‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 7 sur 424 · Yoj. ci-dessous, p. 31 et · texte numérisé non relu

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sn INTRODUCTION

nous enseignant ce qui ne peut pas être. Il ne suit pas de là qne la science renferme le principe de l'art, mais qu'on doit étudier la science ou avant l'art ou en même temps, pour apprendre dans quelle limite Tart est contraint de se renfermer, »

L'inspiration et la règle. — Il ne faut donc pas que l'artiste ait peur de la science. Dans l'art, les règles ne nuiront pas à l'inspiration, pas plus que dans la morale elles ne détruisent la liberté, puisque, au contraire, elles en sont la condition même. Schiller a dit : « Il faut que les règles de l'art deviennent pour le poète (il aurait pu dire pour tout artiste) une seconde nature, et qu'il arrive à les appliquer comme les règles de la morale le sont naturellement par un homme bien élevé. C'est alors seulement que l'imagination, délivrée de ses liens (les plus durs et les plus nuisibles),... retrouvera toute sa puissance et toute sa liberté. » Schiller a raison. Le manque de goût le plus provoquant, le plus outrecuidant, est bien plus involontaire qu'il n'en a l'air.

La théorie et la pratique. — Mais dans l'art, comme dans toutes les connaissances non abstraites, la pratique a précédé la théorie, l'œuvre a nécessairement précédé la critique*. Est'

1. C'est ce que dit Cicéron en parlant de l'éloquence; et cependant il se rattache à l'école de l'Académie : « Ce que des hommes éloquents avaient faits d'eux-mêmes, d'autres l'ont observé et l'ont imité; l'éloquence n'est pas née des règles de l'art, mais ce sont les règles de l'art qui sont nées de l'éloquence. » M. Brunetière (mais il est un peu orfèvre dans la matière) a plus d'une fois exprimé un avis différent. — Glissons ici l'indication des principaux traits de l'Histoire de l'esthétique ou science du beau. L'esthétique a son origine dans l'enseignement de Socrate. Elle se constitue avec Platon (F. p. 133). Aristote, sans se séparer de leurs doctrines, apporte dans cette étude plus de précision. Il est fort regrettable que son Traité du beau soit perdu. Les siècles suivants vivent sur les théories de ces deux grands maîtres. Cicéron touche à la théorie du beau au début de son Orator, et ailleurs. Pline, comme l'avait fait Juba II, nous donne, dans son Histoire de la nature, qui est une encyclopédie, de nombreux détails sur l'histoire des arts dans l'antiquité. Entre autres passages de Quintilien, signalons le parallèle qu'il établit (Institution oratoire, liv. XII, ch. x) entre les écoles oratoires et les écoles de peinture ou de sculpture. L'Olympique de Dion Chrysostome est le plus intéressant morceau de critique artistique de l'antiquité. Il y suppose Phidias expliquant devant ses compatriotes comment il a conçu et exécuté son Jupiter Olympien. Il y compare éloquemment la sculpture et la poésie. Ce sera le sujet du Laocoon de Lessing. Sans nous arrêter à Philostrate, à Lucien, nous rappellerons Longin ou l'auteur, quel qu'il soit, du Trailè du «hkiim.e- A la même époque, le néo-platonisme de l'école d'Alexandrie vieat

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ce à dire que la théorie soit inutile? L'intérêt de îi* Jhéorie, c'est qu'ayant la pratique pour point de départ, elle la précise, puis la développe et bientôt la précède. (Ceci est vrai surtout pour l'architecture et la musique, plus liées à la science que les autres arts.) Nous en verrons principalement la preuve dans l'histoire de la voûte. La théorie donne la possibilité d'aller à peu près à coup sûr là où l'on n'arrivait auparavant que par des tâtonnements, et de réunir sous une règle commune des applications plus ou moins isolées.

L'art et la morale. — Vouloir confondre le beau et le bien, l'art et la morale, c'est nuire à l'un et à l'autre. Il n'y a certes pas opposition dans leurs principes, mais l'art, comme la science, comme la vertu parfaite, est désintéressé. Il est à lui-même sa propre fin. L'art a une grande action sur les âmes. Il importe donc que cette action soit salutaire ; et comme, d'autre part, il n'a pas de but moral par lui-même, il faudra que l'âme de l'artiste soit élevée pour qu'il élève l'âme de ceux qui contemplent son œuvre, car « l'œuvre se

donner un nouvel essor à l'étude du beau, avec Plotin, Porphyre, etc. C'est à cts doctrines que saint Augustin se rattache. — Au moyen âge, il n'y a pas do critique artistique proprement dite. Elle reparaît en Italie à la fin de la Renais- • ance ; il nous suffira de citer Vasari. >"i les pensées éparses dans les œuvres de Fénelon, ni l'Essai sur le beau du P. André, ni les remarquables Réflexions sur la poésie et la peinture de Dubos (1719), ni même VEsthetica de Baumgarten, publiée de 1750 à 1759, ouvrage écrit en latin, qui eut l'honneur, peu mérité, d'imposer son nom à la science dont il s'occupe, parrce qu'il fut le premier traité méthoslique composé sur la matière, ne donnent vraiment ni une base ni des modèles à la critique artistique. Il faut arriver à Lessing et à Diderot. Lessing, dans son Laocoon (1767), traite des limites réciproques de l'art et de la poésie. Il est loin d'être d'accord avec son compatriote et coatemporain Winckelmann, qui venait de publier son Histoire de l'art chez les anciens (1764). Les Salons de Diderot (1765-1767) donnent un des premiers exemples d'une critique passionnée et rivante appliquée aux œuvres d'art. De plus, l'Encyclopédie nous montre Diderot faisant une place fort large pour le temps à la critique artistique, dans des articles inspirés souvent d'un ouvrage allemand fort remarquable, la Théorie universelle des betux-arts de Sulzer. C'était en effet l'Allemagne qui allait donner au principe du beau dans la philosophie une place telle qu'on peut dire qu'elle en m peut-être exagéré l'importamce. Kant consacre à l'art la troisième partie de ■oa grand système la Critique du jugement (1790). Peu après Schiller publie d«s Lettres sur l'éducation esthétique. Schelling, dans son Discours sur les rapports de l'art ai'tc la nature (1807), opuscule de quelques pages, pose la base de l'esthétiqva moderne. Le Traité d'esthétique, ouvrage posthume d'Hegel, mort en 1831, •nrt en grande partie de là.

