L 'ORGANISATION PRIMITIVE. — LE LANDS
KAP. — Si l’archéologie nous permet de remonter aux origines mêmes de la civilisation nordique (1), l’histoire politique des pays Scandinaves ne commence à être connue avec quelque précision qu’à partir du IX® siècle. Au début du Moyen âge, nous les trouvons habités par des populations indo-européennes du groupe germanique, dont les rapprochaient la religion (2), les moeurs et même l’écriture (3).
(1) Voir Eugène Pittard, Les Races et l Histoire (1924).
(2) La mythologie Scandinave nous est connue par les Eddas- Au commencement était le Chaos : au nord, Nifflheim (monde nébuleux) ; au sud, Muspillheim (monde du feu) ; entre les deux, Ginungagap (abîme béant); la partie de Ginungagap proche de Muspillheim était habitée par les descendants d Ymer, le géant du froid (Rhimthurs . Celui-ci fut allaité par la vache Audhumbla, qui, léchant les glaçons, fit apparaître un géant grand et fort dont les petits-fils : Bure, Odin, Haener et Loder, dominateurs du ciel et de la terre, tuèrent le géant Ymer. 11 s’échappa tant de sang de ses blessures que la race presque entière des géants fut noyée. Odin et ses frères traînèrent le corps d’Ymer au milieu de Ginungagap, et ils en formèrent la terre ; du sang d’Ymer, ils formèrent l’Océan; de sa chair et de ses os, le reste du monde ; de son crâne, la voûte du ciel, qu ils éclairèrent par les astres. Ils réglèrent le jour, la nuit, les saisons, et ils tirèrent d un frêne et d’un orme, échoués sur le rivage, le premier homme et la première femme, Ask èt Embla.
Odin ou Wotan est le dieu suprême, qui pénètre toutes matières animées ou inanimées. De lui provient toute science; il est aussi le dieu des armes. Ceux qui succombent au combat sont ses fils; il les recueille au Walhalla, où ils sont appelés einherjès (héros). Les Wall^yries, filles d Odin, vont les chercher sur le champ de bataille et les reçoivent au nom du dieu ; elles leur offrent 1 hydromel, qu elles tirent du pis de la chèvre Heidrun, et la chair du porc Saehrimner . L homme qui meurt de vieillesse et loin de la bataille devient le sujet de Hel, déesse de la mort, en sa demeure souterraine. Tandis que, dans sa ville sacree d Asgard, Odin, ayant à ses côtés le dieu du tonnerre (Thor) et le dieu de l abondance (Frey), règne entouré des /Ises, ses enfants, les survivants d Ymer, se sont multipliés, et ils jurent d’anéantir les /Ises ; ils y réussissent grâce à la trahison du dieu Loki ; mais, après le crépuscule des dieux, vient la régénération, et l’ordre renaît dans la nature.
(3) L’alphabet runique des Scandinaves n’est qu’une réduction de celui des Germains. Inintelligibles pour les masses, les caractères runiques étaient considérés
Le jutland était habité, en majeure partie, par les Jutes, tandis que le reste de la contrée, c’est-à-dire la Scanie et les îles, l’était par les Danes, qui devinrent la peuplade dominante après le VI° siècle
et dont les rois, de la dynastie des Skjoldung, avaient leur résidence habituelle dans l’île de Zeeland (Sjâlland).
En Suède, la prépondérance appartenait aux Svea, dont Tacite a dit qu’ils étaient aussi puissants « par les armes que par leurs vaisseaux ».
Établis principalement
comme ayant une vertu magique : d’où leur nom de run (mystère, secret).
L alphabet gothique remplaça, à partir du IV® siècle, les runes germaniques, de même que l’alphabet cyrillique remplaça l’alphabet runique des Slaves. Pour Philippe Berger, les runes semblent avoir été « l’ancienne écriture de l’Europe septentrionale, en face des alphabets grec et latin, qui étaient ceux de l’Europe méridionale » {Histoire de récriture; Édit, de 1391. p. 360).
La grande pierre de Jallinge. — Jallinge (Jutland) fut jadis, au Danemark, une des premières demeures royales. Cette pierre porte une inscription en écriture runique, qui nous apprend que le roi Harald Gormen en ordonna l’érection sur la tombe de son pèie Gorm.
318 — CONSTITUTION DES ETATS EUROPEENS
L’église ou « STRAVEYRKE » de BoRGUND (Norvège occidentale, Xir' siècle). — Les stravkyrlca sont entièrement construites en bois et portent des motifs ornementaux très particuliers, probablement imités des anciens temples païens.
aulour du lac Mjilar. ils conquirent probablement les parttes méridionales de la Suède.
