‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 101 sur 424 · SCULPTURE. — ECOLE GRECQUE · texte numérisé non relu

SCULPTURE. — ECOLE GRECQUE

aes plus grands marchés de la Méditerranée. La monnaie athénienne s'était répandue de nouveau dans tout l'Orient, et, fait curieux de l'histoire de l'art monétaire, ses types avaient été imités jusque dans l'Arabie. Le réveil de l'art ne pouvait manquer de suivre le renouvellemen.t de la puissance politique dans un pays où il était si aimé.

A partir de 180, se forme avec Antée, Callistrate, Dionysios, Polyclès, Phythias, Timoclès^ une nouvelle école attique, que les fouilles récentes de Délos nous ont fait mieux connaître. Ces fouilles méthodiques ont déblayé toute une ville et fait de Délos une Pompéi hellénique. On y a trouvé entre autres la statue colossale d'un Romain, Caîus Ofellus, signée Dionysios et Polyclès. Les artistes grecs travaillaient déjà beaucoup pour les Romains. Paul- Émile, vainqueur de Persée, fit venir avec lui en Italie un artiste grec, Métrodore, pour régler la décoration de son triomphe. Rome allait devenir le principal centre en Europe de l'art hellénique, et réunir les plus belles œuvres de la nouvelle école attique. A cette école appartienneni Glycon {V Hercule Farnèse, à Naples) ; Apollonios (le célèbre torse d'Hercule, dit Torse du Belvédère, au Vatican); Cléomène, auteur de la Vénus de Médicis^; Cléomène le fils, auteur de la célèbre statue du Louvre longtemps appelée le Germanicus, mais qui représente probablement un orateur romain d'une époque antérieure (Flaraininus? César?); Antiochus d'Athènes, la Pallas de la villa ' udovisi, à Rome; Salpion (vase de marbre de Naples), t^: . Au I" siècle avant J.-C, Pasitélès fonda à Athènes un* école qui se distingua par un penchant marqué vers l'ar chaîsme, tendance qu'on retrouve souvent dans les civilisa tions très avancées où les formes artistiques semblent avoir été épuisées. Il ne nous est rien resté de lui ; mais l'athlète de son élève Stéphanos (villa Ludovisi), le groupe diî

1. Cette statue a été aussi attribuée à Philiscos de Rhodes, qui accomp»' guH à Borne Metellus le Macédonique.

Pktre. — Hist. des B.-Arts. 1^

Oreste et Éleclre de Ménélaos^ élève de Stéphanos (Naples et villa Ludovisi), le groupe du Louvre dit Oreste et Pylade (il représente Mercure et Apollon), confirment ce

que les écrivains de l'antiquité nous apprennent du style de Pasitélès. — Les écoles d'Asie s'efforcent de maintenir leur réputation. La statue dite le Héros combattant, à'Ag^asi'asd'EphèsejfilsdeDosithée (Louvre), le héros luttant, un genou en terr-ft, de son cousin Ag^asias , fils de Ménophile (Délos), qui toutes deux , pour le style et le caractère des formes, semblent des reproductions en marbre d'originaux en bronze, et bien d'autres, nous montrent

P%. 06. — D»«ne à la biche.

que ces efforts n'ont pas été stériles Signalons aussi VApothéose d'Homère dAvchélaiOS dePriène, bas-relief intéressant, parce qu'il est un fragment de ces tables iliacjuei. sortes de livres illustrés de l'enseignement d'alors*.

1. V. Fabrettl, OpuscuUs, à la suite de son Syntagma de columna Trt^'ana Rom«, 1083; Otto J«hn et Micbaelis, GierchischtBildench-oniken: Bnna. 1^71.

SCULPTURE KOMAINE

Sans doute un bon nombre des œuvres qui nous sont parvenues de ce temps ne sont que des imitations plus ou moins modifiées d'orisjinaux célèbres des périodes précédentes, ce qui pourrait nous faire exagérer leur mérite propre. Ce défaut d'originalité assez général n'empêche pas que des statues qui comptent parmi les plus célèbres de l'antiquité, la Diane à la biche du Louvre , par exemple, aient pu être attribuées à cette époque.

Sculpture romaine. — Allégorie et portrait. — A côté de cette sculpture, qui reste hellénique par ses traditions et sf!

sujets, il y a au3 ^ ^

u n e s c u I p tu - /JiA^^^j^^^^i^.

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romaine.

Fig. 'J7. — Agnppine.

