‹ Histoire générale des ArabesChapitre 49 sur 51 · L.-Àm. Sédillot · texte numérisé non relu

L.-Àm. Sédillot

(t) Matériaux, etc., t. Il, p. 641, 042. - Bulletin de la Société de géographie, 4« série, t. II, juillet-décembre, p. 425, 4*7; décembre, rapport sur l'ouvrage de M. Reinaud, intitulé : Mémoire géographique, historique et scientifique sur l'Inde, etc., par M. Sédillot.

SUR QUELQUES POINTS DE L'HISTOIRE DE L'ASTRONOMIE ANCIENNE ET EN PARTICULIER SUR LA PRÊCESSION DES ÉQUINOXES.

Cher prince,

Je vous ai promis de rapporter in extenso quelques passages des écrits de M. Th. -H. Martin, que j'ai cités dans ma dernière lettre : Des savants arabes et des savants d'aujourd'hui, etc. (1); je viens acquitter ma dette.

M. Th. -H. Martin a présenté à l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 1864, et publié en 1864 un mémoire sur celle question : La précession des équinoxes a-t-elle été connue des Égyptiens ou de quelque autre peuple avant Uxpparque (2)?

On sait que la précession des équinoxes, changement

(1) Des savants arabes et des savants d'aujourd'hui, à propos de quelques rectifications, lettre de M. L.-Am. Sédillol à D. B. Boncompagoi, extrait du Buttettino di bibliographia e distoria délie scienze matematiche e fisiche, t. IV, p. 401-418.

(2) Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, l. VIII, 1S69, p. 303, 522.

qui a lieu dans les longitudes des étoiles, vient de* la figure aplatie de la terre et de l'attraction latérale do soleil et de la lune; Hipparque, le plus célèbre des anciens astronomes, reconnut 128 ans avant notre ère, en comparant ses observations à celles d'Arystille et de Timocharis, qui florissaient vers 294 ans avant J.-C, que les étoiles n'étaient pas toujours à la même distance des équinoxes, ce qui constitue la différence de Tannée sidérale et de Tannée tropique.

Ptolémée, qui nous a conservé les précieux travaux d'Hipparque, prétendit que la valeur de la précession était de trente-six secondes par an ; nous la faisons de 50" 1/10; mais M. Th.-H. Martin constate que la comparaison de Tannée tropique d'Ilipparque avec son année sidérale donne un arc de 46" 807 pour la précession annuelle (1), et il en conclut qu'au temps de Ptolémée la doctrine de la précession était déjà amoindrie et faussée (2). Seulement il ajoute (3) :

c M. Sédillot a eu tort de dire que les observations chaldéennes avaient servi à Hipparque pour déterminer la longueur de Tannée. Il résulte seulement des expressions de Ptolémée qu'Hipparque s'en était servi pour réformer la période qui ramène les éclipses de lune, i La critique de M. Martin tombe à faux ; Hipparque dit lui-même, suivant le témoignage de Ptolémée (4), c qu'en

(1) Mémoire* présentés par divers savants, etc., 1" série, t. VIII, p. 438. Mémoire sur cette question: t La précession des équinoxes, etc. i

(2) Id.t ibid., p. 522.

(3) M., ibid., p. 438.

(4) Composition mathématique de Claude Ptolémée, traduite par M. Halma, et suivie des notes de M. Delambre, t. 1, p. 155. 1813.

calculant d'après certaines éclipses de lune, il a trouvé que l'inégalité dans les durées des années, considérée relativement à la durée moyenne, ne fait pas une différence de plus de la moitié et du quart d'un jour, » et plus loin Ptolémée nous apprend qu'Hipparque a établi, d'après les observations des Ghaldéens et les siennes propres, que dans une période de 126,007 jours et une heure équinoxiale qui ramène le temps des éclipses après un égal nombre de mois, le soleil parcourt 345 circonférences entières moins 7° 1/2 environ (1), d'où Ton peut déduire une année sidérale de 365 jours 6 heures 14 minutes 12 secondes.

J'ai donc eu parfaitement raison de dire (2) qu'Hipparque a tiré parti des périodes des Chaldéens, en comparant leurs observations aux siennes propres, et que les observations chaldéennes lui avaient servi pour déterminer la longueur de Tannée.

