‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 23 sur 424 · I. - LA CHALDÉE · texte numérisé non relu

I. - LA CHALDÉE

L'architecture chaldéenne : la brique, la voûte, les matériaux. — Les Egyptiens avaient connu la voûte , mais ne l'avaient employée qu'exceptionnellement et pour couvrir des espaces médiocres. En Chaldée, au contraire, elle joua un rôle prédominant. Aussi la Chaldée occupet-elle, si peu qu'il reste de ses anciens édifices, une place importante dans l'histoire de l'architecture. On peut dire que les Chaldéens étaient condamnés à trouver la voûte, sous peine de n'avoir pas d'art architectural. En effet, la

1. Lenormant et Babelon, Histoire ancienne de l'Orient. — Perrotet Chipiei,

Histoire de l'art, t. II. — Les ouvrages de Menant, Oppert, Botta, Loftus,

Rawlinson, dont on trouvera l'indication dans les ouvrages précédents..

*— H«uïey, Un Palais chulditn. — Babelon, Manuel d'archèelogit orientaU^

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Chaldée manquait de bois et de pierre. Mais elle pouvait élever des constructions en petit appareil, car on trouvait partout dans son sol des gisements d'argile pour faire de la brique, et du bitume pour servir de ciment. On manquait de combustible pour cuire l'argile ; mais on avait un soleil brûlant. La brique séchée au soleil fut l'élément à peu près unique des constructions chaldéennes

Premier empire chaldéen : Ourkham, Goudéa. — Cependant au temps des premières dynasties égyptiennes, Babylone était déjà une ville puissante. Le roi Ourkham, qui avait placé sa résidence à Our, tout en laissant à Babylone son rôle de ville religieuse et savante, décrit avec orgueil, dans des inscriptions qui nous sont parvenues, les édifices considérables qu'il avait élevés dans toutes les grandes villes de son empire, surtout dans sa capitale d'Our, où il fit construire une grande pyramide, un temple où l'on entrait par des portes d'airain, etc. Dès l'origine, l'art chaldéen a un caractère essentiellement royal. Les monuments sont faits pour rappeler les exploits et assurer la gloire du roi. L'art assyrien devait encore accentuer ce caractère et le conserver jusqu'à la fin

Jusqu'à ces dernières années, nous avions peu d'échantillons de l'art chaldéen, sinon des pierres gravées (en grand nombre il est vrai), des briques émaillées et des statuettes de petite dimension, lorsque les fouilles de M. de Sarzec à Sirlella ont mis à jour, au milieu des décombres du palais du roi Goudéa, neut grandes statues taillées dans des pierres noires venues de fort loin ; la plupart représentent Goudéa luimême, qui régnait vers le temps de la V« dynastie égyptienne. Sur deux des huit statues de ce personnage que nous avons au Louvre, il a tenu à honneur de se faire représenter non pas avec les attributs de la puissance ou les insignes du commandement militaire, mais avec la règle et le compas de l'architecte. Dans l'une, il porte le plan d'une forteresse,

1. La brique tint lieu aussi de papier et de parchemin, et c'est de paquets de briques poinçonnées que se composaient à Ouroukh, « la ville des livres», a Ninive et dans d'autres villes, ces grandes bibliothèques dont d'imporuntes parties nous sont parvenues.

LA VOUTE. - LA BRIQUE. - LE l" EMPIRE 33 qu'on dirait l'esquisse première d^un constructeur moderne.

fig. -21. — La slaî-ue de Goudéa eu architecte. Ces statues sont d'une forme ramassée. Le style en est lourd.

CHALDÊE

mais il n'est pas primitif : il suffit, pour s'en rendre compte, de regarder la manière dont sont rendus les muscles des bras.

Deuxième empire chaldéen: Nabuchodonosor. Babylone; jardins suspendus. — Mais aucun des rois de l'ancien empire rhaldéen n'éi,^ala, dans la magnificence de

.^- . ses censlructions,

rj^<X-i^^^J

le second roi du second empire,

Nabuchodonosor i606-562). Les descriptions que les

mciens nous ont laissées de sa capitale Babylone dé-

Mg. 22 — Plau que porte Mir ses genoux la statue fient la Vraîsem-

^«^^"'^^"- blance, et cepen-

dant les recherches archéologiques les ont vérifiées sur tous les points où la confirmation était possible. On a |)u relever directement l'enceinte, et l'on a trouvé justement les chiffres donnés par Hérodote. On a reconnu qu'Aristote avait raison de voir dans la ville de Babylone une province entourée de murs plutôt qu'une cité..

Babylone était protégée par une double enceinte. La première enceinte, composée d'un mur de 50 coudées de hauteur et de 200 de large, enfermait un espace de 513 kilomètres carrés^ ; on y pénétrait par cent portes d'airain. L'enceinte intérieure comprenait une superficie de 290 kilomètres carrés, soit une superficie plus grande que Londres et trois fois égale à celle de Paris. Entre les deux enceintes était tracé un boulevard de 60 mètres de large. Tout cet espace n'était pas couvert de constructions, mais comprenait des terres cultivées, 'es parcs, des jardins qui séparaient les divers quartiers et -ntouraient les monuments. La ville était partagée en deux

i. C'est à peu près la superficie du département d«la Seii

NàBUCH'. donosor,

BABYLONK

SB

Fig. 23.

Destruction J tiiK suspendus.

forêt.

par l'Euphrate, dont les eaux coulaient entre des quais élevés. « Les maisons, dit Hérodote, sont à trois et quatre étages ; les rues sont droites et coupées par d'autres qui aboutissent au fleuve. Au débouché de celles-ci on a pratiqué dans le mur construit le long du fleuve de petites portes de bronze par où l'on descend sur ses bords. »

Les r> ix monuments les plus remarquables étaient le palais du roi et l'enceinte consacrée au dieu Bel, au centre de laquelle s'élevait une tour massive présentant la forme d'un carré de 135 mètre>3 de côté. Sur cette tour s'en élevait une autre, et ainsi de suite jusqu'à huit, formant une hauteur totale d'environ 80 mètres. Le pays où s'étendait la ville de Babylone était peu pittoresque par luimême, mais Nabuchodonosor y construisit les célèbres jardins suspendus. Ils étaient placés dans l'enceinte du palais, sur les bords de l'Euphrate. C'était une série de terrasses qui s'élevaient en amphithéâtre, comme celles de l'Isola Bella au lac Majeur. Sous chacune d'elles on avait pratiqué des galeries. Ces galeries renfermaient divers appartements, dont l'un contenait des machines qui servaient à puiser dans l'Euphrate les eaux nécessaires à l'irrigation. Sur ces terrasses on avait transporté une couche de terre végétale assez épaisse pour porter de grands arbres, et l'on y voyait réunies les plantes les plus variées et les plus rares*.

Mais Babylone n'attira pas seule l'attention de Nabuchodo-

1. Il existerait encore but un monticule à l'E. de l'Euphrate un arbre ayant appartenu (?) à ces jardins. Nabuchodonosor les avait construits pour une de fies femmes d'origine mède qui regrettait les beaux parcs de son pays. Comparer à la description d'Hérodote les inscriptions où Nabuchodosor énumère les travaux exécutés par lui pour sa capitale. 11 y raconte (préoccupation archéologique bien inattendue) qu'il a fait fouiller à la base des temples pour y retrouver sur les cylindres qu'on avait l'habitude d'y enterrer les noms des fondateurs et en déduire la date du monument.

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