‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 175 sur 424 · ART MONASTIQUE. — LES PÈLERINAGES · texte numérisé non relu

ART MONASTIQUE. — LES PÈLERINAGES

que. Pendant la période des invasions, l'art s'était réfugié dans les cloîtres avec les lettres, les sciences et presque toute la civilisation aussi bien intellectuelle que morale. C'est là seulement qu'on avait pu trouver des hommes assez énergiques et assez patients pour arrêter les progrès de la barbarie, mettre quelque ordre dans le chaos que présentait TEurope. Jamais d'ailleurs le goût des choses de l'esprit n'y avait été abandonné. Un chroniqueur nous apprend, par exemple, que le moine de Saint-Gall Tiitilo était éloquent, avait une belle voix, était ciseleur, peintre, musicien, orfèvre, architecte et poète. Malheureusement il n'est rien resté de ce Léonard de Vinci du ix' siècle. Si. même en Italie, le monastère du Mont-Gassin a eu une grande influence, on peut juger de ce que fut au delà du Rhin, dans des pays encore barbares, l'action des monastères fondés ou développés par les Carolingiens : Fulde, Lorch, Corvey, Hildesheim, Saint-Gall, Ratisbonne, Mayence. Ils ont civilisé la Germanie. Ils n'égalent point ce])endant en général les monastères français, nombreux dès le temps des Mérovingiens : Saint-Benoît-sur-Loire, Saint-Riquier, Fontenelle, Corbie, Cîteaux, Clairvaux, Saint-Germain des Prés de Paris, et surtout Cluny, etc.

Cluny avec ses deux mille maisons répandues dans toute l'Europe et jusqu'en Orient a été un foyer incomparable. Cluny (et c'est l'opinion de Viollet-le-Duc) a joué un rôle non moins grand dans l'histoire de l'art que dans la politique, dans la religion et dans la science. Puisque la règle de saint Benoît imposait le travail manuel à ses disciples, nulle occupation ne pouvait leur convenir davantage que d'élever de beaux monuments à la gloire de Dieu. « Les moines travaillaient, dit Montalembert, en chantant des psaumes, et ne quittaient leurs outils que pour aller au sanctuaire ou au chœur. Les supérieurs ne se bornaient pas l\ tracer des plans et à surveiller les travaux; ils donnaient l'exemple du courage et d^ l'humilité et ne reculaient devant aucune corvée. Tandis que de simples moines étaient souvent les architectes en chef, les abbés ou

les religieux appartenant à des maisons princières se réduisaient volontiers au rôle d'ouvriers. Mais ils ne s'en remettent pas seulement à Dieu du soin de guider leur main. »

Parmi toutes les études auxquelles ils peuvent et doivent se livrer, l'architecture est réputée sainte par excellence : c'est elle qui élève la maison du Seigneur. Un des premiers devoirs de l'abbé, du prieur, du doyen d'une communauté, c'est de savoir tracer le plan d'une église et de pouvoir en diriger la construction. On voit des moines entreprendre de longs voyages, aller jusqu'à Gonstantinople pour se fortifier dans cette étude. Et ce n'est pas seulement dans le clergé régulier que cette science est d'obligation : il faut que les évêques président aux travaux de leur cathédrale, comme les moindres prêtres à ceux de leur église. Mais si presque tous les directeurs de travaux et les dessinateurs des plans sont des moines ou des prêtres, cet art n'est pas pour cela réservé à une caste; les populations des villes comme celles des campagnes, les nobles et les roturiers, les riches et les pauvres, concourent à l'exécution des édifices sacrés avec un admirable empressement.

Sans parler de Rome ni de Jérusalem, plusieurs monastères devaient leur célébrité aux pèlerinages dont ils étaient le but, et attiraient la chrétienté tout entière, comme Saint-Michel en Normandie, Saint-Jacques-de Compostelle en Galice, le tombeau de saint Benoît au Mont- Gassin. Grâce aux dons des pieux voyageurs, bien des églises qui se trouvaient loin des grandes villes purent prendre un développement considérable et recevoir un luxe de décoration qui n'étonne pas, puisque de nos jours il y a des faits analogues.

Le sentiment religieux explique, aussi bien que l'injuste négligence des contemporains, pourquoi si peu de noms des grands artistes de ce temps sont parvenus jusqu'à nous. Ges artistes, en effet ne cherchaient pas la gloire;

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