‹ Histoire générale des Hongrois (volume 2)Chapitre 83 sur 138 · FRANÇOIS II, LA RÉACTION ET LES JACOBINS · texte numérisé non relu

FRANÇOIS II, LA RÉACTION ET LES JACOBINS

Un jeune prince est appelé brusquement au pouvoir par la mort imprévue de son père dans un temps d'effervescence et de révolution : toutes les couronnes sont en danger; un autre roi, prisonnier de son peuple, est engagé, dans une voie fatale qui le conduit à la mort. Dans les états mêmes du jeune prince retentissent depuis deux ans les mots, si dangereux ailleurs, de patrie et de liberté. Autour du trône, des conseillers d'absolutisme et de rigueur, mal écoutés depuis longtemps, ne cessent d'inquiéter et de gémir pour ressaisir la faveur souveraine : ne peut-on pas s'attendre à un règne de réaction ? Jamais Tarchiduc François, héritier à vingt-cinq ans de la Hongrie, de la Bohême et de l'Empire, n'oublia ses premières impressions de roi : elles s'incrustèrent dans son cerveau déûant et gâtèrent ses bonnes qualités par des manies despotiques *.

1. Szirmaj, Jacobinorum hungaricorum historiay mss. accompagné Ae notes de Kazinczy. — V Esprit public en Hong fief d^ Auguste de Gérando, ch. II.

1, Nous n'avons à envisager François II que comme roi de Hongne. Sur ce prince et son entourage, voir Springer, I, p. 107 et suiv. ^ a été pendant un demi- siècle la bête noire du libéralisme euro-

. Son avènement est du I*' mars; presque aussitôt il réclamait le rétablissement du pouvoir absolu de Louis XVI ei la restitution des domaines allemands en Alsace; dès le 20 avril, le ministère girondin obtenait une déclaration de guerre contre le roi de Hongrie et de Bohême : les hostilités allaient commencer. Il fallait des troupes et de l'argent; il fallait surtout que, les prenaières ressources épuisées, on pût compter sur des réserves animées d'un bon esprit. Le gouvernement de Vienne fut servi à souhait par les brusques changements de Topinion en Hongrie.

Nous avons vu la noblesse magyare tenir victorieusement le drapeau national et le drapeau de la liberté ; le reste de la nation comptait sur le roi plus que sur la vieille constitution de la Hongrie. Or, si la noblesse était, par esprit chevaleresque, on ne peut plus royaliste, même quand elle résistait au roi, elle était on ne peut plus aristocratique par intérêt. Déjà elle avait médiocrement goûté les actes égalitaires de la Constituante ; mais Thostilité de l'Assemblée législative, la captivité toujours plus dure de Louis XVI, rémigration maintenant excusable puisqu'elle semblait nécessaire, indignèrent sincèrement les nobles magyars. Ils s'intéressèrent à la famille royale de France, aux pauvres enfants captifs qui avaient dans leurs veines le sang des rois de Hongrie. D'ailleurs, la contagion révolutionnaire ne pouvait-elle pas embraser leurs châteaux et les chasser de leurs domaines!. Qu'était-ce à côté des trônes ébranlés, des privilèges méconnus, qu'une minutie de chancellerie, un article de di-

péen, qui rajustement accusé de dureté et d'étroitesse, mais qui s'est

trop pressé de lui refuser rintelligence. A son point de vue, dans sa

sphère, François II fut un politique. — Hormayr, Micbiels, etc., ont beaucoup étudié son règne.

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)lôme, ou même une vraie garantie de liberté? L'ordre Dolïtique et social était en péril, c'était un nouveau roi Mane-Thérèse pour qui il fallait mourir. Il n'y eut pas celte fois un serment juré publiquement; ce fut un engagement tacite renouvelé sans cesse dans tous les cœurs; sur les chanaps de bataille de Marengo ou de Wagram, parmi ces milliers de cadavres, il faut chercherjaulre chose que des victicaes de lor anglais et de la cour de Vienne.

La haine de la Révolution n'était pas éprouvée par les nobles seuls. Voici un poëte, Virâg, homme de petite naissance, qui vivait dans la pauvreté et ne defnandait rien à personne. Dans des vers imités d'Horace, il compare la France à un vaisseau battu parla tempête : '« 0 vaisseau, » des vagues nouvelles te poussent dans le tourbillon ; nul » ue peut tenir ton gouvernail. Tes mâts craquent sous le » vent d'Afrique : ils vont tomber loin de toi..., tes voiles » sont déchirées. Tu es trop convaincu que tu ne deviendras » pas la proie de la tempête, c'est un mauvais gage de bon- » heur. Evite les îles enchantées de la mer, lieux funestes » qui donnent la mort...^ » . C'est encore un langage sympathique : le poëte effrayé donne des conseils d'ami à la Révolution ; mais voici comment il la traitera un peu plus tard : « Aux armes, le peuple de Paris! criait l'ange sauvage » de la liberté, et des hordes sans nombre volaient à une » gloire coupable. Il est joyeux, l'esprit de méchanceté (si » c'est là un esprit) ; sur l'humanité renversée, il élève les » colonnes d'un glorieux temple. Quand triomphe bruyam- » ment la joie insolente, la misère sans ressources pleure » les champs dévastés. Le gouffre du monstre insatiable ab-

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