M. Martin indique bien que la comparaison de l'année tropique d'Hipparque avec son année sidéraleawraûdonné un arc de 46" 807 pour la prècession annuelle (3) ; mais il ne dit pas que j'avais fait le premier et depuis longtemps cette remarque; il se contente d'imprimer en note (4) : « Voyez MM. Biot et Sédillol, II. ce. » Cela ne suffit pas : j'avais communiqué mon travail à M. Biot, qui s'était attri-

(t) Composition mathématique, etc., t. I, p. 210.

(2) Mémoires présentés par divers savants, etc., t. I, p. 20, 1844. — Mémoire sur les instruments astronomiques des Arabes, par M. L.-Am. Sédillot, p. 20. Paris, 1841. — Matériaux, etc., p. 13.

(3) Mémoires présentés par divers savants, etc., \™ série, t. VIII, p. 438. Mémoire sur cette question : « La précession des équinoxes, etc. »

(4) Id., ibid.

bué l'honneur de cette petite découverte, et qui a reconnu mon droit de priorité à deux reprises différentes (i).

Delarabre, en comparant les déclinaisons des étoiles observées par Timocharis et par Ilipparque, a trouvé dix-huit résultats entre 24" et 66" (2j; mais il n'avait point fait attention au passage de Ptolémée que nous avons signalé.

En effet, la différence en temps de l'année tropique d'Hipparque et de son année sidérale qui est de 19' donne l'arc de précession annuelle de 46" 807.

Dans mon Mèmoirt sur les instruments astronomiques des Arabes, etc., j'ai dit (3) :

« La détermination de la durée de l'année tropique donne, pour cent années juliennes, un mouvement séculaire de 100c 0o 19' 42" 7b.

t Les nombres cités précédemment donnent, pour le même temps, un mouvement séculaire sidéral de 99 359 1 41 98.

c Différence ou précession

séculaire.., 0 1 18 0 78.

t En secondes : 4,680" 78. i Pour constater de nouveaux progrès dans la détermination de la précession des èquinoxes, il faut s'adresser aui

(1) Journal des savants, p. 719, 720. Paris, 1843. — Études w l'astronomie indienne et sur l'astronomie chinoise, par J.-B. Biot, p. 83. Paris, 1862.

(2) Histoire de l'astronomie ancienne, par M. Delambre, t. H. p. 254. Paris, 1817.

(3) Mémoire sur tes instruments astronomiques des Arabes, pv M. L.-Am. Sédillot, p. 20. — Matériaux, etc., p. 14.

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Arabes, qui ont porté dans leurs appréciations une exactitude bien préférable aux hypothèses incertaines des Grecs.

M. Th. H. Martin leur rend d'ailleurs pleine justice, en disant (1) : c D'autres astronomes arabes, après avoir emprunté aux Grecs la notion de la précession continue, eurent le mérite d'en perfectionner l'évaluation, qui, comme nous l'avons vu, loin de faire des progrès, avait rétrogradé chez les Grecs depuis Hipparque. Les Arabes arrivèrent presque exactement à la valeur vraie (2). >

Ailleurs M. Th.-H. Martin dit (3) : « En matière d'astronomie, les Arabes ont été des commentateurs intelligents, des calculateurs habiles et d'assez bons observateurs ; mais ils ont manqué entièrement de critique en ce qui concerne l'histoire de la science. »

Qu'en sait-on? M. Th.-H. Martin pourrait répéter en cette circonstance ce qu'il déclare plus loin (A) : « Leurs travaux sur ce point sont en dehors de l'objet de nos recherches. »

Passant à un autre ordre d'idées, le savant philologue s'exprime ainsi (5) : t II s'agit de savoir si la science grecque alexandrine n'est qu'un reste, plus ou moins habilement élaboré, de connaissances antiques qui au-

(1) Mémoires présentés par divers savants, etc., lr« série, t. VIII, p. 451. Mémoire sur cette question: « La précession des équinoies, etc. >

(2) Matériaux, etc., part. II, app., note 4, p. 278, 281.

(3) Mémoires présentés par divers savants, etc., 1«* série, t. VIII, p. 369. Mémoire sur cette question : t La précession des équinoxes, etc. »

(4) Id., ibid., p. 451.

