‹ Histoire générale des Hongrois (volume 3)Chapitre 6 sur 132 · Szalaj, III, 290, note · texte numérisé non relu

Szalaj, III, 290, note

3. Le Musée National possède deux très-jolis petits livres de prières de Mathias, avec des miniatures.

4. Pour tout ceci, voir les documents de Brassicanus, de Nicolas

14 IIISTUIRE GÉNÉRALE DES IIONTiRUIS

Il y avait peut-être en tout cinquante mille volumes, chiffre énorme avant la propagation de l'imprimerie, laquelle n^avait encore reproduit qu'un petit nombre d'ouvrages. L'ancien fonds de la collection des rois de Hongrie, entre autres de la maison d*Anjdu, ne peut avoir Qguré pour uue grande part dans ce total immense. Mathias fit des acquisitions dans les diverses provinces de l'ancien empire byzantin : la chute de Constantinople, qui avait dispersé des trésors, lui fut extrêmement utile. Ses envoyés pénétrèrent fort loin dans les contrées orientales, et en rapportèrent des ouvrages arabes, chaldéens et hébraïques.

Mais si importantes que fussent les acquisitions en divers pays, et sans parler des offrandes et des dédicaces des auteurs vivants, heureux de voir figurer leurs œuvres dans une collection illustre ^ il fallait d'excellents copistes pour peindre les reproductions des plus beaux manuscrits italiens, il fallait aussi de nombreux copistes à fiude. C'est ainsi qu'il envoya à Florence Taddeo Ugoletti, précepteur de son fils, pour copier les codices de la Lorenzana. Quatre Florentins y travaillèrent sous la direction de Naldi. L'un d'eux, Philippe Valori, fut envoyé en Hongrie par Marcile Ficin dans les dernières années de Mathias qui demandait à être mis au courant de la philosophie platonicienne. ÂBude, trente copistes, miniaturistes et traducteurs formaient une administration présidée par le bibliothécaire Félix de Raguse et coûtaient chaque année trente mille florins d'or. Tous n'étaient pas des étrangers, on cite parmi eux un Jeles, un

Olab, de Paulus Fabri, cités par Belius [Àdparatus ad Hiatoriam Hungariœ, Posonii 1735, in-fol., p. 9), et surtout par Pray, ann. 147S. 1. Barth. Fontius écrivait au roi : Inter alios auctores, in ista Bibliotheca totius orbis terrarom nobilissima Fontium iuuxn repone.

LA MONARCniE ÉLECTIVE 15

Gâl, un Vâci gui étaient des Magyai*s, et cet art acquit un si haut degré de faveur que Wladislas II devait anoblir Fauteur d*une belle copie de Boniinius.

Tout indique la plus grande variété dans la composition de la Corvina. La littérature profane et la littérature sacrée, les grammairiens, les poètes et leurs commentateurs, les pères de FEglise et les théologiens, les auteurs qui ont traité de la lactique et des machines de guerre, les historiens et les philosophes anciens et leurs traducteurs *, rien n'y était oublié. On n*avait garde de négliger des poèmes tels que celui de Cortesius sur les hauts faits de Mathias : « Tu es le > plus grand des rois, le maître de la terre et de la mer*. »

1. Analecta vindobonensia de Kolar, Vindobonse 1762, in-fol., 2« voL, p. 810 : préface de Bonfinius aux œuvres de Philoslrate, traduites en latin et dédiées à Mathias.

2. Voici deux fragments de ce poëme De laudibxis bellicis Mathiœ Corvini (à la suite de Bonfinius, éd. de Bâle 1568), poème chargé d'allusions mythologiques :

Nec bene romano de nomine Musa mereiur, Quse tua facla silet. Regum tu maximus ille es, Et maris et terrœ domitor : tua fulmina passim Horret Hyperboreœ regio Meeotica brumœ.

