‹ Histoire générale des races humaines;Chapitre 41 sur 47 · MINIMA · texte numérisé non relu

MINIMA

Je croîs inutile d'insister longuement sur les conséquences qui ressortent de ce tableau. On voit que l'indice maximum 100 apparaît chez les Chinois, chez les Esquimaux, chez divers indigènes américains, chez les tribus sauvages de Tlnde ; l'indice 66 figure à titre de maximum chez les Nègres et les Persans, à titre de minimum chez les Esquimaux, les Tikopiens, les Maoris, les Néo-Irlandais, lesNéo-Calédoniens,

les Koles, etc. L'indice capillaire ne fournit donc pas plus que les autres de caractères absolus.

La chevelure n'en a pas moins une valeur très réelle pour la caractérisation des groupes fondamentaux de Thumanité. Elle fournit également des caractères pour la distinction des races secondaires. Enfin, elle peut donner aussi des indications parfois très précises sur les croisements intervenus entre diverses races. Pour Pruner-Bey, un nombre même très petit de cheveux bien caractérisés, un seul, dit-il, mêlés à une chevelure d'un type différent, suffît pour révéler une origine ethnique

multiple et pour permettre de préciser les éléments qui ont concouru au métissage. Sans aller aussi loin que le faisait Téminent anthropologiste, on peut admettre celte conclusion, qui concorde avec quelques faits observés chez les moutons.

Sans même recourir au microscope, il est parfois facile de reconnaître le métissage, grâce aux caractères généraux de la ,, ,'' ^, ,„ .„ ^ .,. , chevelure. Par exemple,

hiG, 171. — Cafuso. (Hamillon Sinilh.) ^

là 011 les Jaunes et les Noirs se trouvent en contacf, elle présente souvent chez les métis des caractères intermédiaires faciles à constater; elle est à la fois très crépue et très rude. 11 en est de même chez les Cafusos du Brésil, métis de Nègres et d'indigènes (fig. 171). Toutefois, dans le croisement multiple du Malais, du Blanc et du Négrito, le triple métis paraît garder la chevelure lisse du premier, à en juger parla photographie de M. Montano (fig. 44).

Ainsi s'explique l'existence, aux Philippines, des Nègres à cheveux lisses dont ont parlé divers auteurs.

La chevelure grosse et raide serait donc un des traits qui résistent le mieux à réprouve du croisement. Les observations de M. Montano

CARACTÈRES PHYSIQUKS. 207

concordent sur ce point avec celles que 1 on a faites en Amérique. Humboldt a vu la chevelure indigène persister, même après plusieurs générations, malgré le croisement unilatéral vers le Blanc.

Les considérations tiré(»s de la couleur des cheveux conduiraient à des résultats assez analogues aux précédents. Toutefois, il est à remarquer que Tentre-croisement est ici bien plus marqué. Tous les Jaunes et les Nègres ont des cheveux noirs. Bien des Blancs sont dans le même cas. On trouve des blonds chez les Finnois aussi bien que chez les Aryans. Enfin, les cheveux roux ont été signalés dans les races les plus diverses, appartenant aux trois types fondamentaux, comme je l'ai dit plus haut.

III. — La couleur de la peau est un des caractères qui frappe le plus et auquel on a longtemps attaché le plus d'importance, comme l'attestent les noms généralement donnés aux trois types de l'humanité. Il n'en est pourtant pas de plus variable. Ici la fusion est complète et se fait en tout sens, du noir au blanc, au jaune brun et au rouge de brique ou de cuivre. L'entre-croisement n'est pas moins accusé. Des races très pures et appartenant à des types fondamentaux différents se ressemblent parfois par ce caractère, auqu(»l on attache ordinairement, mais à tort, une si grande valeur. Le Bichari, que toute son organisation rattache aux Sémites et, par conséquent, au tronc blanc, a le teint plus franchement noir que bien des Nègres; le Boschiman, que l'on ne peut séparer du tronc noir, est d'une teinte jaune ; dans l'Inde, chez les castes élevées, la couleur varie d'une teinte analogue à celle des Européens méridionaux au noir plus ou moins accusé, sans que les autres caractères soient altérés. Ram-Mohun-Roy, le célèbre brahmane, réunissait les traits les plus purs à un teint presque noir foncé. {A spécimen of colonr approaching to black, Prichard.) (fig. 172).

Sans multipUer ces exemples j'ajouterai que la couleur varie parfois, mais non toujours, d'une manière très remarquable, chez les individus soumis à certaines conditions de miheu, parmi lesquelles la lumière me semble jouer le rôle principal. C'est là un fait facile à constater, à Paris même, chez les déchargeurs de nos ports et les dragueurs. Un de ces derniers sur lequel j'ai, à diverses reprises, attiré l'attention de mes auditeurs, avait le torse entier d'une teinte presque aussi foncée que celle de certains Nègres que j'avais pu voir dans les rues du Caire, bien qu'il eût tous les traits et la chevelure d'un ouvrier parisien.