(5) M., ibid., p. 308.

raient appartenu aux Égyptiens et à d'autres peuples dans une sorte d'âge d'or de la science, ou bien si, au contraire, animée d'un esprit jusqu'alors inconnu d'investigation scientifique, et guidée par une méthode nouvelle, la science grecque a réalisé la première, en astronomie, un immense progrès, gage des progrés futurs qui, préparés par les Arabes musulmans, s'accomplissent et se continuent chez les peuples modernes. • C'est cette dernière thèse que nous avons toujours défendue (1), et M. Th. -II. Martin est du même avis que nous. Il dit aussi avec toute raison (2) : « Car lors même qu'on prouverait que, dès avant l'époque d'Hipparque, les Chinois ou les Indiens eussent trouvé la précession des équinoxes, il n'en résulterait nullement qu'ils eussent transmis cette notion aux Chaldéens, aux Égyptiens et aux Grecs. Mais comme nous sommes en mesure d'établir que, jusqu'après l'époque d'Hipparque, les Indiens et les Chinois, de même que les Chaldéens et les autres peuples de l'antiquité, se sont occupés d'astronomie à leur manière, sans découvrir la précession, et que cette notion n'est venue aux Indiens et aux Chinois que tardivement et de sources grecques, cette partie complémentaire de notre tâche viendra confirmer utilement la partie principale.

(t) Mémoire sur les instruments astronomiques des Arabes, p. 5, G. — Matériaux, etc., p. 2, 422. — Courtes observations sur quelques points de l'histoire de Vastronomie et des mathématiques chez les Orientaux, par M. L.-P.-E.-A. Sédillot, p. 8, 9. Paris, 1803.

(2) Mémoires présentés par divers savants, etc., lr* série, t. VIII, p. 307. Mémoire sur cette question : c La précession des équinoxes, elc. »

c Nous espérons, d'ailleurs, que l'ensemble de ce mémoire, outre son utilité spéciale pour la connaissance du calendrier égyptien, aura l'avantage plus général de marquer la différence profonde qui sépare les longs tâtonnements astronomiques des autres peuples anciens de la voie scientifique et progressive dans laquelle l'astronomie est entrée par l'heureuse initiative de l'école grecque d'Alexandrie et de Rhodes. »

M. Th.- H. Martin confirme ainsi le jugement que nous avons porté il y a plus de vingt ans sur les travaux scientifiques des Grecs et des Orientaux (1); et nous allons voir que lorsqu'il passe en revue les traditions indiennes (2), il arrive aux mêmes conclusions que nous (3).

Dans l'avant-propos de nos Matériaux, nous avons dit (4) : « On s'accorde â placer en Orient le berceau de la civilisation, sans que personne ait pu lever jusqu'à présent les voiles qui l'entourent. Il semble que les premiers progrès de l'humanité doivent rester inaccessibles à nos regards. Les philosophes grecs parlent bien, à la vérité, d'emprunts qu'ils auraient faits à l'Égypte et à l'Inde; mais est-il possible d'apprécier, d'après leurs livres, la valeur réelle de ces emprunts, et ne serait-ce pas se jeter dans une voie sans issue que de rechercher, par exemple, au-delà des écoles d'Athènes et d'Alexan-

(1) Matériaux, etc., p. 1t 2, 3, 4, 423, 459, 465.

(2) Mémoires présentés par divers savants, etc., série, t. VIII, p. 452, 489, 490. Mémoire sur cette question : c La précession des équinoxes, etc. »

(3) Matériaux, etc., p. 422, 423, 466.

(4) Jd., p. j, ij.

drie l'origine et les développements des sciences mathématiques? Quel peuple de l'antiquité nous offrirait un seul nom comparable à ceux d'Hipparque et de Plolémée, d'Euclide et d'Apollonius, d'Archimède et de Diophante? Tant que les traditions resteront muettes, tant que les monuments d'un autre âge ne nous auront révélé aucun fait nouveau, il faudra laisser de côté les ingénieuses hypothèses de Bailly, et s'en tenir aux travaux des Grecs. Eux seuls nous fournissent des documents écrits d'une valeur incontestable; eux seuls nous ont transmis sur les diverses branches des sciences exactes, avec de remarquables modèles, les bases de nos plus belles découvertes. »

Et ailleurs (1) : c On sait combien l'école grecque, illustrée surtout par Hipparque (2) et par Plolémée (3), a rendu de services à la science; les découvertes qui sont dues à ses représentants ont été justement appréciées, et le tableau que YAlmagesteen a tracé donne une idée très-nette du système astronomique auquel elles se trouvent liées : les théories sont appuyées sur des observations faites avec des instruments propres à mesurer les angles, et calculées par les méthodes trigonométriques ; la tcience astronomique est créée. »

M. Th.-H. Martin écrit à son tour (4) : t II n'est plus

(1) Matériaux, etc , p. 2.