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sent toujours des bassesses du cœur ». Diderot, malgré t^st doctrines seasualistes, voudrait que le remords eût un symbole qui fût placé dans tous les ateliers. M^e de Staël a écrit au sujet des poètes d'éloquentes paroles, qui peuvent s'appliquer à tous les artistes ; nous n'y changeons que deux mots. « Si l'on osait, dit-elle, donner des conseils au génie, dont la nature doit être le seul guide, ce ne serait pas des conseils purement artistiques qu'il faudrait lui adresser. Il faudrait dire aux artistes : « Soyez vertueux, soyez croyants, soyez « libres; respectez ce que vous aimez; cherchez l'immortalité a dans l'amour, et la divinité dans la nature; enfin sanctifiez « votre âme comme un temple, et l'ange des nobles pensées « ne dédaignera pas d'y apparaître. » C'est ainsi que l'art aura une salutaire influence. C'est ainsi « qu'il épurera nos passions», pour appliquer d'une façon plus générale la formule si souvent répétée d'Aristote au sujet de la poésie dramatique. C'est ainsi qu'il sera dans nos peines une de nos plus douces consolations, et dans toutes les difficultés ou les fatigues de la vie, une de nos distractions les plus élevées.

L'art et la civilisation. — Son action sur l'individu n'étant pas douteuse, l'art a eu sur l'état général des peuples une influence d'autant plus considérable que, de toutes les manifestations de l'intelligence humaine, les œuvres d'art sont les plus facilement accessibles à la foule.

« L'art, a dit Hegel, a été regardé de tout temps comme un puissant instrument de civilisation, un initiateur de la religion. Il est avec elle le premier instituteur des peuples, et c'est encore aujourd'hui un moyen d'instruction pour les esprits incapables de comprendre la vérité autrement que par le symbole et parles images qui s'adressent aux sens comme à l'esprit. »

L'art reçoit à son tour l'influence de tous les éléments qui constituent l'état social au milieu duquel il se développe, conditions matérielles et économiques, organisation politique, idées religieuses, morales et littéraires*, etc II est une des

1, Nous aurons a signaler à diverses reprises l'action réciproque de la littérature sur l'art et de l'art sur la littérature, la poésie servant de trait d'ur aion «ntre les deux. Mais, comme l'a bien montré Lessing dans son Laoeoom,

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manifestations les plus franches et les plus spontanées de la civilisation d'un peuple. La vue du Parthénon, de Notre-Dame de Paris, d'un tableau de Lebrun, contribueront plus que de nombreuses lectures à nous faire comprendre le peuple athéuien, l'esprit du moyen âge ou le siècle de Louis XIV. Nous û'insistons pas sur cette idée, qui sera presque toujours pré* sente dans les pages de ce volume.

L'art et le progrès. — Mais nous avons à remarquer que l'art ne suit pas toujours les phases de la civilisation générale; nous pouvons nous demander si l'art est susceptible de progrès et, dans le cas où l'on conclurait par l'affirmative, sous quelle forme ce progrès est possible.

Cette question deviendra plus claire si on distingue nettement l'art de la science. L'humanité, comme l'a dit Pascal, est semblable à un homme toujours le même qui apprend conti» Quellement. Mais oserait-on dire, dans un sens analogue, que l'humanité est comme un seul artiste qui travaille continuellement? L'art est essentiellement personnel, la science ne l'est pas ; la science passée appartient à tous ceux qui veulent en étudier les résultats. Mais tant vaut l'artiste, tant vaut l'œuvre. Où trouver un second Homère depuis que le premier nous a si bien retracé « l'aimable simplicité d'un monde naissant » ? Diderot insiste sur la nécessité de la naïveté dans l'artiste. L'art ne progresse donc pas nécessairement avec les raffinements de la civilisation.

On objectera qu'on n'a jamais vu l'art se constituer chez les peuples sauvages : fort bien; mais cela prouve seulement qu'il faut, pour que l'art puisse vivre, un certain minimum de civilisation, et les « barbares » qui ont élevé la cathédrale de Laon étaient sans doute aussi artistes que l'architecte, homme de grand talent d'ailleurs, qui a construit notre grand Opéra.

Est-ce à dire qu'en présence des chefs-d'œuvre que nous a légués le passé il faille se décourager et renoncer à tout effort? Ce serait bien mal comprendre la leçon qu'ils nous donnent. A chaque époque correspondent des conditions différentes. —

l'œuvre d'art et l'œuvre littéraire se présentent dans des nonditions esthétiques souvent fort différentes.

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