« sinon par ses procédés, au moins, comme le dit M. Martha, par son esprit et son style ». Elle excelle surtout dans les portraits et sait admirablement saisie, sans tomber dans la vulgarité, le caractère propre d'un personnage. On a vu plus haut jusqu'à quel point le goût de la statueportrait et du buste était poussé dans le monde romain. Aussi, malgré tout ce qui a été détruit, nous avons encore l'image de la plupart des personnages romains* depuis le

1. La statue assise d'Agrippine (on en voit à Rome, à Naples, à Vérone) est un des modèles les plus complets de l'art de ce temps.

dernier siècle de la République, Pompée, César, Gicéron, Brutus, Auguste, Agrippa, Livie, Octavie,Agrippine, etc. Les statues romaines se distinguent aussi des grecques par le soin avec lequel sont traitées les draperies. Ce talent se montre principalement dans les statues allégoriques. Malgré leur souci de la réalité, les Romains aimaient à représenter par des statues les abstractions morales qu'ils divinisaient. Nous citerons, par exemple, la statue de la Pudeur (Vatican), de la Fortune (Naples). Cette double tendance trouvait à se satisfaire à la fois dans les statues représentant les diverses nations que Rome avait soumises, et où l'artiste s'attachait à rendre avec exactitude les caractères ethnographiques de chacune d'elles. Ce genre de sculpture tire probablement son origine de la solennité du triomphe, où l'on portait les statues symboliques des villes et des nations vaincues. Pompée avait fait élever près de son théâtre le Portique des Nations [Porticus ad Nationes), où des statues rappelaient les nations qu'il avait soumises. Sur l'autel d'Auguste, à Lyon, on avait sculpté les soixante tribus gauloises. On peut voir encore à Naples, sur la base d'une statue de Tibère, la représentation de quatorze villes d'Asie.

Monnaies. — Cette union de la réalité et du symbole trouva à s'appliquer aussi heureusement à la gravure en médaille. Le temps de César marque le commencement de la belle époque de cet art chez les Romains. Il devait s'y maintenir avec succès jusqu'à la fin des Antonins. Les magistrats monétaires tiennent à honneur d'avoir des coins, bien composés et gravés avec élégance.

Un discours d' Agrippa. — Les hommes d'État de ce temps comprennent qu'un des soins les plus élevés qui incombent à un gouvernement est de mettre le plus possible sous les yeux du peuple le spectacle des belles choses. Agrippa prononça même à ce sujet une harangue pleine de noblesse et bien digne du premier citoyen de

MONNAIES. - RELIGION. — LlTTEKATURE 173

Rome, « sur l'utiliié de rendre publics les tableaux et les statues, au lieu de les tenir comme relégués dans les jardins et les villas des particuliers ». Ces paroles étaient d'autant plus remarquables qu'elles sortaient de la bouche d'un soldat qui avait vieilli dans les camps et sur les flottes romaines, et qui semblait devoir attacher peu de prix aux délicatesses de la civilisation.

Rôle secondaire de la religion et de la littérature. — Malgré ces ciîorts, et bien que l'art entrât plus alors qi ^aujourd'hui dans la vie du citoyen, il ne joua pas dans le monde romain le même rôle que dans le monde grec. Tandis qu'en Grèce la littérature et la religion s'unissent intimement à l'art, influent sur lui et reçoivent son influence d'une manière si suivie et si pro fonde qu'il est souvent difficile de distinguer quelle est la ])art d'action de chacun, à Rome la religion détermine bien les symboles, mais elle ne les pénètre pas, ne les TÎvifie pas. Quant à la littérature, elle a pu inspirer, elln a inspiré certainement plus d'une œuvre individuelle ; l'accord que les esprits cultivés établissent entre les œufres des poètes et les œuvres des peintres ou des sculpteurs est attestée par plus d'un jjassage d'Horace, de Cicéron, de Quintilien, de Quintilien surtout, qui institue dans son livre XII une comparaison en forme entre le.s diverses écoles de peinture et les diverses écoles d'élo quence. Mais il n'y a pas là non plus d'union intime et populaire. Au lieu des tragédies, qui lui rappelleraient sans cesse le fonds commun où puisent les artistes et les '>oètes, le peuple romain ne se plaît qu'aux jeux du cirque.

"^alsur de l'art romain. — En somme, après avoir joui

Fig. 98 — Agrippa.

d'une admiration exagérée, Vart du siècle d'Auguste el du siècle suivant a été trop déprécié de nos jours. Poui la sculpture même, l'art gréco-romain, suite de l'art hellénistique, présente un grand intérêt. S'il n'a pas la naïveté primesautière des époques qu'on pourrait appeler d'inspiration directe, il ne manqua ni de talent ni d'idées. C'est, comme le dit M. Reinach, l'école des Carraches après les grands maîtres de la Renaissance.

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