, etc. p. i.

jour y étouffait cette voix du passé qu'on n'entend bien que dans le silence et le recueillement. L'époque révolutionnaire fut pour l'histoire de Paris ce qu'avaient été l'époque des Maillotins et des Cabochiens, la Ligue et la Fronde, un regrettable temps d'arrêt dans la voie traditionnelle où le Pouvoir municipal s'était toujours efforcé de marcher.

La réorganisation politique et administrative de l'an viii imposait au premier Préfet de la Seine des obligations trop nombreuses et trop pressantes, pour qu'il pût être question de reprendre alors les études historiques interrompues. Les longues guerres du premier Empire éloignèrent encore de cet ordre d'idées; les yeux, les esprits, la vie publique tout entière était concentrée sur les champs de bataille, et les mains qui auraient pu tenir la plume ne pouvaient alors manier que l'épée. Il faut descendre jusqu'à l'année 1821 pour retrouver la trace des études historiques, oubliées depuis trente ans. M. le comte de Chabrol, dont l'administration a laissé à la Ville de si honorables souvenirs, revint à l'histoire par le côté le plus accessible et le moins politique : il prescrivit des recherches sur les fêtes et cérémonies dont l'Hôtel de Ville avait été le théâtre, et un certain nombre de cartons, déposés aux archives de la Préfecture de la Seine, contiennent le produit de ce travail, dont les éléments ont été empruntés tant aux Registres du Bureau de la Ville qu'aux pièces officielles mises à la disposition des rédacteurs ' .

' Les travaux étaient dirigés par criptions. On connaît ses études sur Horace,

M.Walckenaer, alors secrétaire général de Lafontaine, M'°°de Sévigné, et sur divers

la Préfecture , qui fut depuis membre et se- autres sujets d'érudition et de critique litté-

crétaire perpétuel de l'Académie des ins- raire. — (Voir Pièces justificatives, XX.)

Tandis que cette besogne s'accomplissait (i82i-i83o), l'Administration municipale préparait de son côté, dans des mémoires spéciaux soigneusement étudiés, de précieux matériaux pour l'avenir '. Mais, en attendant, l'histoire générale de Paris demeurait abandonnée à toutes sortes de compilateurs, qui s'obstinaient à ne point recourir aux sources et nmltipliaient ainsi les volumes sans aucun profit pour la science. Un de leurs torts était de vouloir fondre dans une composition unique ces « deux corps d'histoire » que l'ancienne Édilité avait si nettement distingués, et que les historiographes avaient reçu l'ordre formel de traiter à part. Il résultait de ce mélange des faits généraux et particuliers la plus inextricable confusion, et les gens d'étude, aussi bien que les honmies d'administration, souhaitaient vivement que l'Hôtel de Ville eût son histoire séparée, comme l'avaient entendu les Bignon, les Trudaine et les Turgot. L'agrandissement du vieux Palais municipal, entrepris sous l'administration de M. le comte de Rambuteau, fournit enfin l'occasion de réahser ce projet tant de fois ajourné. En même temps que les architectes Godde et Lesueur complétaient l'œuvre de Dominique de Cortone (i 838- 1 8^3), un écrivain laborieux, M. Le Roux de Lincy, recevait la mission de faire des recherches historiques sur le monument, et de présenter en raccourci le tableau de la juridiction qui y avait si longtemps siégé. Le programme que l'auteur se traça, avec l'agrément de l'Autorité munici-

• H s'agit ici des exposés et des rapports chot , continué par M. de (JiabntI et pr ses sur les grands travaux et autres affaires successeurs, a produit de nombreuses puimportantes de laVillo. L'usage d'imprimer hlicalions administratives. |)amu lesquelles ces documents , introduit par le comte Fro- plusieurs sont de véritables ouvrages.

pale, fut très-convenablement rempli, et le livre qui en est résulté, quoique incomplet à certains égards, demeure, avec la dissertation de Le Roy, le travail le plus estimable qui ait été fait jusqu'ici sur cette matière.

