II
qui s y passait, il la confondait avec les autres peuples de la monarchie autrichienne, dont l'attitude ne cessait pas de l'inquiéter. Pendant les sept premiers mois de 1806, il s'échappe souvent, dans sa correspondance, en paroles amères et défiantes : le nom de Cobenzel le met en fureur; il ne croit pas que la retraite de ce ministre ait été sincère; il ne peut souffrir que Ton parle de Cobenzel pour être ambassadeur; il constate que la faction de Cobenzel est toujours puissante à Vienne. A chaque instant il prescrit au vice-roi Eugène de tout préparer en Dalmatie contre l'Autriche. Il lui défend de laisser porter aux dames de Milan des décorations autrichiennes. 11 menace de sa colère les États allemands qui osent recevoir des agents autrichiens. Il s'indigne que Ton tolère à Vienne les libelles injurieux pour la France que des journaux en apparence inoffensifs envoient manuscrits à tous leurs abonnés. Par une ruse singulière, et qui montre à quels détails imprévus descendait ce grand esprit, tout en renvoyant chez eux les prisonniers autrichiens de la guerre précédente, il recommande de faciliter leur désertion dans les petits États d'Allemagne. Napoléon n'avait donc aucune confiance dans la durée de la paix de Presbourg*.
Mais depuis le mois d'août 1806, la coalition de la Prusse et de la Russie devient trop redoutable pour que l'Emperepr affronte un ennemi de plus. Il se flatte de trouver dans l'Autriche une alliée, et de désarmer ses vieilles rancunes par des preuves sincères d'amitié. Il écrit lettre sur lettre à son beau-fils Eugène pour que rien dans le royaume d'Italie ne
1. Correspondance de Napoléon, XI, 560; XII, 153, 212, 249, 268, 656; XIII, 31, 45, 140, 340, 587.
LA HONGRIE AUÎRICHIENNE 355
décèle une arrière-pensée hostile, et pour que le mpt d'ordre pacifique soit donné aux jo.irnaux. Maître de Berlin et confî.ant dans sa persistante fortune, il remplace M. de la Rochefoucauld, ambassadeur à Vienne, par le général Andréossy ; mais son but en faisant surcéder à un diplomate de l'ancien régime un artilleur de la Révolution n'était pas, comme on Fa cru, d'intimider François II; il était simplement de mettre dans ses propositions d'alliance plus de rondeur et de netteté * . A Posen, à Eyl$u, pendant la terrible campagne d'hiver qui retenait la grande armée à cinq cents lieues de la patrie, il écrit à M. de Talleyrand : « la tranquillité de l'Europe ne » sera stable que lorsque la France et l'Autriche ou la » France et la Russie marcheront ensemble. » Mais ses nouveaux projets sur la Pologne et Tanéanlissement de la monarchie prussienne lui inspirent l'idée d'offrir la Silésie en échange de la GalUcie; toutefois il nimpose point cet échange : « l'Autriche veut-elle conserver la Gallicie? je ne » m'en mêle en rien. Veut-elle traiter publiquement ou » secrètement*? »
L'Autriche ne répondait à ces avances que par un silence menaçant ou par des dépêches d'une obscurité inquiétante. M. de Stadion, esprit cultivé, assez libéral, patriote germanique, et le seul des minislres autrichiens qui dût trouver grâce devant les historiens nationaux de l'Allemagne, ne voulait pas plus que son souverain de l'alliance française'.
1. Correspondance de Napoléon, XIII, 22, 117, 137, 249, 602. — XIV, 593, Napoléon à Talleyrand : « Faites sentir à M. Andréossy que je > n'ai point approuvé qu^il n'ait pas invité M. de Stadion à la fête t qu'il a donnée à Tambassadeur de Perse. »