Leur capitale était Upsala, où s’élevait le temple le plus révéré.
En Norvège vivaient de nombreuses peuplades, isolées les unes des autres par des montagnes et des forêts. Les régions les plus cultivéesétaient la côte occidentale, au nord et au sud de la ville actuelle de Bergen, et les territoires bordant le fjord de Christiania.
A défaut d’unité politique, les trois pays avaient une organisation à peu près semblable, ayant pour base le landsk.ap, communauté rurale de type germanique. Jouissant d une large autonomie avec son sénéchal, son conseil (lag) et son assemblée politique et judiciaire (ting), le landskap se subdivisait en harad ou hûndrad, dont chacun possédait sa justice particulière.
Certaines communautés acquirent une importance prépondérante. Ce fut le cas, en Danemark, du Zeeland et du Jutland; en Suède, de rUppland et du Gotland occidental ; en Norvège, de Viken et d’Ircndelagen.
Les rois étaient élus, mats le peuple les choisissait, d’ordinaire, dans la famille du défunt. Propriétaires de vastes domaines, ils ne levaient pas d’impôts. L’autonomie des landskaps limitait considérablement leur autorité, qu’ils déléguaient, dans les communautés éloignées, à un jarl ou comte. Ils avaient une importante prérogative, le ledung ou commandement, en vertu de laquelle les communautés maritimes devaient mettre à leur disposition des vaisseaux avec leurs équipages, en vue des expéditions à 1 étranger.
Le lion du PiRÉE. — Sculpture antique transportée en 1688 du Pirée à l arsenal de Venise. Au Xl'^ siècle, quelques Vikings suédois de Roden, faisant partie de la garde nordique de l'empereur romain d’Orient, gravèrent une Inscription runique sur ce lion ; « Tombeau d un camarade tombé. Il l'i.. Alixari.
LES VIKINGS. — C’est pendant l époque des V ikings que les Scandinaves entrèrent en relations avec l’Europe (1X‘'-X^' siècles).
Les expéditions des V ikings, des « rois de la mer », comme on les a surnommés, dues à l’initiative des chefs, furent déterminées par des causes politiques et économiques, surtout par le désir et le besoi.n de conquérir des richesses. Favorisées par le déclin de la puissance carolingienne et par l’état critique des royaumes anglosaxons, elles présentèrent ce caractère particulier que chaque peuple, tout en comprenant des éléments de provenance diverse, avait son champ d’opérations propre, sauf aux « hommes du Nord », aux Normands, à se liguer, le cas échéant, en vue de campagnes communes.
Les Guis étaient les plus actifs des Vi kings et leur pays, l’ile de Gotland, forma longtemps une république florissante, ne payant qu’un tribut minime au roi des Soea.
Tandis que les Vikings danois s établissaient dans le nord-est de 1 Angleterre
et en Normandie, les Norvégiens créaient des petits Etats en Irlande, occupaient les archipels du nord de l’Ecosse et s établissaient en Islande, d’où ils découvrirent le sud du Groenland, puis la côte orientale de l Amérique du Nord. Cependant, les Suédois se dirigeaient vers la Finlande, l’Esthonie, la Courlande, puis vers la Russie. Les Varègues ( 1 ), conduits par Rurik, fondèrent, au IX*^' siècle, un royaume à Novgorod, et un autre chef du même nom régna à Kiev vers la fin du XII'-’ siècle. A travers la Russie, les Scandinaves atteignirent Byzance, parcoururent les rives de la mer Noire et de la Caspienne, et nouèrent des relations avec les peuples de 1 Asie antérieure.
Les Vikings, redoutables pirates, furent donc aussi d actifs trafiquants. Ils eurent, d autre part, une civilisation qui, malgré les influences étrangères, fut originale.
Au contact des autres peuples, les mœurs des Scandinaves se distinguèrent de plus en plus des mœurs germaniques, et la transformation fut plus profonde encore le jour où le christianisme remplaça l’ancien culte païen dans les Etats qui commencèrent de se constituer en Danemark, en Suède et en Norvège.
LES DEBUTS DLS ETATS SCANDINAVES. — L’IS¬ LANDE. — LE CHRISTIANISME. — ^ Vers la fin du
X® siècle, les pays du Nord tendent lentement à s unifier.