(2) Hipparque, de Nicée, florissait au second siècle avant noire ère, vers l'an 127.

(3) Ptolémée, d'Alexandrie, composait VAknageste ««7»^ <rvvT«ftç) vers l'an 138 de J.-C.

(4) Mémoires présentés par divers savants, etc., lrc série, t. VIII, p. 452. Mémoire sur celte question : f La pfécessien des èqmnoxes, etc. »

nécessaire aujourd'hui de s'arrêter à prouver, contre Bailly (A$tr. ind. et or., dise, prél., part. 1, pag. xxvxxvn, xlii, xlvii, lv, lxiv-lxvi, et ch. iv, p. 5, 7, 83, 127, 129, 140-141 et 182-184), que la conjonction planétaire prétendue de Tan 3102 avant J.-C, prise pour point de départ des Tables astronomiques de Tirvalour, n'est pas le résultat d'une observation faite par les Indiens en 3102 avant J.-C, mais d'un faux calcul rétrograde. 11 est encore moins nécessaire de discuter les observations non indiennes de longitudes d'étoiles que Bailly (Astr. anc., p. 131-139 et 356-357; Astr. mod., 1. 1, p. 507-508, et Astr. ind. et or., dise, prél., p. xxxn ; chap. v, p. 136-137, et chap. x, p. 261-266) transporte arbitrairement, pour les rendre vraies, dans un zodiaque indien imaginaire, en les attribuant non moins arbitrairement à deux Hermès indiens, non moins imaginaires, qui auraient vécu l'un au XIXe siècle et l'autre au XXXIVe avant notre ère, c'est-à-dire à des époques où les Aryas, ancêtres des Indiens, n'étaient pas même encore arrivés dans l'Inde. »

Les savants indianistes Whitney, Max MuIIer, Weber, Lassen, Benfey, etc., ne peuvent s'accorder entre eux sur les questions chronologiques (1).

Tous les traités astronomiques indiens qui nous restent, même le Calendrier des Védas, ont été rédigés postérieurement à l'an 200 avant J.-C. (2).

On sait que les Séleucides et les Lagides, dans les

(1) Mémoires présentés par divers savants, etc., U« série, t. VIIÎ, p. 453, 473, 476, 490. Mémoire sur cette question : t La précession des équinoxes, etc »

(2) W., iWd.,-p. 455.

États desquels l'astronomie grecque était florissante, entretinrent avec l'Inde des relations suivies (1) ; que des rois indiens et des populations du nord de l'Inde parlaient grec (2) ; que des relations intimes existèrent entre l'Inde et l'Égypte, sous les empereurs romains (3) ; que les poèmes astronomiques indiens sont pleins de doctrines grecques étrangement déguisées (4) ; qu'aucon de ces poèmes n'est antérieur au Ve siècle de notre ère (5); que le titre même de ces livres en indique l'origine gréco-romaine (6).

Enûn les opinions des Indiens sur la précession des équinoxes résultent clairement de calculs faits sur les données d'Hipparque, et accommodés aux hypothèses d'autres astronomes grecs et surtout d'astrologues grecs, et traduits dans le style de la chronologie imaginaire des Indiens (7).

Ces diverses assertions de M. Th. -II. Martin ajoutent une nouvelle force aux arguments que nous faisions valoir (1841-1845 et 1847), en imprimant ce qui suit (8) : « C'est aux Grecs seuls, en effet, que nous pouvons nous adresser pour recueillir les premières données de l'histoire des sciences. »

(I) Mémoires présentés, par divers savants, etc., 1" série, t. VIII, p. 456. Mémoire sur cette question : « La précession des équinoxes, etc. i

{*) !d.t ibid.

(3) M., ibid.

(4) M., ibid.

(5> W.,i6/rf., p. 457.

(6) W., ibid.t p. 457, 458.

0) Jd.,ioid., p. 481, 490.

(8) Mémoires sur les instruments astronomiques des Arabes, p. 5.

