‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 90 sur 424 · IV. — ASIE · texte numérisé non relu

IV. — ASIE

Rhodes : peinture, sculpture; le Colosse; le Laocoon.

— A Rhodes, où la peinture se maintenait avec l'école de Protogène, s'était formée une grande école de sculpture. Son œuvre la plus célèbre, le Colosse de Rhodes, statue en

L'ART GKEG

bronze d'Apollon, haute de 32 mètres, classée parmi les merveilles du monde, fut achevée en 280 par Charès après douze ans de travail. Mais en 224 il était renversé par un tremblement de terre. Nous pouvons juger du talent des'sculpteurs rhodiens par le groupe de Laocoon et ses deux fils étouffés par les serpents. Pline disait qu'^^é-

sandre, Athénodore et Polydore avaient exécuté là un morceau supérieur à tout ce qu'avaient produit la peinture et la sculpture, et il remarque que c'est un des rares exemples d'un chef-d'œuvre fait en collaboration [ex consilii sentenda). Mais cette œuvre, éminente d'ailleurs, a beaucoup perdu de la réputation qu'elle avait au temps de Lessing et de Winckelmann et même de Byron [Child Harold^ IV, 160), depuis qu'on a plus connu et mieux compris l'art des périodes précédentes. Elle paraît aujourd'hui trop académique, et pas assez sincèrement émue. Cette réputation a reçu une nouvelle alteinte des découvert'»,s récentes de Pergame qui ont montré que le Laocoon était bien moins original qu'on ne le croyait.

École de Pergame. — L'Acropole. — Le monument d'Attale. — Les rois de Pergame, qui régnaient à peu près sur les anciennes possessions des rois de Lydie, jouissaient comme eux d'une richesse devenue proverbiale, et l'art fut un de leurs luxes préférés. L'Acropole de Pergame rivalisa bientôt, du moins par le nombre de ses monuments, avec l'Acropole d'Athènes. L'école de Per-

Flg. 79. — Tête de Laocoon. (Vatican. )

SCULPTURE A PERGAME. — ISOGONOS 146

game doit nous intéresser particulièrement, car ses artistes ont souvent emplo3'é leur talent à célébrer directement ou indirectement les victoires des Attale et des Eumène sur les Gaulois, et ils se sont plu à honorer le courage des vaincus. Les plus célèbres artistes qui travaillèrent alors à Pergame furent Isogonos (ou plutôt Epigonos), Phyromakhos^ Sîratonicos, Antigonos et Nikeratos.

On a encore dans divers musées, principalement à Naples, des parties importantes du monument de cinquante figures environ qu'Attale l" otfrit à Athènes, comme au soldat de la civilisation, après sa victoire sur les Gaulois. C'était la répétition d'un monument élevé à Pergame. Il com prenait quatre groupes , rappelant les victoires de la civilisation sur la barbarie : le combat des dietx con- Fig- 80.- Le Gauio.. blessé. tre les géants, la victoire des Athéniens sur les Amazones, la bataille de Marathon, et la victoire d'Attale luimême sur les Gaulois (241). Le socle de ce monument, retrouvé contre le mur sud de l'Acropole, ne mesure pas moins de quinze mètres de longueur et cinq en largeur. Le Gladiateur mourant du Capilole représente en réalité un Gaulois succombant à ses blessures. Le type n'a rien de grec; avec son nez accentué, ses cheveux courts et droits, ses rudes moustaches, il a quelque chose d'un soldat français moderne. L'expression et l'attitude sont à la fois énergiques et émouvantes. Un groupe de la villa Ladovisi nous montre un Gaulois qui, pour échapper à la servitude, se perce de son épée après avoir tué sa femnje.

L'autel d'Eumène : Epigonos. — Les fouilles faites dapuie 1?78 i Bergznia zrA niis au jour des sculpture* plus importantes encore, aujourd'hui à Berline Elles soui

1. Cogordan. lu Fouilles de Pergame. S. Michel, Musée de Berlin. Pouiremoli, ^ercpole de Pergame (envoi de Rome, 1896).

Peyre. — Hist. des B.-Arts. ^

probablement d'Epigonos, et décoraient l'autel gigantesque consacré à Zeus et à Athéna parle roi Eumène II (197-159), qui éleva aussi un portique à Athènes.