En Danemark, Gorm l'ancien, mort en 935, étend sa domination jusque sur la partie de la Suède qui forma dans la suite le district suédois de Blekinge, et il devient ainsi maître de la Baltique. Svend Ivesk.agg impose le « danegeld » aux Anglo-Saxons (1013), et son fils aîné, Knut le Grand (1014-1035), tout en achevant la conversion de son peuple au christianisme, règne sur l’Angleterre, occupe une partie de l’Ecosse, défait le roi de Norvège, s’agrandit aux dépens des Vendes entre l’Elbe et l’Oder et impose peut-être son joug à la Suède. Aussitôt après sa mort, son Empire se désagrège : l’Angleterre reprend son indépendance, et l’antique dynastie des Skioldung s’éteint, en 1047, avec Magnus le Bon, petit-fils de Knut; l’union du Da nemark et de la Norvège est rompue, de nouvelles dynasties se fondent dans chacun des deux royaumes.
En Norvège, la victoire de Hafrsfjord (872) rend Harald Haarfagre maître de tout le pays; il conquiert même les Orcades et les Shetlands; mais 1 oppression exercée par les chefs locaux provoque une importante émigration vers l’Islande récemment découverte. Les colonies d’émigrés s’accordent pour y instituer une république, avec un Parlement {alting), dont les réunions annuelles sont présidées par un lagman. Le petit Etat, qui devait jouir pendant trois siècles de son indépendance et maintenir les traditions de la race, vit éclore, du X® au XIII® siècle, une littérature d’une exceptionnelle richesse : c’est l’époque où ces traditions sont fixées dans VEdda et les Sagas (2). La transformation des pays Scandinaves y fut particulièrement
déterminée par l’établissement du christianisme. Le Jutland reçut le premier la visite des missionnaires, d’abord celle d’un moine anglo-saxon, Willibrod; puis, au temps du roi Harald, protégé de Louis le Pieux, celle des moines Anskar et Autbert, de 1 abbaye westphalienne de Corvey. Tous deux commencèrent réellement I évangélisation du Nord, qui fut, dans la suite, reprise par les Eglises d’Allemagne et d’Angleterre. Les Vhkings s’opposèrent, autant qu’ils le purent, à l’établissement d’une religion incompatible avec beaucoup de leurs coutumes et, notamment, avec leurs habitudes de piraterie.
Les missionnaires trouvèrent un concours dévoué chez le roi de Norvège Olaf Trygvasson, qui, attaqué par les rois de Suède et de Danemark, périt en l’an 1000 dans la bataille navale de Svolder, et chez son successeur, Olaf Haraldson (Olaf le Saint), qui devint, après sa mort, survenue en 1030 à Stiklastad, le héros national de la Norvège.
En Danemark, la nouvelle religion
(1) Les Earègues ou Rus formaient, sur la Baltique, la communauté suédoise de Roden.
(2) Sur 1 ancienne goésie Scandinave, l’une des plus riches de l’Lurope pendant le haut Moyen âge. voir page 256.
fut instaurée par Harald Gormsen et Knut le Grand, qui fondèrent plusieurs évêchés (1).
Le premier roi chrétien de la Suède, Olof dit SkottI{onung (roi des Ecossais), se fit baptiser, vers 1 an 1000, par un missionnaire britannique. C’est dans ce pays que 1 évangélisation rencontra des résistances. En Islande, le christianisme fut institué religion nationale par une décision de l’Allting.
La conversion des pays Scandinaves rendit plus étroites les relations intellectuelles amorcées par les expéditions des Vikings, et l’Eglise, intermédiaire entre le nord et 1 occident de l’Europe, modéra le zèle expansif des Vikings.
(1) Serrure de grenier, surnom qui lui fui donné en raison de la sécurité qu'il assura aux campagnes.
(2) Oslo fut fondée, d’après les Sagas, par Harald Haardraade- Elle n’était plus ciu’un faubourg de Christiania lorsque la Norvège indépendante restitua à 'la capitale son nom primitif (1924). effaçant ainsi un des derniers vestiges du régime danois. C est Christian IV qui avait rebâti la capitale après l'incendie d Oslo et lui ava l donné son nom.
