Girard, Peinture antique, p
2. Il avait fait aussi des Satyres mesurant avec leurs thyrses le pouce de Polyphemf endormi. Conip. Ulysse et Polyph'eme de Wierti (Bruxelle»}.
École attico-thébaine : Aristide, Nicias, Euphranor.
— Jusqu'à la seconde moitié du v® siècle, Athènes avait été seule à avoir une grande école de peinture. L'école ionienne de Zeuxis et Parrhasius n'est en somme qu'une forme élargie de l'école attique. Cependant les peintres d'Athènes gardent un cachet particulier. Vers le même temps Thèbes avec Epaminondas joue un grand rôle dans l'histoire de la Grèce, et, comme il arrive presque toujours, un mouvement intellectuel accompagne ce réveil de la puissance politique. Ce mouvement se manifesta surtout dans la peinture. Le plus illustre des peintres thébains fut Aristide, fils de Nicomaque, qui était luimême un peintre distingué. Aristide excellait dans le pathétique. Sa Mère mourante était célèbre dans toute la Grèce; le roi de Pergame Attale payait son Malade 600,000 francs. Les peintres thébains, qui suivaient l'impulsion des peintres athéniens, formèrent avec eux l'école thébano-attique. Parmi les peintres de cette école, outre Aristide, il faut cïXtv Nicias d'Athènes, célèbre comme peintre de batailles et auteur d'une Nekuya, ou Ulysse évoquant les morts, dont Ptolémée lui proposa 60 talents. Le pein tre répondit que puisque son ouvrage avait un pareil prix et que par ses offres le roi lui avait montré qu'il avait fait un chef-d'œuvre, il comptait en faire don à sa patrie. Le rival de Nicias comme peintre de batailles était Eu phranor , qui fit une Bataille de Mantinée. Le peintre Euphranor était le même que le sculpteur que nous avons cité. A cette époque, comme dans la plupart des grandes époques de l'art, les deux arts n'étaient pas séparés.
École sicyonienne : Eupompe, Pamphile. — Introduction de l'enseignement public du dessin dans les écc3es.
— Timanthe, dont nous avons parlé plus haut, était originaire de Sicyone; mais c'est ^'MjDowjoe qui fonda le premier dans cette ville une véritable école. Cette école, avec son élève Pamphile, devait se mettre, sinon par le génie de ses
PEINTURE ATTICO-THEBAINE. — SIGYONE; PAMPHILE 131
artistes, du moins par son influence, à la tête de la peinture grecque. Pamphile était Macédonien d'origine. Ce peintre, qui avait un esj^rit très cultivé et s'était occupé de philosophie, de lettres et de sciences, ne se contenta point de former des artistes. Il profita de l'influence qu'il s'était acquise, non moins par son caractère que par ses talents, sur l'esprit des Sicyoniens, pour introduire l'enseignement public du dessin dans les écoles de la ville de Sicyone, exemple qui fut bientôt suivi par plusieurs autres cités grecques. Cet enseignement fut bientôt même rendu obligatoire pour les hommes libres, en même temps qu'il était interdit de le donner aux esclaves. Les études dans l'atelier de Pamphile duraient douze ans et coûtaient un talent. Il prétendait que sans des connaissances scientifiques, sans les mathématiques et la géométrie, on ne pouvait être un artiste complet
Parmi les autres peintres de cette école on cite Pausias, qui peignit à l'encaustique des scènes de genre, principalement des scènes enfantines. Cette peinture se développa de plus en plus à côté de la peinture de style, comme nous voyons fleurir à la même époque une délicieuse sculpture de genre, que les figurines de Tanagra nous ont fait connaître. Quoique Parrhasius ait été un grand dessinateur, on peut dire que l'école ionienne cherchait surtout la couleur et l'illusion. L'école thébano-attique brillait par des qualités de facilité, de variété d'expression. Sicyone se distingua par la correction académique et la science (progrès dans le clair-obscur et les raccourcis). C'est d'elle que sortit Apelle, élève de Pamphile.
Apogée de la peinture grecque. Apelle. — Apelle, qui réunit les traits principaux des deux écoles ionienne et sicyonienne, accomplit pour la peinture ce que Phidias avait fait pour la sculptiire, ce que Raphaël devait faire dans une certaine mesure pour les écoles italiennes. Il fut le plus grand peintre de l'antiquité.
Apelle, originaire de Coloplion*, fut le peintre attiué d'Alexandre, et on peut dire qu'il en devint l'ami, aussi bien par son esprit délicat et son cœur généreux, qu'à cause de l'admiration que le conquérant avait pour son génie. Il reproduisit plusieurs fois le roi de Macédoine, notamment à cheval, car il excellait aussi dans la peinture des chevaux. Il ne paraît pas avoir fait de grandes peintures décoratives à lombreux personnages, mais son talent n'en était pas moins varié, et il peignait l'allégorie aussi bien que le portrait. Il avait représenté la Calomnie dans un tableau que le Florentin Sandro Botticelli a essayé de reconstituer d'après les descriptions de Lucien. Son chef-d'œuvre était la Vénus Anadyo mène. Tout maître du monde qu'il était, Auguste n'osa l'enlever à la ville de Gos qu'en lui remettant pour cent talents d'impôts. Le talent d'Apelle était resté proverbial et populaire. Il ne pouvait être discuté. Hérodas, dans un de ses mimes, faisant dialoguer deux femmes qui visitent à Cos le temple d'Esculape où Apelle avait fait des peintures, fait dire à l'une d'elles : « Oui, ma chère, les mains de l'Éphésien Apelle sont infaillibles, quelque sujet qu'il traite en ses tableaux. En voilà un dont on ne peut dire que la nature lui a donné certains talents, et lui en a refusé d'autres. Ah! celui qui peut voir cet homme et ses ouvrages sans en frémir d'admiration, celui-là est digne d'être pendu la tête en bas dans la boutique d'un foulon. »
École rhodienne. Protogène. — Les sentiments d'Apelle étaient dignes de son talent. C'est lui qui mit en lumière le mérite de Protogène, que les Rhodiens n'appréciaient pas à sa valeur, en payant plus qu'il ne le demandait quelques-unes de ses œuvres et en répandant le bruit qu'il les achetait pour les faire passer pour des œuvres d'Apelle. Cette conduite généreuse atteignit son
1. Comme pour Homère, plusieurs villes se disputaient l'honneur de l'ayoir ▼a naître. A Sicyone, Apelle eut pour ris'al Mèlanihoi.
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but, et lorsque, quelques années plus tard, Démétrius vint mettre le siège devant Rhodes, il put dire qu'il renonçait à son entreprise, de peur de détruire Vlalyse * de Protogène, qui se trouvait dans le quartier de la ville par lequel il pouvait diriger son attaque avec chance de succès. Héléna. — La bataille d'Issus. — Il ne nous reste rien de la peinture du v^ siècle^, pas plus que de celle du iv^. Ce qui peut le mieux nous en donner une idée, c'est la mosaïque de Pompéî représentant la bataille d'Issus. Elle a été faite très probablement d'après la peinture d'une femme nommée Héléna, fille du peintre Timon. De tous les tableaux que les femmes ont peints dans les temps modernes, il n'en est aucun de cette importance. On aura une idée de la puissance de la composition, en remarquant que Lebrun a disposé les groupes de la même manière'. (Sur Héléna, v. la Bibl. de Photius, p. 248. J