‹ Histoire générale des Hongrois (volume 3)Chapitre 27 sur 132 · Charrière, t. I, 423 et suiv · texte numérisé non relu

Charrière, t. I, 423 et suiv

3. Sur tout ceci, v. le t. I» de Verancsics, ch. X de la D€ Rébus ttungarorum ab inclinatione regni historia (Monumenta^ t. II de la série Serijttoreê).

dO HISTOIRE GiNÉRALE DES HONGROIS

d'énergie et de talent. Les Allemands formèrent des lignes de circonvallation sévèrement gardées ' ; s'ils ne purent empêcher tous les messagers politiques de circuler sous divers déguisements, ils empêchèrent du moins les vivres d'entrer dans la place. La disette et la cherté devinrent extrêmes, le bois était introuvable, la viande de cheval était la seule denrée que l'on se procurât à bas prix. Une artillerie formidable couvrit la cité et le palais même de globes enflammés. L'épouvante eût peut-être décidé les habitants à se rendre *, il y eut même un complot formé par un nommé Bornemisza, et la jeune reine n'était pas éloignée de traiter. Mais tous avaient compté sans la prompte décision de Frère Georges : la terreur maintint la discipline au dedans, une armée turque acheva l'œuvre au dehors. Roggendorf, attaqué brusquement dans ses lignes, vaincu avec d'énormes perles, se retira en désordre et ne tarda pas à mourir de ses blessures. Soliman arrivait. D'abord il campa dans le vieux fiude, au pied et au dehors de la forteresse. Puis il se montra impa* tient de voir son petit protégé, désir auquel force était bien de satisfaire. Jean-Sigismond lui fut amené dans une voiture dorée; le Sultan le prit des bras de sa nourrice, et le caressa, Fappela son fils : rien ne prouve que ce fût une comédie, car les Turcs ne manquent pas de tendresse pour Tenfance, mais il est certain qu ils mirent toutes ces démonstrations à profit en s*emparant peu à peu des postes les plus importants. Le moment venu, ils déclarèrent que fiude resterait entre leurs mains, Jean-Sigismond étant trop jeune pour le défendre, que le prince devait aller en Tranylvanie,

1. Buda admirandis operil>iis opportune communita (Simigianos, 1. cit.).

2. Ferdinand Tespérait, comme on le voit par Hatvani, U, 166.

SOUS la garde de sa mère et de ses conseillers, pour gouverner cette contrée comme lieutenant du Grand-Seigneur. Les tuteurs du prince furent consternés, même Frère Georges qui n'avait pas prévu ce résultat de l'alliance ottomane ' ; mais toute résistance était inutile, et la cour alla s'établir au château de Lippa. Désormais il y eut trois Hongries : la Hongrie occidentale, royaume effectif de Ferdinand, la Hongrie centrale occupée par les Turcs et gouvernée par le pacha de Bude, enfin la Hongrie orientale gui forma la principauté indépendante de Transylvanie.

Les auteurs de cette situation furent aussi sévèrement jugés en Europe que le roi François P', allié des infidèles. Il sembla que la justice divine avait hâte de les punir : Valentin Tôrôk, objet d'une ancienne rancune des Ottomans, fut conduit à Constantinople, au château des Sept-Tours, où il devait mourir après cinq ans de captivité. Verbôczy, en sa qualité de fameux légiste, eut Thonueur d'être nommé juge suprême des chrétiens de Bude sujets du Sultan, singulière dignité pour un catholique zélé jusqu'au fanatisme; il mourut bientôt, brisé moins encore par l'âge que par le sentiment de l'inutilité de ses efforts, de sa patrie morcelée et de sayieillesse flétrie. La principale église de Bude venait d'être transformée en mosquée, et l'illustre législateur fut enterré parmi les juifs.

Cependant la prise de Bude produisait un immense effet en AUemagne et en Hongrie. Les princes protestants de Saxe,

1 . Depuis il .a été accusé d'une complicité que rien ne démontre, et dont Szalay Tinnocente absolument [IV, 223). —Y. aussi ses Adalékokj p. 175, où il soutient contre Paul Jove, en s'appuyant sur Verancsics, que Verbôczy et Tôrôk doivent partager la responsabilité de ces événements.

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