LES ETATS SCANDINAVES JUSQU’A L’UNION DE KALMAR. — LES TENDANCES A L’UNITE.—
Sous la dynastie des Estrid, qui se fit remarquer par son zèle religieux et dont un roi, saint Knut, assassiné par des paysans révoltés (1086), devint le patron du Danemark, les luttes civiles et les attaques des pirates vendes affaiblirent la monarchie, encourageant du même coup les appétits interventionnistes des empereurs allemands. Mais avec Valdemar F'*' ( 1 1 27-1 1 82) s’ouvre une époque glorieuse. Soutenu par son conseiller Absalon, le vaillant et habile prélat, Valdemar réussit non seulement à rétablir l’ordre en Danemark, mais encore à soumettre les Vendes et à se rendre maître des territoires qu’ils possédaient sur la côte méridionale de la Baltique. Sa politique fut continuée par ses fils Knut VI (1182-1202) et Valdemar le Victorieux (1202-1241). Malheureusement, ce dernier, après avoir conquis et converti l’Esthonie, fut fait prisonnier en Allemagne et essuya à Borhoved, lorsqu’il eut recouvré sa liberté, une défaite qui consacra l’effondrement de l’Empire danois de la Baltique. Ses successeurs furent tout absorbés par les luttes qu ils eurent à soutenir contre la noblesse et le clergé, unis pour arracher des privilèges à la couronne en présence d une bourgeoisie encore sans pouvoir et d une classe rurale qui avait insensiblement perdu toute influence. Erik Klipping, petit-fils de Valdemar II, ayant péri victime d’une conspiration des nobles (1286), son fils, Erik Menved, s’attacha à punir les régicides; ceux-ci se coalisèrent avec le roi de Norvège et l’archevêque de Lund, Jens Grand, qui mit le royaume en interdit. 11 l’emporta enfin, non sans peine, mais ses expéditions contre les villes de la Hanse ruinèrent ses finances et, à sa mort, une partie du Danemark était, à titre de gage, la possession des comtes de Holstein (1319).
En Suède, après l’extinction de la dynastie d’Upsal et 1 avènement des Stenkil (1060), commence une période confuse de luttes violentes entre le paganisme et le christianisme, décidément victorieux avec saint Erik, élu en 1156, à la mort de Sverker. Ce roi, qui fut assassiné à Upsal par un compétiteur, avait dirigé en Irlande une croisade dont le résultat fut l’établissement des Suédois sur le territoire d’Abo. En même temps se constituait une aristocratie laïque et
(1) Dans le courant du XII*^ siècle furent fondés les archevêchés de Lund, de Drontheim et d'Upsal, respectivement pour le Danemark, la Norvège et la Suède, et les évêques Scandinaves cessèrent d’être sufîragants de 1 archevêque de Brême.
La muraille de Visby (Gotland). — ’Visby était, aux Xll'^ et XIII'' siècles, une des villes marchandes les plus importantes d Europe et entretenait des relations très suivies avec Novgorod. l’Allemagne du Nord et l’Angleterre. Elle possédait nombre d’églises, dont on voit encore les ruines ; mais le vestige le plus impressionnant de sa grandeur disparue est la muraille de circonvallation, longue de 38 kilomètres, construite au XII'' siècle.
ecclésiastique ; la royauté était devenue élective et le pouvoir passait de plus en plus aux mains des Jarls. En 1260, la puissante famille des Folliungar, qui remplaça la dynastie des Erik, après avoir joué le rôle de nos maires du palais auprès des derniers rois de la race précédente, inaugura avec le comte Birger, régent pendant la minorité de son fils Valdemar (1250-1266), une politique très active. Birger avait déjà conduit une croisade en Finlande. Devenu maître du pouvoir, il fit adopter plusieurs lois, politiques et civiles, qui furent obligatoires dans tout le royaume ; il encouragea le commerce, et la tradition le désigne comme le fondateur de Stockholm.
Leduc Magnus Ladu/ûs (I), qui ravit la couronne à son frère Valdemar ( 1 275), continua la politique réformatrice de Birger. 11 protégea les paysans et octroya des privilèges aux villes, mais il accrut la puissance des nobles et des évêques en les appelant à siéger dans son Conseil et en affranchissant de tout impôt les biens ecclésiastiques. D’autre part, ceux qui s’engagèrent à fournir en temps de guerre le service monté furent affranchis du paiement de toute taxe, et ce fut l’origine d’une nouvelle noblesse. Torgils Knutsson, régent à la mort de Magnus, acheva la conquête de la Finlande; il soumit les Karéliens et s’avança jusqu aux bords de la Néva. Les rivalités qui, après lui, divisèrent les héritiers royaux, affaiblirent la monarchie, et les chefs choisirent pour roi, en 1319, Magnus Eriksson, dont la longue minorité (1319-1332) favorisa les progrès de 1 aristocratie.