La combinaison réalisée sous le patronage de la Ville par MM. Le Roux de Lincy et Calliat était des plus fécondes : joindre un texte écrit aux plans d'agrandissement ou de restauration d'un édifice, c'est, en effet, préparer, par voie de monographies, la véritable histoire des monuments et des institutions de Paris; c'est suivre, en l'élargissant, la route que les premiers historiens de Paris avaient entrevue, et que les historiographes du siècle dernier ont si nettement indiquée. L'Administration municipale, toujours soucieuse des intérêts de l'art et de l'histoire , pressentit tout ce qu'il y avait en germe dans cette idée et se hâta d'en faire une seconde application : l'Atlas du Palais de Justice fut entrepris, en i856, sur la proposition de M. le baron Haussmann, et avec le concours empressé du Conseil nmnicipal. Cette importante publication comprend un portefeuille de plans et un volume de texte, uniquement composé de documents administratifs, l^a première moitié du travail est donc accomplie; la seconde, qui présente des difficultés exceptionnelles, n'a pu encore être abordée. Il ne suffit pas, en effet, pour réaliser une pareille œuvre, de réunir dans un harmonieux ensemble les qualités diverses qui constituent l'archéologue, l'historien, le jurisconsulte; il faut, en outre, dépouiller l'immense collection des Registres du Parlement, suppléer aux lacunes qu'elle renferme et reconstituer scientifiquement les nombreux documents anéantis par les incendies

de i6i8etde i 776. Lorsquecette tâche iiiulliplo aura été remplies par un ou plusieurs écrivains spéciaux, le vieux Palais de la Cité, séjour de tant de rois, siège de la première Cour de justice du royaume, aura, comme l'Hôtel de Ville, son recueil de plans et sa monographie.

Telle a été la succession des travaux historiques accomplis OU tentés par l'Ëdilité parisienne, depuis l'époque où les faits commencent à se révéler avec quelque certitude, juscju'aux années les plus rapprochées de nous. Un tel sujet eût pu recevoir des développements considérables; mais le tableau qu'on vient de présenter suffit pour que le lecteur suive de siècle en siècle l'idée traditionnelle que les Magistrats municipaux se sont fidèlement transmise. Si rapide qu'elle puisses paraître, cette étude n'en est pas moins féconde en révélations de toute nature : les actes de sage prévoyance qu'elle remet en lumière, les sentiments élevés dont elle a permis de recueillir l'expression, sont à la fois un enseignement salutaire et une puissante excitation. En s'inspirant de cette idée persistante, qui a déterminé de si généreux efforts et soutenu tant d'obscurs dévoues ments, on pourrait certainement faire revivre avec éclat l'antique traelition des Clercs du Parloir, continuité par les historiens et les historiographes de la Ville, et ce résultat se>rait de nature à mériter le plus favorable accueil. Mais, forte de l'expérience du passé et des conejuétes de la critiepie moderne, la Ville de Paris peut et doit faire davantage. Puisqu'il demeure constaté que les élueles historiques entreprises par la

Lieutenance civile ou la Prévôté des Marchands allaient s'aiïaiblissant d'année en année, et survivaient bien peu aux hommes d'initiative qui les avaient prescrites, il faut bien reconnaître la nécessité de fonder sur des bases plus durables l'édifice que la Ville a résolu d'élever. Ce n'est donc point une œuvre passagère que le Chef de l'Edilité parisienne veut accomplir aujourd'hui : c'est un monument définitif dont il pose la première pierre et dont il léguera la continuation à ses successeurs. L'Hisioire générale de Paris, ainsi recommandée, aura pour protecteurs naturels non-seulement les représentants futurs du Pouvoir municipal, intéressés par honneur et par devoir à l'achèvement de cette grande entreprise, mais encore les amis des études sérieuses, qui ne meurent pas en France, et qui ne lui refuseront pas dans l'avenir le tribut de leurs sympathies et le concours de leurs lumières.

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