SEMUR SOUS L'UNITÉ GOUVERNEMENTALE
Le fils et successeur de Philippe, Charles-le-Téméraire, n'accomplit, durant son règne, aucun acte auquel Semur ait participé. Il fut tué devant Nancy le 5 Janvier 1477, et comme il ne laissait qu'une héritière, la princesse Marie, sa fille, laquelle épousa plus tard l'archiduc Maximilien, le duché de Bourgogne fut réuni au domaine de Louis XI, roi de France. Mais ce monarque ayant donné le gouvernement de cette Province au sire de Craon, Jean de la Trémouille (( homme seur pour son maistre, mais un peu trop aimant son profit (1) », Semur, qui s'était déclaré en faveur de Marie, se souleva et obtint l'appui du prince d'Orange, Jean de Chalon. Ce prince, qui avait gouverné Semur pour le dernier duc et l'avait cédé sans coup férir au sire de Craon, s'était imaginé qu'en récompense de ses services le roi lui donnerait le gouvernement de ce duché. Déçu dans ses espérances, il se brouilla avec Craon et fit déclarer plusieurs villes, entre autres Dole, Auxonne, Beaune, Chalon et Verdun-sur-Saône, en faveur de Marie. Ce mouvement formidable contraignit Louis XI à employer la force des armes pour les réduire à son obéissance. Georges de la Trémouille marcha contre Dole, mais il ne réussit pas dans son entreprise : « car les assiégés firent une furieuse saillie sur son camp, luy tuèrent bon nombre de ses gens et ils lui leuèrent par force grande quantité de son artillerie, dont il eut grand reproche du roy, qui le déposa du gouvernement de Bourgogne, tant pour cette faute que pour plusieurs grans excès faits audit païs, dont les plaintes venoyent au roy de toutes parts... En son lieu fut mis et ordonné Charles d'Am-
1, Philippe de Commines — (Livre 6).
boise, comte de Brienne, très vaillant et très sage chevalier (1). »
Ce dernier, qui était, en outre, chambellan du roi et son conseiller d'État, prit Dole, Auxonne, Beaune, Arcy, Mancenis et Saulieu, puis vint mettre le siège devant Semur au mois de Juin 1478. Les Semurois opposèrent une très vive résistance et n'auraient peut-être pas capitulé s'ils n'avaient été trahis. D'après une tradition locale, en effet, la ville aurait été surprise par les ennemis qui s'y seraient introduits par un égout situé au-dessous de l'église, dans la rue Basse, qu'on appelait alors la Fontenette et qu'on nomme aujourd'hui La Fontaignotte. (( Une servante leur aurait, dit-on, indiqué l'endroit où cet aqueduc se décharge auprès du pont Pinard. Les soldats, profitant d'un jour de fête où tout le monde était à la grand'messe et se glissant par ce conduit, brûlèrent et saccagèrent la ville (2). » Quoiqu'il en soit, d'Amboise s'empara des faubourgs de Semur et ses soldats s'y livrèrent aux derniers excès ; le couvent des Carmes lui-même fut saccagé. « Les gens d'armes, dit un ancien registre de ces Pères, vinrent dans notre couvent et, ne trouvant que les papiers de la maison, ils les mirent en pièces. C'est pour cela que nous commençons un nouveau registre (3). »
Le seigneur de Villarmont qui, de concert avec le prince d'Orange, avait soulevé une partie des populations contre le roi et qui s'était réfugié dans Semur avec sa femme, Agnès du Plessis, et son fds Robert, parvint à grand'peine à s'échapper. Il se réfugia en Flandre, tandis que son fils resta prisonnier.
(( Le baillj^ d'Auxois, Hugues de Thoisy, qui avait pris part à la résistance, fut saisi, garotté et emmené à Plessis-les- Tours, où Louis XI le fit jeter dans une cage de fer (4). »
De même que les registres des Carmes, les archives du bailliage et de la mairie ont dù être la proie des flammes lors du siège de Semur par Charles d'Amboise, car on ne retrouve de registres de ces juridictions qu'cà partir de cette époque.
La justice qui, jusque-là, avait été rendue par des baillis, le