L’unité de la Norvège n avait pas survécu aux discordes de famille qui suivirent la mort de Harald Haarfagre et qui favorisèrent les empiétements de la Suède et du Danemark. Elle fut rétablie par Olaf Haraldson, puis, après la courte domination de Knut le Grand, définitivement restaurée par le fils d Olaf, Magnus le Bon (1035-1047), lequel hérita aussi de la couronne danoise. Harald Haardraade (1047-1066) ne put conserver le Danemark et succomba à Shamford Bridge, alors qu’il essayait de conquérir l’Angleterre. Son petit-fils, Magnus Barfort ( 1093- 1 103), fit des expéditions en Irlande, où il fut tué, et un de ses trois fils, Sigurd jorsalafare, entreprit, en 1110, une croisade en Terre sainte.
La guerre civile divisa, pendant plus d un siècle, les descendants de Magnus Barfort; le clergé, appuyé sur le siège archiépiscopal fondé en 1 152 à Nidaros (Drontheim), essaya de dominer le pouvoir royal. Sverre Sigurdsson, grâce à 1 appui énergique de ses partisans, les hirk.eheim, se maintint au pouvoir de 1117 à 1182 ; mais le parti ecclésiastique, sous la conduite de Nicolas, évêque d Oslo (2), résista
La cathédrale de Lund (ScaNIE). — Elle est la plus ancienne église métropolitaine du Nord, fondée par saint Knut. consacrée par lui en 1145 et restaurée depuis. Construite dans le style roman, elle est apparentée aux églises des pays rhénans, en particulier a celle de opire.
uo — CONSTITL'TION DES ETATS EUROPEENS
à Sverre, qui fut excommunié, ainsi qu à son petit-fils, Haakon le Vieux : 121 7-1263'!. Celui-ci écrasa son dernier compétiteur, le jarl Skule. L ordre lut rétabli, et alors que disparaissaient, par suite des guerres intestines, la plupart des grandes familles aristocratiques les lendermend — , I institution de la monarchie héréditaire donnait au roi un pouvoir presque absolu. Haakon fit un traité de commerce avec Lubeck, annexa le Groenland et I Islande et mourut au cours d'une expédition contre les Orcades.
Son fils, Magnus Lagabcde, ou le Réformateur (mort en 1280), est connu principalement pour son activité législative : c est lui, en effet, qui, en 1274, réunit en un seul les divers codes, applicables désormais dans tout le royaume. Il favorisa le développement des villes : mais il accorda à la ligue Hanséatique des privilèges qui mirent le commerce du pays aux mains des Allemands, surtout lorsque, vers 1340, ils établirent un comptoir à Bergen, et il céda, en 1266, à l’Ecosse, par traité,
.Man et les Hébrides, possessions norvégiennes de la côte de la Grande- Bretagne. Ces fléchissements coïncidaient avec la ruine de la flotte norvégienne.
La noblesse reprit la lutte contre le clergé pendant la minorité d Erik Presthataren (ennemi des prêtres) 1280-1299 , mais elle fut elle-même violemment combattue et amoindrie par Haakon V (1299-1319). Tous les emplois furent placés sous la dépendance de la couronne (1308) : les titres de noblesse (jarl et lendermend) furent abolis, et le roi tenta de créer une Eglise a royale » dont les membres seraient des fonctionnaires publics. Avant sa mort, comme il ne laissait pas d héritier mâle, il assura sa succession à 1 enfant né du mariage de sa fille Ingeborg avec le duc Erik de Suède. Le jeune Magnus Eriksson (1319-1343), qui, après 1 éloignement de Birger, avait été élu roi de Suède, devint donc également roi de Norvège.
A partir de 1319, les aspirations à l’unité commencent à tenir une place considérable dans les préoccupations des peuples Scandinaves, qui, prenant conscience de leurs affinités ethniques, se rendent compte des garanties de paix et de sécurité que leur donnerait la fusion des trois pays en un seul Etat. Mais la politique de solidarité couvrait des intérêts dynastiques qui ne pouvaient qu’entraver son développement. Cependant, un grand pas fut fait dans la voie de l’unité lorsque
Lr. TOMHt.AL UF. l.A KKISF .MaHCLKRITE DANS LA CATHÏ.ÜRALE DF KOSXILDF. ( e monument, élevé en 1123. a été en grande partie restauré.
