Jerney et M. Henzlmann
2. V. Le Cabinet des Manuscrits de la Bibliothèque Impériale ^ par Léopold Delisle, Paris 1868, in-4», p. 297, etc., lequel renvoie au Serapeum de Vogel, X, 373 et suiv., et au résumé d*Edwards, Memoirs of Libraries, I, 395-404. M. Léopold Delisle donne avec toute raison comme authentiques le Cassien, n» 2129; le saint Jérôme, n« 16839, et radmirable Ptolémée, n« 8834. — Il indique comme douteux le Sénèque, n» 6390; les Machines de guerre, n« 7239; le saint Ambroise, --0 1767. Je crois le dernier au moins parfaitement authentique, nonseulement à cause de la mention Re de Ungaria, mais parce qu*il porte la date de 1488 et le nom du copiste Bonaggio, clerc de Sainte-Marie-des -Fleurs : or c'est précisément le moment où Mathias a commandé le plus de manuscrits, et les a commandés à Florence. Quant au 7239, il est certain que Tambassadeur Girardin Ta acquis au sérail de Constantinople en 1688, et qu'on le lui a donné comme venant de Hongrie, ce qui n'a rien d'invraisemblable.
Nous avons regardé avec attention les Corvinische de la Bibliothèque de Vienne; il y en a d'admirables pour les miniatures, les portraits de Mathias, etc., comme pour le travail du copiste : le Chrysostôme, n» 977; le Hieronymus in Marcum^ n« 930; le Stace, n* 140; le Marcellin, n» 138; le Philostratus, n« 25. Des notes de la première moitié du seizième siècle nous informent qu'ils ont été acquis par l'évoque de Vienne, ou par Brassicanus, ou par Guspinlanus.
Le Musée national de Pesth a de moins beaux spécimens (Curiius,
LA MONAHCHIE ÉLECTIVE 19
trouve un nombre plus ou moins grand dans la plupart des bibliothèques de TEurope.
Il fallait insister sur la Corvina dont la splendeur et la disper&ion offrent une assez fidèle image de la grandeur et de la décadence de la Hongrie. Mais elle n'est pas à elle seule toute celte époque littéraire, plus remarquable par Teffort que par roriginalité et le succès. Il y avait une société littéraire assez mal connue, excepté son titre sodalitas litteraria Ungarorum. Ëvéques, courtisaus, savants, professeurs, se réunissaient dans une sorte de cénacle, le plus souvent autour d'une table bien garnie, où les coupes d'or circulaient, et où Ton s'enti*etenait d*astronomie, d'histoire et de poésie.
Un moyen plus puissant et plus sérieux de progrès intellectuel était l'imprimerie : un parent du roi, I^adislas Geréb, fit venir dltalie l'Allemand Hess qui imprima en 1473 la Chronique de Bude, puis quelques ouvrages anciens *. Mais il n*eut pas de successeur immédiat; de là une conséquence singulière, c'est que, d'une part, les typographes magyars, instruits par André Hess, allèrent travailler en Italie ou en
SallusUus, Plaulius, etc.] que Vienne, Paris, Munich, Wolfenbûtlel, Bruxelles, etc. M. Floris Romer, qui nous a donné de précieuses indications, prépare une monographie détaillée de tous les manuscrits de la Corvina qui se trouvent dans les diverses bibliothèques. Il a entrepris des voyages exprès pour les étudier, et Ton pourra arriver, grâce à lui, à des notions précises sur Tauthenticité de ces nombreux monuments.
1. Ce premier ouvrage imprimé en Hongrie, est devenu excessivement rare. Le Musée national en possède un exemplaire ; c'est un in-4* très-bien imprimé, qui se termine par cette mention : Finita Bude Anno dni MCCGCLXXIII lu vigilia penthecostes per Andream Hess.
France \ et ^ue, d'autre part, les ouvrages composés en Hongrie étaient imprimés en Italie ou en Allemagne, par exemple les lois de la Diète de 1486. avec uue gravure représentant Mathias sur son trône, et des légistes lui apportant un livre ouvert '. En revanche, le commerce des livres était très-développé à Bude, où Ton ne comptait pas moins de treize librairies.
Les ouvrages contemporains en langue latine qui se répandaient, manuscrits ou imprimés, étaient de nature assez variée, et ils attestent des échanges littéraires continuels entre la Hongrie et les pays étrangers. Le plus illustre des sermonnaires, Michel de Hongrie*, est mort à Paris docteur de Sorbonne, il appartenait à Tordre tout national des Paulistes. Un Franciscain, bachelier de TUniversité de Cracovie, Pelbart de Temesvàr, revint dans son pays pour y enseigner et y prêcher longtemps. Grégoire Bânfi, neveu d'un Palatin, fut prieur dans un couvent de Rome. Parmi les historiens, à côté du magyar Thurôczy, que Ton pourrait appeler le dernier rhapsode de la gloire nationale, il sufBt de citer les noms de Ranzani, de Tubero, de Galeotto Marzio, de Callimaque, de Bonfini d'Âscoli, lecteur de la reine Béatriz, pour démontrer leur origine italienne ou grecque. Le poète Janus
i. André Brassai à Venise (Andréas de Corona, nom latin de Cronstadt en Transylvanie, le nom magyar étant Brassô), Petnis Ungaras à Lyon, etc.
