CHAPITRE IV
SGaDPTUKE. PEINTURE. VITRAUX
ARTS INDUSTRIELS*
La sculpture au xjii" siècle. — Italie et France. — Nicolas de Pise. — Jean de Pise — Esprit encyclopédique. — Campanile de Florence. — Cliartres. — Le « beau Christ d'Amiens » et rtcole d'Égine. — A'ienirigne. — Sabine de Stelnbach. — Sculpture ornementale. - Les monnaies. Saint Louis. Frédéric II. — Importance de la gravure Hes sceaux. — Urfèirerie. — Saint E!oi. — L'Alphabet de (^harleniîig-ne. — Allemagne. Ateliers de Nuremberg, de Ratisbotine — France. Le vase de Suger, — Importance de l'orfèvrerie au moyen âge. — Les orfèvres parisiens du xin« siècle. Bonnard. K:ioul. — Les reliquaires et les chasses. — Le trauail du fer. Le meuble. La tapisserie. Bayeux. — Peinture. — Giunla de Pise. — Cimabue de Florence. — Les enlumineurs français. — Les vitraux sont la véritable peinture monumentale de l'art gothique. — La verrerie, Venise. — La mosaïque : son éclat au XIII* siècle : Rome, Venise, Palerme. Son influence sur la peinture. Torriti. — Grandeur de l'art ogival.
La sculpture au treizième siècle. — Italie. — Nicolas et Jean de Pise. - Esprit encyclopédique. — Le campanile de Florence, les sculptures de Chartres, le beau Christ d'A iiiens et l'école d'Égine. — Les sculptures avaient pa-^se d.^s formes courtes et trapues aux formes déraesuréiiieni allongées. Les efforts souvent maladroits des sculpteurs du xi^et du xii* siècle aboutissent enûn, au XIII®, àdesœiivr-es qui, malgré ce qui leur manque encore, n'ont pas besoin, pour être favorablement jugées, qu'on songe à Inur daie. Les gestes sont variés et expressifs, les physionotiiit's, les attitudes parfois nobles et élégantes, les draperies traitées avec une largeur et une préci-
1. Labarte, les Arts industriels au moyen âge; Du Sommerard, l'Art au moyen âge; les musées du Trocadéro et de Cluny; les ouvrages de Paul Lacroix, <U M. Molinier; Lasteyrie, Hist. de la peinture sur verre; Oltin, le Vitrail,
Pevre. — Itist. des B.-Arts. 21
sion qui rappellent l'antique (fragments du jubé de Chartres) ; le corps se sent sous les vêtements, et lorsque, ce qui arrive rarement il est vrai, l'artiste a représenté du nu, il montre sinon de la science, au moins le souci et l'observation de la formel Ce qui frappe surtout dans l'art de ce temps, c'est une expression de bonté et de tendresse dont le passé ne donnait pas d'exemple. Les pro-
Fig. 188. — Bas-relief de la chaire de Nicolas de Pise, à Pise.
grès du culte de la Vierge au xii® s. exercent dès lors sur l'art une influence qui s'étendit bien au delà du moyen âge, L'Italie possède à cette époque deux sculpteurs de génie, Nicolas de Pise (1204-1280) et Jean de Pise (1245- 1321). Dans la chaire du baptistère dePise^ le tombeau de St Dominique à Bologne, N. de Pise, s'inspirant des sarcophages romains du Gampo-Santo,y retrouve l'intelligence de l'antiquité; mais il doit aussi beaucoup à nos ymagiers qui d'ensemble sont les premiers de l'Occident.
1. Par exemple, le Christ en croix, bas-relief de Saint-Germer (Oise).
ESPRIT ENCYCLOPÉDIQUE DU XlIIe SIÈCLE 363=
comme on le voit à Chartres, à Amiens, à Paris, à Reims (à N.-D. comme à la maison des Musiciens), à Lyon,
Fig. 189. — Port fil nord de ia cathédrale de Reims.
OÙ les portes de bronze de la cathédrale, célèbres au loin, ont peut-être inspiré André Pisano. Nos artistes et (aussi les Allemands) font preuve également de cette largeur de vues dont on a fait honneur aux seuls Italiens.
C'est un des signes bien remarquables de l'état des intelligences au xiii« siècle que ce désir d'embrasser l'ensemble des connaissances humaines. Le Spéculum majus de Vincent de Beauvais, comme le Trésor de Brunetto Latini, sont des encyclopédies. Le même esprit anime les sculpteurs. Sur le campanile de Florence seront représentés les débuts du travail humain (la première maison, le cheval dompté, etc.) et !e développement de la science profane (Aristote, Euclide, Phidias, etc.), à côté de sujets religieux. A Chartres, un premier ensemble de trente-six compositions et de soixantequinze statues représente la création et les origines du monde jusqu'à l'expulsion du Paradis terrestre. L'homme doit désormais gagner son pain à la sueur de son front : trois séries de sujets (cent trois figures) représenteront les travaux de la campagne, les travaux industriels, les arts libéraux (un géomètre, un musicien, un philosophe, etc.). Plus loin se développe ce qu'on appelait alors le miroir moral, les personnifications des vertus et des vices qui leur sont opposés, en €ent quarante-huit statues. Les vertus théologales et les vertus politiques sont placées en dehors, tandis que les vertus domestiques s'abritent sous le porche. Puis vient, en quatorze cent quatre-vingt-dix-huit statues, toute l'histoire religieuse, depuis l'expulsion du Paradis terrestre jusqu'au jugement dernier. Lorsque Kaulbach et d'autres artistes nourris des vastes systèmes philosophiqvies de l'Allemagne moderne prétendaient reproduire dans une puissante synthèse l'histoire totale de l'humanité, songeaient-ils qu'ils avaient été devancés dans cette voie par les anonymes imagiers du moyen âge*?
Sans parler des monuments funéraires, à Saint-Denis, à Fontevrault, rois et seigneurs sont nombreux dans la décoration extérieure des églises (série des rois de France l\ N.-D. de Paris). Les statues équestres ne sont pas rares: statue de Philippe IV ou Philippe VI au portail de Notre- Dame. On peut remarquer cependant (et cela est aussi vrai des plus célèbres sculpteurs italiens que des sculp-
1. On peut les classer dans quatre écoles principales : Ile-de-France, Champtimt, Picardie, Bourgogne; puis viendraient Anjou, Guyenne, Languedoc.
SCULPTURE