Magnus Eriksson, proclamé majeur (1332), étendit son autorité sur le Danemark. Depuis la mort d Erik Menved, ce pays était en proie à I anarchie, et des parties considérables de son territoire étaient administrées par les comtes de Holstein. A la mort du faible Christophe 1 1 ( I 332), la Sca nie, s insurgeant contre la domination étrangère, s unit à la Suède et se soumit au sceptre de Magnus. Les provinces voisines de la Scanie, Halland et Blekinge, suivirent cet exemple, et le désordre continua de régner dans le reste du Danemark jusqu’au jour où Niels Ebbesen, se débarrassant du comte Gert de Holstein, donna le signal du relèvement. Valdemar IV^ Atterdag (nouveau jour), fils de Christophe II, proclamé roi de Danemark en 1340, restaura une administration ordonnée. Son premier soin fut de racheter les territoires que les Allemands tenaient en gage et, s’il vendit l’Esthonie à l’ordre Teutonique, il s’efforça de reprendre à la Suède les provinces perdues, dès qu il vit s affaiblir la puissance de Magnus Eriksson.
Ce monarque, par ses absences prolongées, avait mécontenté les Norvégiens, dont il avait abandonné le gouvernement à son fils Haakon VI, et, même en Suède, il avait à vaincre une sérieuse opposition qu’encourageait sainte Brigitte. Magnus était un administrateur remarquable en même temps qu’un législateur avisé, et c’est son initiative qui rendit possible 1 élaboration de codes ruraux et urbains pour le royaume tout entier. Mais l’insurrection de la noblesse et le mauvais état des finances paralysant son activité, il ne put empêcher Valdemar Atterdag de reprendre la Scanie, puis le Gotland avec sa riche cité marchande, Visby : d où une longue guerre entre le Danemark et les villes hanséatiques. Même avec l’aide de son fils Haakon, il ne put maîtriser la noblesse, qui le remplaça, en 1369, parle roi de Suède Albrekt, fils du duc de Mecklembourg. Une guerre civile éclata : elle se termina, au bout d un an, par la double abdication de Magnus et de Haakon.
Pendant que le Danemark se relevait au point de devenir le plus puissant royaume du Nord, la Suède, sous le gouvernement d Albrekt, traversait une période de faiblesse due à la tyrannie des nobles et des étrangers. La noblesse allemande immigrée n’était pas plus respectueuse des lois que la noblesse indigène, le commerce était de plus en plus dépendant des villes hanséatiques, et les populations urbaines étaient opprimées par les marchands venus d Allemagne. La noblesse suédoise sollicita, contre Albrekt, l’aide du Danemark et de la Norvège.
L’UNION DE KALMAR. — Marguerite, fille de Valdemar Atterdag, avait épousé Haakon VI de Norvège, et un fils issu de ce mariage, Olav, élu roi de Danemark après la mort de son grand-père maternel, devint roi héréditaire de la Norvège, mais il mourut en 1389, avant d’avoir atteint sa majorité, et avec lui s’éteignit la dynastie des Folkungs. Marguerite qui, jusque-là, avait exercé la tutelle, devint alors régente du Danemark et de la Norvège. C est à elle que s adressèrent les nobles révoltés contre Albrekt. et. reconnue par eux comme régente de Suède, elle apporta un appui grâce auquel ils remportèrent sur Albrekt une victoire décisive, à Falkc ping ( I 389).
En dépit de l’âpre opposition des Allemands, Marguerite ne tarda pas à devenir la véritable maîtresse de la Suède, et ainsi les pays Scandinaves se trouvèrent pour la première fois unis sous le sceptre d’une femme toute-puissante. En Norvège, la royauté était presque absolue : au Danemark, destiné à devenir le siège de 1 Union. Marguerite avait brisé l’opposition des nobles; en Suède, la régente, aidée par des forces étrangères, occupa les places fortes les plus importantes. Ainsi maîtresse du plus vaste royaume de 1 Europe, elle fit reconnaître comme roi des trois pays .son neveu Erik de Poméranie, qui fut sacré à Kalmar en 1397. C’est à cette occasion que Ion rédigea I acte célèbre connu sous le nom d Union de Kalmar et qui, sauf quelques périodes d interruption, dura jusqu en 1521. Les trois pays Scandinaves ne formeraient plus qu un seul Etat, chacun devant être, toutefois, administré selon ses lois propres.
Par ses qualités remarquables, Marguerite ne cessa d accroître les
Intérieur de la cathédrale de Roskilde. — Roskilde, qui fut pendant le Moyen âge la résidence des souverains de Danemark, possède une cathédrale gothique où sont ensevelis la plupart des rois danois.