C'est ce que nous disions aussi dans le passage suivant de nos Matériaux ci-dessus mentionnés (1) : « Assurément, lorsqu' Alexandre pénétra jusqu'aux bords de l'Indus, lorsqu'il reçut, comme on l'assure, des leçons de ces philosophes d'un autre âge, ceux-ci n'auraient pas manqué de faire sentir à ce conquérant barbare leur supériorité intellectuelle, s'ils étaient élevés aux plus hautes spéculations de la science; ils auraient cherché à l'étonner par le tableau des progrès qu'ils auraient fait faire aux connaissances humaines; mais loin de là, Aristote et son école n'empruntèrent rien d'important aux Indiens. Deux siècles s'écoulent; les communications des Séleucides avec les souverains des bords du Gange ne cessent d'être fréquentes, et ce sont les Grecs qui instruisent l'Asie orientale, en y introduisant leur civilisation et leurs idées. »

Et plus loin, dans le même ouvrage (2) : c Si nous étudions maintenant les faits qui peuvent éclaircir la question, nous voyons que les sciences dont on a retrouvé quelques traces dans l'Inde à une époque trèsrapprochée de nous, et particulièrement Gastronomie, se composent d'emprunts faits aux Grecs et aux Arabes. Déjà Delambre a montré que les tables indiennes paraissaient avoir été dressées d'après une moyenne prise entre les tables grecques et les tables arabes. Laplace (Précis de l'histoire de l'astronomie, p.- 18) repousse également les hypothèses de Bailly. »

Sans parler de l'introduction du zodiaque grec dans

(1) Matériaux, etc., p. 422, 423.

(2) Id.y p. 424, 425.

île

rinde (1), de la semaine planétaire (2), des nakêhatras ou mansions lunaires (3), n'avons-nous pas fait justice des prétendus chiffres indiens, d'origine latine (4), du cercle indien qu'on trouve décrit dans Proclus (5), de la trépidation des fixes dont parle Théon (6), de l'algèbre et de la géométrie dites sciences indiennes (7), etc.?

Nous sommes revenus sur cet intéressant sujet dans une récente communication à l'Académie des sciences dans les termes suivants (8) : « Le désir]d'ôtre regardé comme le plus ancien peuple de la terre et le plus instruit a porté les Hindous, ainsi que les Égyptiens, les Chinois, etc., à s'attribuer des inventions qui ne leur appartenaient pas. Les Hindous notamment, n'ayant pas de chronologie, pouvaient, à mille ans près, modifier la date de certains faits; Golebrooke a, -de notre temps, reconnu qu'il avait été le jouet des pandils avec lesquels il 3'était mis en rapport; déjà Wilford avait été obligé de rétracter les prétendues découvertes

(1) Matériaux, etc., p. 426, 427.

(3) Jd., p. 426, 467, 562.

{h) Matériaux, etc., p. 419, 428, 429, 459, 460, 503. - Atti delf Accademia pontificia de' nuovi Lincei, etc., t. XVlll, p. 318. — Sur Vorigine de nos chiffres, lettre de M. L.-Am. Sédillot à M. le prince Ballhasar Boncompagoi.

(5) Matériaux, etc., p. 444, 445, 503.

(6) Id., p. 442, 443, 444, 504.

(7) Matériaux, etc., p. 446, 447, 458, 459, 503, 504. - Comptes-rendus, etc., t. LXXII, p. 780, 781. — Des connaissances scientifiques chez les Orientaux, à propos des étymologies arabes, par L.-Am. Sédillot, p. 4, 5.

(8) Comptes-rendus, etc., t. LXXH, p. 779, 780, 781. — Des connaissances scientifiques des Orientaux, etc., p. 3, 4, 5.

qu'il devait aux déclarations d'interprètes infidèles; William Jones n'avait pas été plus heureux ; Legentil en disait tout autant à la même époque; sept cents ans auparavant, l'Arabe Albirouni déclarait qu'il avait fait pour les indigènes des extraits d'Euclide et de Ptolémée, et qu'aussitôt ils mettaient ces morceaux en slokas, c'està-dire en dystiques sanscrits, de manière qu'il était peu facile de s'y reconnaître. Il est probable que la même chose était arrivée aux nestoriens, aux néoplatoniciens, à Plotin au IIe siècle de notre ère, aux Ptolémées, aux Séleucides, aux Antonins, en relations suivies avec l'extrême Orient, et que les connaissances des Occidentaux devenaient pour les Hindous, passés maîtres en fait de ruses et de tromperies, des plagiats commis à leur détriment; M. Woepcke s'y est laissé prendre pour les chiffres et pour Yarénaire (1). Le savant M. Sandou, qui professe le tamije ou tamoul, le plus ancien idiome de l'Inde, nous apprend qu'en effet, au Xe siècle de J.-C, sous le règne de Bhodja II, imitateur du khalife Almamoun, il existait une académie des sciences, où Ton usait de la même supercherie, pour prouver aux étrangers que leurs communications n'étaient que la reproduction d'inventions ou d'idées d'origine indienne; ta ruse fut découverte et l'académie supprimée.

