LE CHATEAU FÉODAL
Le château féodal. — Description générale. Le donion. — Depuis la mort de Charlemagne, toutes les hauteurs se couvraient de postes fortifiés, et s'il n'y avait pas d'élévation naturelle dans le pays, on formait une terrasse artificielle, une motte, pour soutenir la construction. Il y eut là de tels abus, que dans la seconde moitié du ix® siècle, par l'édit de Pistes (864), Charles le Chauve ordonna « la démolition de tous les postes qui avaient été récemment construits sans son assentiment, attendu que les habitants des environs ont à souffrir beaucoup de gêne et de déprédation ». Cette mesure ne devait être réalisée que par Richelieu. Ces postes fortifiés, qui n'avaient d'abord été formés que d'un fossé entouré de palissades avec quelques bâtiments intérieurs d'habitation ou de service et une tour presque toujours de bois , devinrent bientôt beaucoup plus importants. La pierre fut substituée au bois, et le midi de la France donna l'exemple. A la fin du xii' siècle la véritable forteresse féodale est constituée
En avant du fossé apparaît la bai'bacane^, ouvrage avancé qui défend l'approche du château. Derrière elle se trouve le pont-levis, puis une palissade, et enfin les murs de l'enceinte, très épais et couronnés de créneaux. Les créneaux sont souvent remplacés par des hourds, constructions en encorbellement d'abord en bois, puis en pierre, dont le plancher est percé de fentes par lesquelles on peut jeter des projectiles sur l'assaillant qui est déjà parvenu au pied du mur. Le long des murs de la terrasse court un chemin de ronde. L'enceinte des châteaux est flanquée de tours rondes ou carrées qui la divisent en courtines. Le château a souvent une seconde enceinte et même une troisième. C'est dans la dernière enceinte que se trouve le donjon, demeure personnelle du seigneur et son dernier refuge^. Le donjon a souvent des dimensions énormes.
1. La Cité de Carcassonne possédait encore au commencement de ce siècle une barbacane très importante. On en voit encore une au château de Chalusset (Limousin).
2. Il n'en est pas toujours ainsi : le donjon, notamment dans la région pyrénéenne, n'est souvent qu'un observatoire.
Peyre. — Hist. des B -A.ïW»* 29
L'ART MONUMENTAL AU XlIIe SIECLE
Le donjon circulaire de Coucy mesurait, lorsqu'il était intact, 64 mètres de haut, à peu de chose près la hauteur des tours de Notre-Dame de Paris, et 30 mètres de diamètre, soit 100 mètres environ de circonférence. Ses murs ont 7 mètres d'épaisseur. Les châteaux sont très remarquables par la variclc de leur plan et les détails de leur construction. Il y avait un grand intérêt militaire à ce que les fortifications, surtout dans le» donjons, derniers réduits de défense, fussent d'un système différent, atin que les assaillants ne sussent pas d'avance les dif-
Fig. 181. — Château de Coucy, d'après Violet-le-Duc.
ficultés qui les attendaient. Aussi les architectes du moyen âge ont-ils dépensé la plus grande ingéniosité à multiplier les pièges et désorienter l'ennemi. On ne reculait pas devant les travaux les plus considérables : chemins sinueux, fausses entrées donnant brusquement sur des pièces sans issues, portes étroites ou basses où l'assaillant pouvait se briser la tête*: passages ménagés dans l'épaisseur des murs, comme on peut le voir encore à Loches. Le désir d'assurer sa sécurité pouvait pousser jusqu'au crime. Lanfroi, à la fin du x^ siècle, ayant construit à Ivry un donjon d'une construction des plus habiles, Alberade, comtesse de Bayeux, le fit mettre à mort, pour