NyslOTT (Savonlinna). — Forteresse frontière, construite en 1477 dans la province linlandaise de Savolaks pour la défense contre les agressions russes.
prérogatives de la couronne, et elle put maintenir intacte l’unité qu elle avait fondée. Mais si elle donna la paix à ses États et ne permit jamais que l’ordre fût troublé, ses méthodes administratives mécontentèrent la Suède et la Norvège, réduites à l’état de vassales du Danemark. Le mécontentement s’accrut après sa mort, lorsqu Erik de Poméranie assuma seul la charge du pouvoir. En 1440, désireux de reconquérir le Sonderjutland (Slesvig), région frontière du Danemark, Erik entreprit une guerre désastreuse, qui se termina en 1435 et détermina sa chute, en même temps que la fin de l’Union de Kalmar. Ses campagnes incessantes l’avaient obligé à séjourner presque exclusivement en Danemark et à négliger ses autres possessions, écrasées par de lourds impôts, livrées à d’arbitraires administrateurs étrangers. L’opposition était particulièrement forte en Suède, où la petite noblesse et les classes rurales se liguèrent contre les « Danois » ou plutôt les Allemands de l’Union, et une violente insurrection éclata, en 1434, dans la province de Dalécarhe. Un montagnard, Engelbrekt Engelkrektsson, prenant la tête des forces populaires, chassa les autorités et força le Conseil d’Etat à rompre avec le roi. Engelbrekt institua une assemblée où siégèrent, à Arboga, les délégués de la noblesse, du clergé, de la bourgeoisie et du peuple. L’ancien montagnard fut élevé à la première dignité du royaume et un gouvernement national donné à la Suède ; l’ancien Conseil d Etat essaya vainement, dans la suite, de rétablir l’Union. Un soulèvement se produisit aussi en Norvège et en Danemark; Erik dut se retirer devant le mécontentement général (1438). Peu auparavant, Engelbrekt, trahi, était tombé sous les coups d’un assassin (1436), n’ayant exercé le pouvoir que durant trois années, mais avec une autorité exceptionnelle et après avoir donné à la Suède, avec un nouveau régime politique, le sentiment de 1 indépendance.
Le pouvoir fut recueilli à sa mort par un paysan anobli, Karl Knutson, qui devint régent après l’abdication d’Erik.
L’œuvre de Marguerite de Valdemar se trouvait réduite à néant. A la vérité, il s’était formé en Suède un parti national, mais en Norvège, où faisaient défaut des personnalités capables de s imposer, le sentiment de l’indépendance s’était de plus en plus affaibli et, dans les trois royaumes, la noblesse, rapprochée par les liens de famille autant que par la communauté des intérêts, voulait, sans reconstituer l’union réelle de 1397, se grouper sous l’autorité personnelle d un seul roi; elle voyait là une garantie de sécurité extérieure et de concorde à l’intérieur.
Le nouveau parti acquit une telle force que, Karl Knutson ayant abdiqué la régence, Christophe de Bavière, neveu d Erik de Poméranie, roi de Danemark depuis l’année précédente, fut élu roi de Suède. Lorsqu il monta, en 1442, sur le trône de Norvège, 1 Union se trouva réalisée, mais pour peu de temps; car, en 1448, à la mort de Christophe, Karl Knutson, chef du parti national, régna sur la Suède, malgré l’opposition du parti national. En Danemark, la couronne échut au comte Christian d’Oldenbourg, dont la dynastie devait se perpétuer jusqu en 1863. La Norvège se divisa en deux camps ; l’un danophile, qui proclama Christian ; 1 autre suédophile, qui choisit Karl Knutson (1449); mais celui-ci, abandonné par la grande noblesse suédoise, dut renoncer à la couronne norvégienne qui, par conséquent, revint à Christian seul.
L’union du Danemark et de la Norvège devait durer jusqu en
Le pacte de Bergen (^1 450) reconnut formellement 1 indépendance de la Norvège, mais ce pays tomba vite dans une sorte d’état de vassalité, son Conseil d Etat s’étant montré incapable de défendre les intérêts nationaux.
Christian, qui avait épousé la veuve de Christophe, voulut restituer à I Union toute l’importance qu elle avait eue jadis. Karl Knutsson s’y opposa par les armes ; la révolte du parti unioniste suédois 1 obligea à s’enfuir, et Christian l’emporta, le pouvoir appartenant en fait à l’ambitieux Jons Bengtsson Oxenstierna. Ses domaines s’agrandirent, en 1460, quand il fut élu duc de Slesvig et comte de Holstein : la noblesse de Holstein fit reconnaître l’indivisibihté des deux provinces, encore que le Slesvig fût danois et le Holstein allemand. Mais Christian ne s’entendit pas avec le parti de l’Union, et Karl Knutsson fut rappelé, une première fois en 1464, puis en 1467. Lorsqu’il termina, en 1470, son existence agitée, son fidèle partisan, Sten Sture, fut élu régent du royaume. Christian n’avait pas renoncé à l’espoir de reconquérir la Suède ; il s’embarqua avec une armée pour Stockholm, mais essuya, devant les murs de la ville, une défaite écrasante qui mit fin, pour longtemps, aux velléités d’union dano-suédoise.
