ITALIE. — PISE. — VÉRONE. — MILAN
leurs. San-Miniato a Monte de Florence, qui est en marbre blanc et no'V disposé en assises régulières, présente aussi la forme générale de la basilique. L'Italie a conservé plu= longtemps que les autres pays chrétiens l'habitude d'avoir des baptistères séparés de l'église. Tels sont les célèbres baptistères à coupole de Florence (xi® siècle) et de Pise (commencé par Diotti Salvi en 1153). Les cimetières y sont en général limités par des murs avec colonnades formant galerie, disposition qu'on retrouve alors en France aussi bien qu'en Italie*, et qui rappelle les portiques d'Athènes et de Rome. Le Campo Santo de Pise (1188-1200) est le plus célèbre. Les belles églises élevées alors dans la Lombardie se rapprochent beaucoup plus du style roman tel qu'on le comprenait en Allemagne et en France. Tels sont la cathédrale de Modène, commencée en 1099 sur les ordres de la comtesse Mathilde ; — San-Zeno, de Vérone, qui, commencé en 1139, fut terminé seulement au xiii^ siècle, — et surtout Saint-Ambroise de Milan (xii* siècle). Mais l'église de Saint-Ambroise elle-même est précédée d'un bel atrium à arcades de la même époque, qui atteste encore ici la tradition latine. En revanche, lorsque le style gothique commençait à remplacer ailleurs le style roman, le plein cintre se maintenait en Italie, comme le montre, entre autres à Pise, le baptistère terminé seulement en 1278', ainsi que la célèbre Tour penchée, commencée en 1174 par Guillaume d'Inspruck et Ramond de Pise et terminée seulement en 1350.
Sculpture. — Lorsque l'architecture romane produisait tant d'œuvres dignes des plus brillantes périodes de l'art, la sculpture restait encore barbare par bien des côtés. Accorder à toutes deux la même estime, c'est abaisser l'ar chitecture. Il est bon cependant de distinguer la sculpture
1. Charnier des Innocents à Paris; cimetière actael de Montfort-l'Amaury.
2. Les ornements gothiques sont, comme au Campo Santo, un placage postérieur du xiv' s. Pour y Art Siculo-Normand, v. p. 259 et 346.
Peyrk — Hist. des B.-Arts. 18
d'ornement de la sculpture proprement dite. Par l'heureux agencement des lignes courbes, brisées et variée» ^ l'infini, par la délicatesse de ses moulures, la sculpture d'ornement était remarquable; son mérite devient supérieur, surtout à partir du moment où les sculpteurs empruntent moins à Rome et à l'Orient, cherchent leurs inspirations dans les objets usuels qu'ils ont sous les yeux, dans la flore ou même dans les animaux de leurs pays. Ils se plaisent aussi à reproduire des monstres tels que les décrivent les recueils fort populaires alors appelés Bestiaires. Dans ces divers sujets, la maladresse est visible, mais elle est moins choquante que dans la figure humaine et les scènes empruntées à l'histoire sacrée ou à la vie profane. Cependant il faut reconnaître, et nos remarques s'appliqueront surtout à la France, 1° que même lorsque les figures sont disproportionnées et sans expression, la sculpture est souvent très bien conçue pour son rôle décoratif, ce qui est alors la seule chose qu'on lui demande; 2" que les artistes du xi® et du xii® siècle ont témoigné d'une grande imagination dans la variété comme dans la disposition des sujets, et d'une véritable habileté pour la distribution des scènes ; 3° qu'elle est, du moins en France, originale, et qu'elle prépare les œuvres remarquables du xiii® siècle; 4° que déjà les Français montrent un goût particulier pour la sculpture ; qu'une tradition s'est établie et qu'on peut faire remonter à cette époqae la formation d'une école qui est la première des temps modernes. L'école bourguignonne (Vézelay) est peut-être la plus riche, la plus originale. Elle l'emporte sur le Poitou et l'Angoumois ; mais à la fin de la période qui nous occupe, l'Ilede-France va se mettre au premier rang (Chartres, etc.). Peinture : fresques, vitraux. — La peinture, qui trouvait à s'appliquer à l'ornementation des manuscrits comme à la décoration des églises, est encore en retard, comme cela est général, sur la sculpture. Les célèbres fresques d«