2. Petit in-4* très-bien imprimé dont le Musée national possède un exemplaire. Aucune indication d'année ni de lieu. — Thurôczy a été imprimé en 1488 à Venise et à Augsbourg, puis de nombreux ouvrages religieux après la mort de Mathias, dans différentes villes.
3. Le Musée naUonal et la Bibliothèque ont de vraies coUections des éditions de ce sermonnaire, datées de Cologne, de Strasbourg, etc.
Pannonius (Jean Yitéz) était un élève de Ficin et de Guarino de Vérone. Csoda, appelé en latin Nicolas de Mirabilibus {esoda signifie merveille), discuta philosophie chez Laurent de Médids. Quant aux écrits composés dans la langue nationale, il va sans dire, qu'ils faisaient exception à cette loi d'échange intellectuel, car ils étaient forcément l'œuvre de purs magyars. Mais malgré l'importance, signalée bien des fois, de la langue magyare dans la vie publique et dans le palais même de Mathias, il ne nous en reste guère que des fragments religieux contenus dans divers manuscrits ^ La piété du clergé et surtout du peuple avait une forte tendance à remploi de la langue vulgaire dans le culte tout entier; et lorsque la question se posa sérieusement devant le roi luimême (1478), ce changement fut ajourné plutôt que refusé. Â côté de ces universités étrangères que visitaient les jeunes Hongrois, et delà haute école de Ciuq-ÉgHses, toute
1 . Ces manuscrits ne sont pas tous du temps de Mathias; il y en a un grand nombre qui ont été écrits ou recopiés sous les Jagellons, ses suc<;esseurs; mais nous ne consacrerons pas une étude particulière à la littérature contemporaine de Wladislas II et de Louis II, attendu qu'elle est due tout entière à la force acquise pendant la période précédente. M. Toldj en a fait une étude spéciale et en donne la liste complète (1. cit., p. 239-266), 48 en tout. Nous en avons vu nousmôme plus de la moitié; il y en a de très-beaux, d'autres qui n'ont rien de remarquable sinon au point de vue de l'histoire philologique. Plusieurs de ces fragments ont été publiés dans divers recueils, notamment dans celui de Dôbrentçi : Régi Magyar Nyelvemlékek, Bude, 1838, 3 in-4'*, et l'école philologique actuelle y trouve de précieux renseignements. A part deux très-importants, l'un à Vienne, l'autre è Munich, ces codices sont presque tous en Hongrie, à l'Académie, au Musée national, à l'Université, ou en dehors de Pesth, au (Collège réformé de Debreczin, b l'Archevêché de Gran, etc.
juridique, qui continuait à former de nombreux étudiants, deux tentatives furent faites pour la fondation d'une Université nationale. La première fut en 1465 VAcademia Istropolitana de Presbourg, fondée par Vitéz, mais dont sa disgrâce arrêta le développement. L'autre fut un plaa gigantesque de Matbias : il voulait fonder, sur les flancs de la colline de Bude, près de son palais et de sa bibliothèque, tout une ville universitaire, où pourrait loger tout un peuple d'étudiants \ avec des professeurs pour toutes les branches de la science, avec des magasins, des ateliers, des hôpitaux. La mort l'empêcha d'achever cette création immense , qui ne resta pourtant pas dans le domaine des rêves, car une Academia Corviniana dura jusqu'à la bataille de Mohàcs avec les deux facultés de théologie et de philosophie.
Ce prince, ami de la science, vivait dans un palais embelli par Tart italien *. L'or y brillait de tous côtés sur les murSj «
1 . Sa générosité envers les étudiants et les maîtres est attestée par une lettre de Pelrus Niger, citée par Pray, Ann. 1478 : Nec tantnm armis ac viribus populum tuum, celeberrime Princeps, splendidum reddere, tutumque atque tranquillum servare desudas, sed industria et sensu magnopere curas eum bonis artibus, et litleris adorrare. . . Prœceptores et qui regendo studio présidentes habentur, aurum quotannis ab tua Majestate affluenter excipiunt : scholasticis vero ipsis, conservis meis, cibos, vestiroenta, lectos, et quœ hominibus per diem ac noctem opportuna sunt, abunde largiris.
2. J'abrège ici la description détaillée et trop minutieuse de Bonfinius (Dec. IV, L. Vil), qui a été lui-môme Fauteur de cette inscription gravée sur les murs du palais :
Atria cum statuis, ductis ex œre, foresque
Corvini referunl Principis ingenium.
Mathiam partos tôt post ex hoste triumphos,
Virtus, 9Bs, marmor, acripta, perire vêtant.
l'aident dans les sièges et les lits; le marbre, partout travaillé avec luxe, se transformait çà et là en bas-reliefs et en statues. Les plus remarquables étaient celles des Corvins : Matbias, armé de pied en cap, dans Tattitude de la méditation, entre son glorieux père et l'infortuné Ladislas. Courte et illustre race, éclair dans Tbistoire du quinzième siècle et dans celle du peuple hongrois.