€ Cette habitude de traduire en slohas les faits scientifiques, en se servant d'ôles ou feuilles de palmier (2) , qu'il était facile de remplacer par d'autres, conduit

(1) Lettre au prince Boncompagni sur l'origine de nos chiffres, par L.-Am. Sédillot, extrait des Atti delï Accadepïia pontificia de% nuovi Lincei, t. XYUI, 2 ami 1865, p. 5 et suiv.

(2) Recherches asiatiques, trad. par Labaume, t. I, p. 388.

444 ' APPENDICE, w

tout naturellement à l'examen d'une question encore pendante, celle de l'origine du sanscrit, qui pourrait bien être moins ancienne qu'on ne pense. Le sanscrit, employé par les traducteurs des Védas, qu'on suppose avoir donné naissance aux mots grecs et latins qu'on y trouve semés, n'aurait-il pas, au contraire, offert un droit d'asile à la langue d'Homère, déjà parfaite six biccles auparavant? Les mots arabes qu'on rencontre à une autre époque, dans les slokas des Hindous, ne seraient-ils pas un indice qui viendrait confirmer cette supposition?

t La tentative faite au XIII6 siècle de notre ère par l'empereur mongol Kublaï-Khan, d'appliquer à la langue chinoise une écriture alphabétique, ne ferait-elle pas entrevoir qu'un procédé analogue a pu être employé pour le sanscrit, qui n'a jamais été une langue parlée, mais une écriture sacrée (san-cfum script-um)? Nous avons un spécimen des caractères pa sse pa acceptés par Kublaï, et qui sont une simple transformation des caractères dévanâgaris (1).

« Lorsque les Arabes, au VIIIe siècle, reçurent d'un Indien quelques notions d'astronomie et de mathématiques, ils ne connaissaient pas encore les livres grecs, et ils appelaient indien tout ce qui leur était communiqué d'intéressant; mais nos plus habiles philologues, qui entassant citations sur citations, à la manière allemande et sans aucune critique, et qui accueillent souvent les opinions les plus contradictoires, s'accordent cependant à reconnaître que les mathématiciens hindous

(1) Voyez le mémoire de M. Pauthier, dans le Journal asiatique de 1862, p. 15, 21,33, etc.

sont postérieurs à l'école d'Alexandrie ; c'est ce qui explique, nous l'avons répété bien des fois, comment les Arabes ont été amenés à attribuer une origine indienne à des inventions grecques, à appeler cercle indien un instrument décrit par Proclus, chiffres indiens un système de numération dû aux Occidentaux, et même à faire de YAlmageste de Ptolémée un livre indien, et de la géométrie, suivant M. Woepcke, l'art indien.

« On peut aussi se demander pourquoi le buddhisme, qu'on fait remonter au Ve siècle avant J.-C, est resté inconnu aux Grecs; la doctrine du Z?ud/w-gourou (le maître Budba), qu'un savant indianiste identifiait avec Puthagoras (sic), n'aurait-elle pas quelques rapports avec le système d'abstention prêché par le philosophe de Samos (1)?

« Les considérations qui précèdent s'appliquent en partie aux Chinois, qui ont toujours fait un grand étalage des connaissances de leurs ancêtres ; ont-elles pu complètement disparaître, comme ils le disent, avec l'incendie des livres ordonné l'an 213 avant J.-C? Les sciences qui ont acquis un certain développement ne s'effacent plus de la mémoire des hommes. Nous avons montré que nos missionnaires, par un étrange abus des mots, avaient décoré du titre pompeux de tribunal des mathématiques une commission de mandarins qui avaient pour mandat de coordonner les mouvements célestes avec les événements politiques et les actions de leurs princes, et de prédire jusqu'aux tremblements de terre (2).

(1) Voyez notre lettre à M. de Humboldt, imprimée en tête de notre édition à'Oloug-Beg, t. II, p. 22.

