‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 179 sur 424 · POITOU. — PERIGORD. — LOIRE · texte numérisé non relu

POITOU. — PERIGORD. — LOIRE

sition géographique qui tient aussi des écoles poitevine et auvergnate. A Solignac, la coupole est employée même sur l'un des bras du transept. Mais le plus souvent les églises de cette région ont deux clochers, Tun carré sur le portail, l'autre octogonal sur la croisée. Beaulieu (Corrèze), Cahors et Moissac comptent, avec Solignac, parmi les plus beaux modèles dn style limousin 1.

£cole de l'Ângoamois. — On retrouve mieux encore l'influence de Saint-Front dans plusieurs églises à coupoles de l'école de l'Angoumois. Cette école s'étend jusqu'à Bordeaux (église Sainte-Croix). Son chef-d'œuvre, l'un des chefs-d'œuvre de l'architecture européenne, est la cathédrale d'Angoulême. Par la richesse de ses sculptures, elle rappelle l'école poitevine, comme par sa nef unique, ses coupoles, ses troi? clochers, elle rappelle l'école périgourdine.

École de la Loire. Tours. Saint-Benoît. — L'école des bords de la Loire, sans être aussi caractérisée, nous présente peutêtre mieux l'ensemble du style roman dans sa simplicité. Il ne reste que quelques débris de Saint-Martin de Tours, des églises de Déols et de Beaulieu (près Loches); mais l'église de Saint-Benoît, malgré tout ce qu'elle a souffert au xvi* siècle, est un des monuments les plus justement renommés de notre pays. Fontevrault (1102-1119) est une imitation d'Aiigoulème.

L'art roman au nord de la Loire : Normandie. Gaen. Mont- Saint-Michel. — L'art roman n"a pas été aussi heureux au nord de la Loire, sauf en Normandie. Et encore en Normandie on s'est décidé assez tard à substituer la voûte à la charpente dans la nef centrale. Les églises de cette région se distinguent par la clarté de l'ordonnance , la précision des formes, les belles proportions du plan, la simplicité — poussée quelquefois jusqu'à la pauvreté — de la sculpture, la grande hauteur et l'importance donnée aux tours; ou les surmonte de toits en pyramide, qui s'allongeront bientôt pour former les

1. La présence d'une colonie d'ouvriers vénitrens à Limoges, peut avoir coQtribué à l'emploi de la coupole dans cette partie de la France, mais elle n'est pas nécessaire pour l'expliquer (voy, p. 234 et s.). Le doge Orseolo, an x* s., se retira au monastère de St-Michel de Cuxa, près de Prades. On peut rattacher à l'école limousine l'école du Bourbonnais, dont le chef-d'œuvre est l'église d« Souvifçny; à l'école de l'Angoumois, celle de Saintonge (églises de Saintes).

flèches, qui vont paraître en Normandie plus qu'ailleurs dès la fin de l'école romane. Caen est, plus que Rouen, le centre de l'architecture romane de Normandie , comme en témoignent ses églises de Saint-Etienne et de la Sainte-Trinité. A côté de ces deux monuments, types les plus complets du style normand, citons : les ruines de Jumièges et surtout les constructions anciennes du Mont-Saint-Michel. Là, « au péril de la mer n, sur les flancs d'un rocher qu'on a dû élargir souvent par des terrasses faites de main dhomme, s'étagent et s'accumulent une variété unique de constructions civiles, militaires et religieuses que couronne l'église de l'abbaye. Cet ensemble se détache sur le ciel, entre les vagues et les nuages, et a été bien nommé une des merveilles de l'Occident. Cependant le plus bel édifice roman au N. de la Loire serait la cathédrale du Mans (1060-1158) si elle avait été respectée (v. p. 328.)

Ile de France. Champagne. — Ces deux provinces, qui devaient être si brillantes dans l'art ogival, n'ont rien produit de bien original dans le roman. Elles imitent soit la Normandie, soit la Loirj. Saint-Germain des Prés, Saint-Remy de Reims appartiennent à la période de transition entre les deux styles.

Influence française : Angleterre, Scandinavie, Orient, Espagne, Belgique. — C'est de la France que l'Angleterre reçut l'art roman. On sait que les Normands y exercèrent une influence prépondérante, même avant la conquête, sous le règne d'Edouard le Confesseur. Les cathédrales d'Exeter, de Norwich, de Durham, en partie celles de Rochester et de Ganterbury, sont franchement des églises normandes. Cependant l'ornementation y garde un certain caractère national. C'est aussi par des architectes français que l'art roman prévaut aux deux extrémités de la république chrétienne, en Scandinavie, oiiles cathédrales de Lund, de Linkaeping, de Rœskild*, s'élèvent par les soins ou sous l'influence de nos artistes; en Orient, où le Saint-Sépulcre est en partie reconstruit dans le nou-

1. L'évèque de Rœskild .\bsalon avait étudié à l'université de Pari».

NORMANDIE. - ORIENT. - SCANDINAVIE 3j9

Fig. 1C4. — Cathédrale de Worms.

veau fttyle. L'art occidental eut donc à cette époque une înOuence certaine sur lart de l'Orient, mais qui a été

moins étudiée que l'influence inverse. L'influence française devait s'exercer aussi dans le nord de l'Espagne, où toute la chrétienté allait visiter le sanctuaire de Santiago (Saint-Jacques-de-Compostelle*), et plus largement encore dans les Pays-Bas. Les monuments de Belgique les plus remarquables de cette époque sont le cloître de Tongres et surtout la cathédrale de Tournay, qui présente le plan, assez rare en Occident, de la croix grecque, et est surmontée de cinq clochers. Elle a été terminée par un magnifique chœur gothique. Mais en Belgique l'influence française ne domina pas seule. L'influence allemande s'y fit également sentir.

École rhénane : Worms, Spire. — L'école rhénane pouvait marcher de pair avec les plus célèbres de nos écoles. Le roman devait s'y maintenir lorsque le nouveau style était déjà généralement employé au nord de la Loire. C'est aujourd'hui sur les bords du Rhin que se trouvent les églises romanes les plus complètes et les plus importantes. Elles présentent souvent ce caractère particulier d'avoir deux chœurs et deux absides, ce qui ne permet que des façades latérales^. Elles ont aussi parfois deux transepts; mais ces transepts ne donnent pas à l'église la forme d'une croix archiépiscopale, car ils sont placés à peu près symétriquement et coupent la grande nef à l'entrée des deux chœurs, ce qui donne au plan de ces églises l'aspect de deux croix réunies par leur grand bras. Le plan complet comporte au moins quatre clochers aux extrémités ou aux rentrants des deux transepts. Les

1. Léjjlise actuelle de Santiago, commencée en 1086, est une imitation de Saint- Sernin. Parmi les autres monuments romans de l'Espagne, citons St-Isidore de Léon (1145), le clocher de Salamanque, et surtout les églises de Ségovie, le véritable centre de l'art roman espagnol. Le xi' s. marque une véritable renaissance de l'art chrétien au delà des Pyrénées. C'est alors que les Arabes furent définitivement expulsés du nord de la péninsule. Sur l'art « Mudejar », v. p. 259 et Ch. Schmidt, Sèville, adapté de l'allemand par Henri Peyre.

2. Comparer la cath. d'Albi, qui n'a que des entrées latérales, Saiut-Jean da Besançon, l'égl. de la Garde Adhémar et plusieurs basiliques païennes bas. Ulpia).

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