II. — ARCHITECTURE
L'Acropole d'Athènes. — Phidias, Callicrates, Ictinos, Mnésiclès. — A cette date, l'architecture hellénique est en possession des divers types qu'elle ne fera que varier ou développer. Sans parler des édifices religieux, le stade, l'hippodrome, le théâtre, le gymnase, la palestre, les odéons, les propylées, les portiques, les agoras, les monuments funéraires, les fortifications, ont une importance considérable. Par son mélange de constructions civiles et religieuses, l'Acropole d'Athènes et ses abords présentent comme un résumé de l'architecture grecque de la belle époque '. Même dans les œuvres purement utiles, nulle architecture ne posséda à l'égal de l'art grec la double perfection du travail et de la forme.
Sous la direction de Phidias^ Callicrates et Ictinos construisirent le temple de Pallas appelé le Parthénon, Callicrates (vers 450) le temple de la Victoire Aptère et Mnésiclès les Propylées (437-408); V Erechthéion avec le portique des cariatides fut commencé l'année où l'on terminait les Propylées. Sur le flanc de l'Acropole, et creusé en partie dans le rocher même, se trouvait le théâtre de Dionysios, commencé en 496, mais qui ne fut achevé que beaucoup plus tard. A l'est de ce théâtre et contigu à lui, Périclès avait fait construire un nouvel odéon. Les odéons, à la différence des théâtres, étaient couverts d'une toiture soutenue par des colonnes. Dans l'odéon de
1. Il s'était aussi occupé de peinture. Sur Phidias, v. de Ronchaud, Vit da t'hidiai; Collignon, Phidias; Quatremère de Quincy, le Jupiter Olympien.
*2. Sur le Parlhénoa de Périclès voir surtout les études de L. Magne (1895). Pour l'ancienne Acropole et l'ancien Parthénon, tels qu'ils étaient avant l'iacendie de Xerxès, voir les travaux de Ch. Normand.
L'ACROPOLE D ATHENBS 91
Périclès la toiture, de forme pointue, était décorée des mâts et des antennes des vaisseaux perses pris à Salamine et à Mycale ; elle rappelait l'aspect de la tente de Xerxès.
Le V® siècle vit aussi s'élever dans tout le monde grec un ^rand nombre de monuments. A Athènes même, avant le Parthénon, Gimoii avait fait construire en 469 le The^
Fig. 47. — Vne de l'Acropole restaurée d'après Lambert.
sriort; c'est un des mieux conservés des temples grec», avec le temple d'Apollon à Bassae, près de Phigalie, construit par Ictinos sur un plateau de onze cents mètres de haut, et qui de ses 38 colonnes en a encore 30 debout. Hippodamos. — Construction des villes. — Rhodes. — On éleva même des villes nouvelles ; Hippodamos de Mllet donna le plan du Pirée, de son port et de ses arsenaux. Il passait pour avoir le premier parmi les Grecs divisé les villes en quartiers réguliers. Il fut appelé «n Italie pour diriger aussi la construction de Thurium, lorsque des colons athéniens allèrent s'établir sur l'emplace
ment de Sybaris. Mais il put mieux encore déployer ses talents d'ingénieur et d'architecte lorsque les grandes cités de l'île de Rhodes, voulant avoir une capitale commune, le chargèrent de diriger la construction de la cité qui devait recevoir le même nom que l'île (408). Il la développa en forme de théâtre, avec des rues rayonnantes, et en fit une des plus belles villes du mondée
Le Parthénon. — Mais quelles qu'aient été l'importance de ces constructions, le Parthénon n'en est pas moins resté dans la mémoire des hommes comme le chefd'œuvre de l'architecture grecque.
On n'y retrouve pas les dimensions colossales des monuments orientaux. La façade n'a que 36 mètres de largeur, sur une longueur d'environ 70 mètres. L'artiste n'a pas cherché à étonner l'esprit, mais à faire naître une admiration profonde et durable par le spectacle de l'harmonie et de la beauté parfaite. Ce monument avait coûté 2,000 talents, plus de 9 millions de francs. Cette somme, énorme pour le temps, s'explique par la perfection de l'exécution dans les moindres détails. Un fait montrera à quel point cet amour de la perfection était poussé. Les premiers architectes qui mesurèrent le Parthénon avec une rigoureuse précision, Pennethorne, Penrose , s'aperçurent avec étonnement que les chiffres ne concordaient pas entre eux comme ils auraient dû le faire.
1. Cet Hippodamos est une des figures les plus originales et les plus intéressantes de l'art grec. Il avait l'esprit très cultivé. Il se piquait de posséder de grandes connaissances sur toutes les choses de la nature, et il est le premier qui, sans avoir pris aucune part active à l'administration, ait entrepris d'écrire sur la meilleure forme de gouvernement. On retrouve dans son utopie politique la précision géométrique et la symétrie chères à un ingénieur : l'Etat est tout-puissant; les citoyens sont divisés en trois classes : laboureurs, artisans, guerriers. La République de Plalon et le gouvernement de Salente dans le Téléniaqiie rappellent les doctrines d'Hippodamos. (F. Aris- XOTZ, Politique, II, eh. v.) Hippodamos, quelle que fût sa juste gloire, ne dédaignait pas les petits moyens pour retenir l'attention publique. Il affectait de se montrer avec une longue chevelure, alors que cette mode était abandonnée depuis longtemps. Il portait, été comme hiver, les mêmes habit' , qui bien que simples en apparence, étaient d'un tissu chaud et moelleux. Il donna au peuple sa maison du Pirée, sur l'emplacement de laquelle s'éleva plus tard l'Agora dit d'Hippodamos.