Christian mourut en 1481 et, après un court interrègne, son fils H ans devint roi de Danemark et de Norvège. Le Slesvig, toutefois, fut partagé entre Hans, qui garda le territoire de Sgeberg, et son frère le duc Frédéric, qui reçut le Gottorp.
L’habile et populaire Sten Sture écarta Hans du trône de Suède; mais, pendant qu’il se battait contre les Russes dans la Finlande orientale, l’opposition unioniste le fit déposer. Hans, monté sur le trône, subit, après d’heureux débuts, un véritable désastre en essayant de réprimer une révolte de paysans de la province de Ditmarsk. Sten Sture put reprendre le pouvoir et le transmettre à Svante Sture (1 503). Hans ne se résigna pas ; il fit, pendant toute sa vie, une guerre acharnée à la Suède et, en 1512, il sembla près de 1 emporter, car Svante Sture venait de mourir et le parti unioniste reprenait courage. Mais le fils de Svante Sture, Svante Sture le Jeune, âgé de vingt ans, courageux et patriote, fut fait administrateur du royaume. Il eut un redoutable adversaire en Christian 11 qui, devenu, après la mort de H ans (1513), roi de Danemark et de Norvège, continua la politique de son prédécesseur. Christian s’efforça de consolider la royauté en limitant très nettement les prérogatives de l’aristocratie. Il restreignit la compétence judiciaire de l’Eglise et l’influence du clergé, en même temps qu’il s’attachait les campagnes et les villes. Plus tard, sous l’influence de Sigbrit, une veuve hollandaise, mère de sa favorite, il essaya de se rapprocher des Pays- Bas; il espérait ainsi annihiler la suprématie économique de la ligue Hanséatiqueet,en particulier, de Lubeck.
Christian reprit le projet de soumettre la Suède ; il trouva, dans ce pays, un très chaud partisan en la personne de 1 archevêque Gustave Trolle, l’ennemi le plus acharné de Sten Sture. Mais le prélat fut déposé pour avoir voulu aider Christian dans 1 assaut de Stockholm! 1 5 1 7).
Sten Sture songea à ce moment à créer un Etat national : il mourut
Christian 11. — Peinture de Jan Gossaert.dit Mabuse. — Musée de Copenhague. Cl. Hlli.iu.
CONSTITUTION DES ETATS EUROPEENS
pendant l'invasion danoise de 1520. Christian assiégea alors Stockholm. qui lui ouvrit ses portes sans avoir longuement résisté, et il fut proclamé roi héréditaire de Suède. Sa victoire lui fit perdre toute mesure. .A l’instigation de Trolle, il fit traîtreusement emprisonner tous ceux qui assistaient aux fêtes du couronnement et. après une parodie de jugement, en fit exécuter une centaine. Le « bain de sang de Stockholm i provoqua une indignation qui décida du sort du tyran.
Gustave \ asa, fils d’un des conseillers exécutés, leva l’étendard de la révolte en Dalécarhe, et. à la tête d une armée de paysans, réussit bientôt à libérer la Suède, sur laquelle i 1 fut appelé à régner. En Danemark, les nobles et les évêques se révoltèrent contre la tyrannie de Christian, qui dut s enfuir. Solennellement élu roi de Suède, Gustave \ asa reprit Stockholm et, la même année, Frédéric devint roi de Danemark et de iNonège sous le nom de Frédéric F'*'.
Ces faits marquent la fin de l’histoire des pays du Nord au .Moyen âge. L’Union de Kalmar était dissoute. Un royaume suédois était créé, qui, sous Gustave \ asa, devint la plus grande puissance du Nord, et une ère nouvelle s’ouvrait également pour la nation danoise. Seule, la .Norvège n’était pas touchée par les événements, n’étant guère qu’une dépendance du Danemark ; mais la période comprise entre 1520 et 1530 a fXDur elle, comme pour les deux autres pays Scandinaves, une importance capitale, parce qu elle est signalée par l’établissement du luthéranisme.
L’hittoire des États Scandinaves a été renouvelée depuis quelque cinquante ans et la bibliographie du sujet est presque complètement Scandinave ; des ouvrages comme celui de Gefîroy {Histoire des États scartdinaoes, 1851) n’ont plus aucune valeur scientiBque.