Te duce tuta fides, tibi relligiosa parentum Debelur pielas : in te fiducia duris Militibus sita, Threicii fera muuera Marlis Te pênes, in te anceps belli fortuna recumbit. Tu vallum Italiae, Romana palatia servas. Impia tu gentis contundis monstra profanœ, Bisallamque Scythamque ferum : tu Norica vincis Arma, et bellacem non uno Marte Boemum. . . Dira superstltio patrias invaserat urbes : Hussius huic auctor quondam, nec templa nec aras Erexit superis : et quœ constructa manebant

Il y avait peut-être aussi des antiquités et des instruments de mathématiques, puisqu'il en donna aux savants polonais. Enfin, et ceci n^est pas sans importance dans Thistoire des Magyars, la littérature nationale y occupait certainement quelque place, avec la traduction de la Bible de Bàtori, les poésies de Vitéz et de Gabriel, les chants de guerre de Cesinge, littérature qui a presque entièrement disparu ^ La part qu'y prenait Mathias ne saurait être contestée ; il s'intéressait à la grammaire magyare, aux changements subis par les noms géographiques selon les époques et les idiomes, question encore aujourd'hui difficile, et qui, chez un homme du quinzième siècle, prouve une rare curiosité. Au surplus écoutons là-dessus le témoignage d*un étranger bon observateur :

« Toujours pendant ses repas, ou l'on converse ou Ton » chante. Il a ici en effet des musiciens et des ménestrels, » quixhantent avec la lyre en langue nationale. 11 est lou- » jours question d'un fait héroïque, et la matière ne manque » pas, car la Hongrie se trouve au milieu de races diverses, » et les guerres sont fréquentes. Les chants d'amour sont

> plus rares... Les Hongrois nobles ou rustiques parlent la

> même langue, avec la même prononciation, les mêmes » mots et le même accent. Il n'y a pas de dialectes diffé-

Diniit implus, infellx ; ac peste cnienta Tristia perjurœ maculavit mœnia Pragœ, Mujtaque de Superis démens infanda canebat.

1 . On en trouvera quelques fragments, presque tous appartenant à la littérature religieuse, dans Toldy : Irodalom tôrténeti olvasôkônyVf p. 27 et suiv. Le plus curieux est un passage de Bàtori (Math. XXV, 1-3), mis en regard d'autres traductions de la Bible au seizième et au dix-septième siècles.

LA MONAHCHIE ÉLECTIVE H

» reuls comme le Toscan et le Napolitain : aussi un chant » composé en langue hongroise est-il compris également » par tous les citoyens du pays*. »

La Corvina, ce trésor si varié, qu'est-elle devenue après Mathias? Elle a élé plus dispersée, elle a eu des destinées plus imprévues et plus dramatiques qu'aucune autre collection n*en a jamais eu. L'on a beaucoup dit, et cela dès 1538, qu'elle avait été la victime de la barbarie asiatique et de l'invasion musulmane. Il ne faudrait pas croire que sa ruine ait été l'œuvre d'un jour. Déjà les deux Jagellons, successeurs des Corvins, Wladislas II et Louis II, toujours à court d'argent, après avoir négligé de payer les derniers manuscrits commandés par Mathias, se mirent à en céder aux étrangers. Maximilien fondait alors la Bibliothèque de Vienne : pour lui, et avec l'autorisation de Tinsouciant Wladislas, le savant Cuspinianus fit vingt-quatre fois le voyage de Bude sans jamais revenir les mains vides. Après le désastre de Mohàcs (1526), la garnison allemande fournit aux bibliophiles des pays voisins * l'occasion de cataloguer fréquemment ex Ungariœ spoliis. Le Vénitien Gritti, tant que dura son singulier pouvoir, ne s'oublia pas davantage. Quant aux Ottomans ils protégèrent ce qui restait plutôt qu ils ne le détruisirent, et ils se refusèrent toujours à le vendre; mais avant leur arrivée il y avait eu tant de déprédations, et il y eut ensuite un si grand commerce, que le duc de Wolfenbûttel, à l'époque de la guerre de Trente Ans, put en acheter d'un seul coup deux cents volumes.

Dans le cours du dix-septième siècle les restes de la Cor-

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