‹ Histoire générale des Hongrois (volume 3)Chapitre 97 sur 132 · Journal de la Diète, p · texte numérisé non relu

Journal de la Diète, p

Et pourtant la situation de la Hongrie dans les trois années qui précédèrent la campagne d'Austerlitz, prouve qu'elle ne perdait pas son temps. Après un long effort de dévouemeut royaliste, elle comprenait qu'au lieu de compter sur la cour elle devait agir d*elle*méme. L'engourdissement produit par la confiance diminue peu à peu ; l'initiative nationale ne cesse de grandir.

Dans l'ordre des intérêts matériels, le gouvernement se mon* trait chaque jour plus intraitable. L'exportation du blé n'était permise que par mer ou avec la Turquie; or, ni la Turquie, ni les pays lointains n'avaient besoin du blé de l'alfôld. L'exportation de la laine était frappée d'un droit énorme, douze florins par quintal : les étrangers cessèrent d'acheter la laine hongroise. Â vrai dire ce n'était pas une mesure fiscale, elle serait allée à contre sens. On voulait forcer les habitants de l'empire à fabriquer les étoffes de laine. D'après les idées économiques alors répandues en Autriche, il n'y avait rien là de bien blâmable. Personne n'avait l'intentioa de nuire à la Hongrie ; mais en fait, ce pays tout agricole, producteur de matières premières, se trouvait sacrifié à l'iudustrie de Vienne ou de la Bohême, qui achetait la laine à bas prix.

Les comitats, n'ayant rien à espérer du pouvoir, reprirent pour leur propre compte les (projets de 1791. La plaine fertile arrosée par le Danube et la Theiss subissait des inondations qui la rendaient chaque jour plus marécageuse, et les plus belles récoltes pourrissaient sur place, faute de routes convenables pour les transporter. Des travaux de dessèchement furent entrepris, un beau canal creusé du Danube à la Theiss permit de passer de l'un à l'autre cours d'eau sans faire un grand détour. Une bonne route de commerce re-

joignît le port de Fiume. L'agriculture était fort arriérée : les chefs des grandes familles se mirent à encourager ses progrès par une noble imitation de l'aristocratie anglaise. Le comte Georges Festetics fonda pi'ès du lac Balaton une école pratique d'économie rurale; le prince Ëszterhâzy envoya des jeunes gens en Angleterre pour étudier les méthodes et les importer ensuite dans leur patrie. Il s*occupa aussi d'une société pour le commerce des vins avec, les pays du Nord, * mais cette fois le succès fut médiocre.

Dans le sens politique et littéraire les efforts ne furent pas moindres. Ce n'était plus seulement Tinsouciance de la cour de Vienne, c*était sa mauvaise volonté qu'il fallait combattre. Toute association était interdite depuis Martinovics, et la moindre accusation politique était terrible. L'année même de la diète, Téchafaud s*élevait pour deux avocats, Zsarnôczy et Mikol, coupables, disait- on sans preuve, de haute trahison. Ces procès étaient d'ailleurs fort rares à cause de l'ignorance entretenue à dessein dans le public. Très-peu de journaux étaient tolérés, et encore leur était-il défendu de raconter ce qui se passait en Europe, à moins de copier la feuille officielle. La langue nationale était fort mal vue. Le gouvernement, qui favorisait d'un subside considérable le théAtre allemand de Pesth, ne faisait rien pour le théâtre magyar. II aurait voulu que Tallemand devint la langue de la conversation et du commerce, et que le latin redevint celle de renseignement et des affaires publiques.

Mais un peuple parle toujours la langue qu*il veut parler : c'est ce que prouvèrent une fois de plus les Magyare. Le théâtre national fut soutenu par des souscriptions, et ne cessa de prospérer. A quelques pas de là, dans cette intelliente ville de Pesth, vrai foyer de patriotisme, le comte

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François Széchenyi, le père du célèbre homme d^État, conçut le projet d'élever uo monument où Ton réunirait les livres^ les tableaux, les armes, les antiquités diverses qui permettraient de faire revivre le passé de la Hongrie : le musée national fut construit dans un style un peu fi'oidy mais grandiose, et sur une place assez vaste pour recevoir les collections qui viennent chaque année l'enrichir. La poésie ma- * gyare venait de perdre le jeune et ardent Csokonay ; mais Kazinczy sortait de prison, Yerseghy et Bacsânyi vivaient moins misérablement. A côté deBerzsényi qui avait à peine vingt- cinq ans grandissait toute une génération dont le chef, réservé à une longue et glorieuse carrière, était Alexandre Kisfaludy ; son poème d'amour était toute une révélation pour la littérature magyare \ il a inspiré la natiou pendant un demi-siècle. Mais la guerre approchait.

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