SIEV. — MOSCOU. <- LE KREMLIN
imitateurs à comprendre et à admirer les monuments russes.
Le Kremlin, avec ses fortifications, ses palais, ses églises, est, pour l'art russe, ce que l'Acropole d'Athènes «st pour l'art grec*. Ce mélange d'un luxe et d'un désordre barbares avec les éléments empruntés aux civilisations voisines, mélange d'où se dégage cependant une originalité propre, est bien l'image de la Russie d'alors.
« Au-dessus de la muraille à créneaux échaucrés, entre les tours à toits ouvragés, semblent monter et descendre, comme des bulles d'or étincelantes, des milliers de coupoles, de clochetons bulbeux aux reflets métalliques, aux brusques rehauts de lumière. La muraille, blanche comme une corbeille d'argent, enserre ce bouquet de fleurs dorées et donne la sensation d'une ville féerique telle qu'en produit l'imagination des conteurs. Ce n'est pas grec, ni byzantin, ni gothique, ni arabe, ni chinois : c'est russe. » (Th. Gauthier.) Et cependant ces constructions sont dues à des Italiens : c'est le Milanais Pierre Solario qui a créé la tour du Souvenir; le Bolonais Aristote Fioravanti qui a fait l'église de l'Assomption, où, depuis le xv^ siècle, on couronne les tzars ; Pietro et Antonio ont construit le palais dit à facettes; les autres palais sont l'œuvre du ^Milanais Alesio.
L'édifice le plus original peut-être de l'architecture russe se trouve en dehors du Kremlin : c'est l'église Saint-Basile, sur la place Rouge.
Ivan le Terrible la fit construire en 1554, en mémoire de la conquête de Kazan, qui lui avait coûté tant de peine. C'est encore l'œuvre d'un Italien. L'ouvrage terminé, on raconte que le tzar fit venir l'architecte, lui donna une somme considérable «t lui demanda si, pour une somme double, il pourrait élever un ouvrage deux fois plus beau. L'artiste ayant répondu
1. Il n'y aurait guère à lui comparer pour l'importaûce que le monastèr» "fortifié de Troitza.
affirmativement, Ivan déclara qu'il l'avait trompé, puisqu'il lui avait promis de construire un monument où il mettrait tout son art et qu'il ne pourrait lui-même dépasser; puis il lui lit crever les yeux, pour être plus sûr que la promesse serait tenue et qu'il n'y aurait nulle part de monument comparable à l'église du bienheureux Vasili. Le désir de l'impitoyable tzar a été réalisé. Qu'on se figure une église surmontée de dix-sept coupoles bulbeuses dont pas une n'a la même hauteur ni la même forme, « les unes martelées à facettes, les autres côtelées, celles-ci taillées en pointes de diamants comme des ananas », ou en côtes bombées comme des melons, cellesci rayées de stries ou spirales, « d'autres enfin imbriquées d'écaillés comme des pommes de pin, ou losangées et gauffrées en gâteaux d'abeilles. La lumière se concentre aux points saillants en une étoile qui brille comme une lampe ». La variété des métaux, or, argent, étain, cuivre battu, ajoute encore à cet aspect extraordinaire. On pourrait, comme on l'a dit, prendre ce monstre polychrome pour un immense dragon aux écailles brillantes, accroupi et dormant.
Le métal; l'orfèvrerie. — Le rôle que le métal joue dans l'architecture suffirait à nous indiquer que la métallurgie était déjà fort avancée en Russie. La reine des cloches, la Tzarkolokol, fondue en 1731 par Feodorof Matourine, pèse 195,000 kil., mesure 8'«,8 de haut sur 8^,50 de diamètre; auprès d'elle le bourdon de Notre-Dame de Paris (26,000 livres) ne serait qu'une grande sonnette. Elle repose sur un piédestal en maçonnerie dans la cour du Kremlin ; aucun clocher n'a pu la contenir, aucun échafaudage la porter.
L'orfèvrerie russe a continué les traditions de l'empire d'Orient, et la salle d'armes du palais neuf du Kremlin, construit sous Nicolas I®"", contient un amoncellement inouï de pièces rares de provenances diverses, parmi lesquelles les œuvres russes sont particulièrement remarquées.
3° Pétersbourg. L'art russe moderne. — Pierre le Grand. — Style Louis XIV. — Péterhof. — L'art russe au dix-neuvième siècle. — Le mouvement qui a poussé la Russie vers l'Occident, à partir de Pierre le Grand, a