‹ Histoire générale des Hongrois (volume 3)Chapitre 75 sur 132 · V. sur Joseph II économiste, lœger, p · texte numérisé non relu

V. sur Joseph II économiste, lœger, p

réconomie politique naissante, la fertile Hongrie devaitattirer et attirait, en effet, toute son attention. Il la croyait destinée, comme la Belgique, à un développement inoui de richesse que favoriserait une grande route, la via josephina^ continuée jusqu'à TAdriatique. Ses partisans de Bude ayant voulu lui élever une statue, il répondit qu*il n*avait pas assez fait pour leur pays, qu'il accepterait lorsqu'il aurait fait comprendre aux Hongrois les vrais rapports d'un prince avec ses sujets, et couvert la Hongrie de routes et de canaux.

Joseph n*était donc pas, tant s'en faut, un adversaire économique de cette nation; mais ses projets se nuisirent et se combattirent mutuellement. Hien n'était plus difBcile, alors comme aujourd'hui, que de satisfaire à la fois l'Autriche occidentale, pays relativement industriel, et la Hongrie, pays exclusivement producteur de matières premières. Les douanes intérieures qui séparaient ces deux pays, déplaisaient à l'industrie autrichienne parce qu'elles lui faisaient payer plus cher les produits naturels hongrois, et chargeaient, à leur entrée en Hongrie, ses produits manufacturés. D^autre part, les douanes générales de la monarchie, favorables à l'industrie autrichienne qu'elles protégeaient contre la concurrence étrangère, étaient doublement préjudiciables aux Hongrois, qui se voyaient obligés d'acheter les objets fabriqués en Autriche, et qui ne pouvaient plus livrer leurs matières premières à l'industrie ou à la consommation étrangère. C'était donc une tâche impossible de plaire à la fois aux deux pays et sur tous les points; mais le bienfaisant et malencontreux souverain trouva le moyen de mécontenter doublement son royaume. Voici comment :

Ses principes physiocratiques ne l'empêchaient pas de vouloir à tout prix le développement de l'industrie autri-

chienne, non point parce qu'elle était Tindustrie de l'Autriche proprement dite, mais parce qu^elle était l'industrie de la monarchie, car il n'aurait pas demandé mieux que de voir s'élever des fabriques hongroises. Le colbertisme fut donc adopté, et des droits très-forts, quand ce n'était pas la brutale prohibition, frappèrent les produits étrangers, à la grande joie des manufacturiers de Vienne ou de Bohême. Lorsqu'une députation de négociants de Presbourg vint réclamer , l'Empereur leur répondit : « Vous n'avez été B jusqu'ici que les commis des Anglais, des Français et des n Hollandais, v II fut donc inflexible sur ce point, comme toujours. Quant aux douanes intérieures , son désir était de les supprimer; seulement, dans un but politique, il commença par les rendre écrasantes, de telle sorte qu'elles fussent non pas favorables mais insupportables à la noblesse magyare. Il fit savoir au chancelier qu'il voulait amener ainsi cette noblesse à subir un nouveau système d'impôts, à la faire capituler, pour ainsi dire, dans une diète que l'on convoquerait exprès lorsqu'on serait certain du résultat. En attendant, il fit procéder à un vaste travail cadastral (1786-17»7), qui fut poursuivi avec énergie, malgré la mauvaise volonté générale et des difiicultés de toute sorte.

On voit que Joseph II avait travaillé avec une persistance merveilleuse à l'édifice de son impopularité. Les difiicultés ecclésiastiques, politiques, administratives, commerciales, rien n'y manquait sinon une guerre malheureuse : sa mauvaise destinée lui devait de combler ce vide. Malgré son humanité réelle , il aimait la guerre ou se figurait l'aimer, parce qu'il se tenait très-droit et vivait simplement. Trop jeune lors de la guerre de Sept-Âns, il avait vu avorter la guerre de la succession de Bavière : une guerre contre les

LA HONGRIE AUTRICHIENNE :î55

Turcs, préparée avec Catherine II dans le fameux voyage de TaurideS lui parut une occasion de gagner des batailles, de reprendre la série des croisades, et d'ouvrir les provinces turques au commerce autrichien; tandis que Marie-Thérèse n'avait jamais voulu entendre parler d'aucun projet oriental. L'Empereur eut le plaisir de refuser le rôle de médiateur à la Prusse qu'il délestait ; mais la campagne insignifiante que le maréchal de Lascy et lui-même dirigèrent, mit fin à la réputation militaire qu'on s^était plu à lui accorder. La fièvre et la peste décimèrent l'armée, et le souverain rentra dans sa capitale, malade surtout de découragement et de chagrin. Pourtant U se raidit encore ; il exigea du blé, des soldats. Les comitats ayant profité de l'occasion pour demander le retrait de toutes les nouveautés, il fit enlever de vive force les provisions nécessaires à ses troupes. Une vaste insurrection était sur le point d'éclater.

Les succès de Laudon et de Haddik dans la campagne de 1789 ne modifièrent point l'opinion publique, et ne consolèrent point le malheureux empereur. Les fardeaux qu'il avait soulevés de ses mains honnêtes et énergiques retombaient sur lui et l'écrasaient de leur poids. Encore un effort pensa- t-il : efibrt plus chanceux que tout le reste, il inquiéta la propriété noble en créant un bureau central du terrier, et en ordonnant de réunir dans les archives générales les titres authentiques dispersés dans tout le royaume. La table septemvirale elle-même remontra qu*il était nécessaire de convoquer une diète ; réclamation dont l'empereur ne daigna pas s*occuper, car il exigea immédiatement du blé et des

1 . Lire, sur ce voyage, les Mémoires du prtnre de Ligne , p. 98 et soiv. et sa correspondance, au T. II de ses Œuvres»

conscrits pour la campagne de 1 790. Les comitats déclarèrent dans leurs assemblées que toutes les demandes du gouvernement étaient illégales, et gu^on ne devait pas y donner suite. Pour la première fois, Joseph, menacé par Tinsurrection de Belgique, céda à moitié : il promit de convoquer la diète lorsque la guerre serait terminée. Cette concession vague ne suffisait plus ; les comitats pressèrent le juge du pays de convoquer d'office une assemblée nationale; plusieurs d'entre eux supprimèrent les ordonnances royales et le notifièrent au gouvernement. Les mécontents se mettaient en rapport avec les ministres du roi de Prusse Frédéric-Guillaume, tout prêts à une rupture avec l'empereur. Joseph II, par sa patente du 28 janvier 1790, se déclara vaincu, supprima presque toutes ses ordonnances^ Fédit de tolérance excepté ', et renvoya aux Magyars leur sainte couronne. Bientôt il mourut, brisé par cet effort sur lui-même, laissant un des noms les plus honnêtes à la fois et les plus contestés de l'histoire : exemple mémorable de l'impuissance des principes abstraits et des projets méthodiques à vaincre la résistance tenace des traditions historiques et la force moderne des nationalités.

1. V. les premières pages de la Collectio reprœsentatUnium etpntocolorum statuum et ordinum regni Hungariœ occimone altissimi decreti de die Januarii 47B0, Pestini Budse et CaBSOviœ 1790.

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