L'autel était porté sur un immense soubassement à pet près quadrangulaire : « Un escalier conduisant à la plate-forme entamait profondément une des faces du soubassement, sur le haut duquel courait une colonnade ionique doublée dur mur. L'autel était aussi entouré de trois côtés par une en-

i^^sC^K':

Fig. 81. — Athéna et les géants (frise de Pergamej

ceinte à ciel ouvert, formant comme une vaste salle. Outre îe« statues posées sur la colonnade, deux frises composaient la décoration sculpturale : l'une se développait le long du muide la colonnade, près de l'autel, l'autre, tout extérieure, décorait le soubassement. » La première, la plus petite et la piu» endommagée, représentait le niytbe de TélépKos, le héros national des Pergamiens. Le sujet de la grande frise, qui mesure 2»", 30 de haut sur un développement de 140 mètres, est la Gigantomachie. Deux morceaux surtout, Zeus, et plus encore ^th^jia aux prises avec les créants, sont d'un art admirable.

TAUREAU FARNESB. — MOSAÏQUE 147

L'école de Pergame nous révèle surtout dans ces ouvrages récemment découverts un style nouveau dans l'histoire de la sculpture grecque. « C'est un art violent, fougueux, très savant et très personnel, qui a déjà un caractère moderne et qui est servi d'ailleurs par une merveilleuse habileté d'exécution. » (ColliCtNCN.)

École de Tralles. Le Taureau Farnèse. — L'école de Tralles, qui paraît avoir été alors la plus importante de l'Asie Mineure après Pergame et l'emporte même sur Ephèse, témoigne de la même recherche du mouvement Le groupe du Supplice de Dircé, connu sous le nom de Taureau Farnèse (Naples), œuvre à' Apollonios et de Tauriscos qui appartint à Asinius Pollion, est un des plus grands morceaux de sculpture qui existent. Plusieurs des critiques adressées à ce groupe s'appliquent, non à l'original, mais à la restauration trop compliquée qui en fut faîte au xvp siècle.

Dans tous les pays où les Grecs s'établissaient, la sculpture devenait ainsi un art national (sarcophages de Tyr, etc.). Le nombre d'œuvres que la sculpture grecque a produites est vraiment incroyable. Au temps de Pline l'Ancien (ler s. ap. J.-C), Athènes, malgré les destructions et les spoliations dont elle avait été victime, ne possédait pas moins de 3,000 statues, et ce nombre devait s'accroître au siècle suivant. On en comptait à peu près autant à Delphes et à Olyvnpie.

La mosaïque. Pergame; SOSOS. — Pergame est également célèbre par ses mosaïques. Une école de mo- FiT. 82. - LesToTombes de Sosos.

saique y fut fondée au m®

siècle par Sosos; elle resta la plus célèbre du monde

grec, et les sujets que Sosos avait tracés, tels que le

Plancher non balayé^, étaient encore imités au temps des

Antonins.

Gravure en médaille. Le statère d'Eucratidas. — La gravure en médaille continue heureusement les traditions (l'iwainétos et de Théodotos, comme le montrent monnaies des rois de Macédoine , des rois d'Epire et même de la ligue étolienne, quoique les Etoliens fussent regardés comme les moins civilisés des Grecs. A cette époque appartient l'œuvre la plus considérable de la numismatique ancienne, le statère d'or, exécuté bion loin de la .. c« w ■ j T.U-, Tf Grèce, dans le voisinage de

Fig. 83. — Monnaie (ie Philippe V. ' . ^

rindus, pour Eucratidas, roi de Llairriane; on peut le voira la Bibliothèque nationale. Sans parler de la ^.ur'osité qui s'attache à cette pièce, à cause de sa dimension inusitée et des particularités de sa fabrication, elle est d'une grande beauté.

Conclusion. — Ainsi, partout où la domination hellénique s'établissait, elle apportait l'art avec elle. L'art grec s'était répandu par la conquête avec Alexandre. Il allait se répandre par la défaite même. Déjà les rois perses avaient emprunté une partie de leurs arts aux villes grecques de l'Asie qu'ils avaient réunies à leur empire. Lorsque Rome se trouva en présence de la Grèce vaincue, elle subit à son tour l'ascendant de sa civilisation, et l'art de la Grèce soumise se répandit dans le monde, à mesure

1. Oa y voit les restes d'un repas répandus sur le soi, et des colombes qui lioivent dans une coupe. Les Attalides avaient formé à Pergame, une grande collection d'œuvres d'art, un musée, dans le sens moderne du mot. Il contenait sans doute des œuvres du peintre Néalcès, qui sauva lo tableau de Melanthos, Aristrate, tyran de Sicyone, sur un char de victoire, que l'on voulait détruire, lors de la prise de la Sicyone par Âratus (251 avant J.-C). NéaJcès eut pour élèvei •a GUe Anaxandra et son broyeur de couleurs Erigonos.

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