(2) Bullettino di Bibliographia (sic) e di Sloria dette scienze

Les époques de ce qu'on appelle Y astronomie chinoise

coïncident avec les communications venues de l'Occident en 134, en 87 avant J.-C, et depuis en 80, en 164 (ambassade de Marc-Aurèle), en 450, en 618 (arrivée du neslorien Olopen), en 718, en 1280 (astronomes arabes de l'observatoire de Méragah, instituteurs du Chinois Co-Chéou-King), en 1583 (arrivée des missionnaires jésuites) (1). »

M. Th. -II. Martin constate ainsi que nous l'insuffisance scientifique des Chinois (2). Il dit (3) : « Ce qu'il y a de certain, c'est que, depuis l'avènement des Han et sans doute longtemps auparavant, l'année des Chinois, considérée par eux comme tropique, était de 365 jours 1/4. Si, pendant une longue suite de siècles, ils furent amenés quelquefois par l'évidence à retrancher l'erreur accumulée de cette année trop longue, ils le firent sans songer à trouver une évaluation plus exacte (4), et sans tenir compte de ces suppressions de jours, qui, rompant d'une manière irrémédiable la continuité de leur chronologie antique, devaient rendre inutiles à la

matematiche e fisiche, mai 1868 : De l'astronomie et et (sic) des mathématiques chez les Chinois.

(1) Voyez les pièces justificatives dans nos Matériaux, etc., t. II, p. 607 et sui?., et notre Histoire des Arabes, 4854, p. 357, 361, etc.

(2) Mémoires présentés par divers savants, etc., 1" série, t. VIII, p. 492, 493, 514, 515. Mémoire sur cette question : c La p récession des équinoxes, etc. > — Matériaux, etc., p. 563, 650. — Courtes observations, etc. , p. 19, 20, 25, 26.

(3) Mémoires présentés par divers savants, etc., série, t. VIII, p. 503. Mémoire sur cette question : c La précession des équinoxes, etc. »

(4) Voyez M. Biot, Résumé, etc., p. 340.

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science leurs plus anciennes observations astronomiques (1).

Et peu après il ajoute (2) : « Il est donc impossible de leur attribuer des observations exactes d'équinoxes et de solstices, qui, comparées avec des observations exactes de passages des étoiles au méridien, auraient pu leur révéler la différence de l'année sidérale et de l'année tropique, et le déplacement des points équinoxiaux et solsticiaux par rapport aux étoiles. * Les quinze solstices de Pou-kong sont de son invention (3), et le produit d'un faux calcul (4); les Chinois étaient habitués à ne s'occuper que des ascensions droites et des déclinaisons, et ignorant la trigonométrie sphérique, ils ne savaient pas réduire exactement la position de la lune à Técliptique (5). Il ne faut donc pas s'étonner de la fausseté des évaluations qu'ils essayèrent de trouver eux-mêmes (6). C'est bien là ce que nous avons constaté dans notre appréciation de la prétendue astronomie chinoise ; les nombreuses réformes successives du calendrier ordonnées pendant la dynastie des Songs (7) (de 760 à l'an M00 après J.-C.) montrent que, même à

(1) Voyez M. Biot, Résumé, etc., p. 381 et 395 {Académie des sciences, t. XXII), et M. Sédillot, Matériaux, etc., p. 592, 593.

(2) Mémoires présentés par divers savants, etc., lre série, t. VIII, p. 503, 504. Mémoire sur cette question : « La précession des équinoxes, etc. »

(3) Jd., ibid., p. 508.

(4) Id.yibid.

(5) Id., ibid., p. 518, 519.

(6) Id., ibid., p. 519.

(7) On compte jusqu'à seize réformes successives du calendrier {Matériaux, etc., p. 638).

448 APPENDIC&

cette époque, les Chinois n'avaient pas encore une idée bien nette de la grandeur exacte de Tannée.

En ce qui concerne les hypothèses de J.-B. Biot sur l'astronomie chinoise (1), M. Th. -H. Martin est de notre avis. En parlant de ces hypothèses, il dit (2) : c Ces inventions ne prouvent qu'une chose bien connue, c'està-dire l'habileté ingénieuse de leur savant auteur. •

