Histoire générale de Semur-en-Auxois
Vous avez raison de dire que votre livre s'adresse aussi bien à ceux qui s'intéressent à l'histoire de la France qu'aux amateurs d'histoire locale.
L'histoire d'un peuple se compose de faits généraux qui concernent la vie politique, économique, morale de la nation tout entière, et d'une multitude de faits locaux qui caractérisent la vie provinciale et communale, et qui souvent expliquent les faits généraux ou sont expliqués par eux.
Il fut un temps où les écrivains s'occupaient presque exclusivement des premiers. Il n'en est plus ainsi. On comprend de plus en plus que, pour pénétrer jusqu'à l'âme d'un peuple, il faut entrer dans les détails intimes, s'asseoir en quelque sorte à son foyer, l'étudier dans sa famille et dans son travail journaher, interroger sa pensée et chercher la raison
de ses croyances et de ses sentiments. Pour connaître l'homme, la physiologie ne se borne pas à le regarder se mouvoir : elle examine avec le scalpel et le microscope ses fibres et chacun de ses organes. Sans abuser, comme on le fait parfois, de la comparaison entre un corps vivant et une société politique, on peut dire que chaque ville, chaque village est un des éléments vitaux de l'organisme social, et que son histoire est, par conséquent, un des facteurs essentiels de l'histoire nationale. Vous en donnez un exemple par l'histoire de Semur. Vous l'avez suivie, cette histoire, pas à pas dans ses manifestations diverses, depuis ses origines obscures jusqu'à l'époque contemporaine, puisant à toutes les sources d'information, dans les travaux imprimés, livres ou mémoires, dûs à l'érudition de vos devanciers, dans les dépôts d'archives et dans le témoignage des hommes qui pouvaient vous éclairer.
Vous nous l'avez montrée durant la période féodale, sous la monarchie absolue, pendant la tourmente révolutionnaire, enfin au xix^ siècle où cette histoire est moins mouvementée et partant plus courte. On a dit que les peuples heureux n'avaient pas d'histoire ; il est certain en tout cas que nos villes, sous le gouvernement régulier et centra-
lisé de la France actuelle, ne présentent pas les mêmes spectacles émouvants et les mêmes péripéties qu'au temps des guerres privées féodales, ou des troubles de la Ligue ou de la tyrannie révolutionnaire.
Vous avez décrit, avec l'amour du clocher natal, les monuments dont les plus remarquables, au point de vue de Fart, appartiennent — comme dans beaucoup de villes de France — à la période du Moyen- Age.
Vous avez insisté sur l'histoire du Collège; c'est une des parties de votre œuvre que j'ai lues avec le plus d'intérêt. Vous n'avez pas oubhé les noms des hommes distingués que Semur a vus naître, et vous avez eu raison. Une ville s'honore en professant le respect de la mémoire des hommes qui ont bien mérité des lettres, de la science, des arts et de leur pays.
Je souhaite que votre long et patient travail soit apprécié comme il le mérite, et que le monument que vous élevez à votre ville d'adoption devienne un exemple et suscite d'autres histoires locales dont l'histoire générale de France recueillera le profit.
E. Levasseur.
10 Mai 1905.