Toute l'érudition de J.-B. Biot consistait à marquer à diverses époques, au moyen d'un globe à pôles mobiles, l'état du ciel par rapport aux équinoxes ; un calcul facile lui apprenait que le commencement du printemps, fixé à 0 Bélier, avait autrefois coïncidé avec la constellation du Taureau; de là le Taureau équinoxial et la connaissance chez les anciens peuples du Taureau équinoxial qu'on devait retrouver dans les monuments, etc. Il était bien inutile d'apprendre les langues de l'Orient, et le grec, et l'arabe, pour refaire l'histoire de l'astronomie ancienne; on n'avait besoin* que d'un simple mouvement imprimé à la sphère pour résoudre toutes les questions ; c'était fort commode. Mais il ne fallait pas abuser de ce procédé, comme l'a fait J.-B. Biot, qui supposait l'existence de la constellation du Taureau à une époque où la division du ciel éloilé n'admettait ni Lion ni Taureau, et qui voulait démontrer, au moyen des formules de la mécanique céleste et du calcul des probabilités, que le zudiaque de Denderah devait être la représentation du ciel à une date de son

(1) Matériaux, etc., p. 476, 477-480, 481, 582, 583, 584, 585.

(2) Mémoires présentés par divers savants, etc., lro série, t. VIII» p. 499. Mémoire sur cette question : c La précession des équinoxes, etc. »

invention et tout naturellement très-ancienne (1). Letronne a mis à néant ses démonstrations, et M. Th. -H. Martin, s'appuyant sur les écrits de M. de Rougé, leur • a donné le coup de grâce dans son dernier mémoire (2).

Ce n'est pas à dire pour cela que la notion de la précession des équinoxes ait été nécessairement inconnue aux astronomes de l'Egypte ou de la Chaldée. Il suffit en effet d'habiter sur une hauteur, pour être frappé du déplacement journalier du coucher du soleil, qui d'un solstice à l'autre, c'est-à-dire en six mois, parcourt un arc céleste de plus de 46 degrés pour revenir dans le même espace de temps au point de départ. Un observateur attentif peut, au l»out d'un certain nombre d'années, reconnaître un changement de position de l'équinoxe par rapport au ciel étoilé.

Lorsque M. Th.-II. Martin nous apprend que Proclus, au Ve siècle de notre ère, ayant sous les yeux l'ouvrage de Ptolémée, ne croyait pas à la précession des équinoxes (3), il reconnaît implicitement que les prêtres égyptiens ou chaldéens ont pu constater ce phénomène resté ignoré du public ; aussi a-t-il raison de dire que

(1) Courtes observations, etc., p. 17, 18.

(2) Mémoires présentés par divers savants, etc., série, t. VIII, p. 304, 805, 392, 393, 403, 413, 414, 433. Mémoire sur celte question : « La précession des équinoxes, etc. » — Voyez aussi M. de Rougé (Revue contemporaine, 2e série, t. XXX, p. 254, 284. — Revue archéologique, etc., nouvelle série, t. X, p. 81, 87. Paris, 1864. — Courtes observations, etc., p. 26, 27-29.

(3) Mémoires présentés par divers savants, etc., 1" série, t VIII, p. 352, 353, 44. Mémoire sur cette question : « La précession des équinoies, etc. »

l'opinion généralement répandue en faveur de la priorité d'Hipparque est la bonne (4).

Une seule chose a droit de nous surprendre : c'est que le savant philologue semble croire a l'existence de ce peuple primitif sorti de l'imagination de Bailly, enseveli, puis ressuscité dans ces derniers temps sous le nom d'Àryas (2).

J'avoue que les migrations de cette race privilégiée qui aurait tout appris à l'univers, excepté son nom, me paraissent, devoir être rangées avec les hauts faits des Adamites de Moreri (3); l'assimilation des Aryas avec les Ariens d'Hérodote (4), qu'on retrouve parmi les peuplades subjuguées par Alexandre de Macédoine (5), ne me satisfait pas davantage, et je m'attends à voir un beau jour disparaître au milieu d'une nouvelle* exécution d'automne (6) toute cette fantasmagorie indo-germanique dont on s'est laissé infatuer.

Recevez, je vous prie, cher prince, l'assurance de mes meilleurs sentiments.

(1) Mémoires présentés par divers savants, etc., 1 rc série, t. VIII, p. 521. Mémoire sur cette question : t La précession des équinoxes, etc. »

(2) /(*., totrf., p. 454, 466, 470.

(3) Comptes-rendus, etc., t. LXXII, p. 778. — Des connaissances scientifiques des Orientaux, etc., p. 2.

(4) Journal des savants, p. 69. Paris, 1872.

(5) Quinte Curce, De la vie et des actions d'Alexandre-ie-Grand, trad. de M. de Vaugelas, avec les suppléments, t. H, p. 70, 71.

(6) Grande exécution d'automne. Paris, 1815.

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