Le croisement paraît exercer une influence marquée dans certains cas de variation de la couleur. J'ai déjà rappelé que le teint du Mulâtre n'est pas vraiment intermédiaire entre celui du Blanc et du Nègre. D'ordinaire, il est relativement plus jaune. Les expériences de Darwin

Fjg. 172. — Rain-Mohun-Uoy.

sur les résultats du croisement entre races de pigeons diversement colorées permettent d'expliquer ce fait. Il en est autrement de la coloration que présentent les métis d'Anglais et de Maori. Ils ont parfois, dit Fitz-Roy, le teint des vrais Peaux-Rouges. Les observations du docteur Cailliot, faites sur divers points de la Polynésie, confirment celles de l'amiral anglais. Ces faits nous donnent, ce me semble, au moins des

indications sur l'origine des teintes plus ou moins rougeâtres ou cuivrées, tant de fois signalées chez certaines populations à caractères mixtes et qui se sont montrées depuis des siècles jusque chez quelques Nègres de TAfrique orientale, comme Tattestent les peintures égyptiennes et la collection de M. de Froberville exposée dans les vitrines du Muséum.

Des faits que je viens d'indiquer, il résulte que la couleur de la peau n'a pas grande valeur lorsqu'il s'agit de caractériser les groupes fondamentaux de l'humanité. Toutefois, elle permet de reconnaître, presque à coup sûr, les populations se rattachant au tronc blanc, lorsque la teinte est bien accusée et surtout quand l'épiderme est en même temps assez transparent pour laisser apercevoir le rose des joues, la couleur bleuâtre des veines sous-cutanées. Jamais rien de pareil ne se montre dans les races colorées. En outre, les diverses nuances du teint fournissent de bons caractères pour distinguer les groupes secondaires. A ce titre on ne saurait leur refuser une importance réelle, quoique moindre que celle qu'on leur attribuait jadis.

Dans le métissage, la teinte du Nègre se fait sentir pendant bien des générations, malgré le croisement unilatéral dans le sens du Blanc. On sait jusqu'oîi va, chez les Créoles d'origine européenne, la faculté de reconnaître la moindre trace de sang noir. Il n'en est pas ainsi de la couleur plus ou moins rouge des populations américaines. Celle-ci s'efface complètement dès la seconde génération, parfois dès la première, par le croisement avec le Blanc.

Il en est tout autrement de la couleur de l'iris des Mongols et des Américains. La couleur noire et l'expression générale de l'œil sont un des traits qui se transmettent avec le plus de persistance, malgré de nombreux croisements avec la race blanche. Humboldt avait déjà fait cette observation. M. Ferdinand Denis m'a dit avoir reconnu à ce caractère l'origine en partie indienne d'une dame, qui comptait seulement un cacique parmi ses aïeux.

IV. — L'ensemble de la face et chacun des traits dont elle se compose sont pour beaucoup dans la distinction que chacun établit instinctivement entre les races humaines. Mais cette appréciation est souvent peu raisonnée et conduit à des erreurs. Ce qui frappe avant tout, c'est la physionomie, c'est-à-dire quelque chose de très fugace, de très instable et que l'on a jusqu'ici cherché vainement à analyser et à préci-

BiBL. ETHN. — Races humaines; fntrod, ik

ser. On ne tient pas habituellement un compte suffisant de Tinfluence exercée par le costume sur l'impression produite chez un Européen par le visage d'un Malais ou d'un Peau-Rouge. Pourtant, ce qui se passe dans nos bals déguisés devrait suffire pour se mettre en garde contre les conséquences qu'entraîne souvent ce genre d'appréciation. Qui de nous n'a quelquefois hésité à reconnaître la figure qui lui était la plus familière, par cela seul que l'individu avait changé de coiffure et de vêtements?

Le voyageur, au premier aspect d'un Peau-Rouge en grand costume de guerre ou d'un Balinais qui a laissé son torse nu et porte son sabre entre les épaules, s'exagère aisément les différences qui les séparent de nous. Qu'il revoie ces mêmes individus habillés à l'européenne et il sera tout surpris de voir qu'ils ressemblent fort à ses compatriotes. Bien souvent la couleur de la peau lui rappellera seule la différence des races. C'est ce dont on peut s'assurer en consultant les portraits photographiés réunis aujourd'hui en grand nombre dans nos collections ; c'est ce que permettent de constater les observations que chacun peut faire de temps à autre dans nos rues.

Les traits du visage n'en ont pas moins, en anthropologie, une grande importance. Malheureusement il n'est pas facile de préciser les caractères que l'on peut en tirer. La fusion, l'entre-croisement se montrent ici comme ailleurs, et il est le plus souvent impossible de recourir à des mesures permettant d'obtenir des moyennes numériques. Des recherches sur le rapport entre la hauteur totale de la tête et divers diamètres transverses conduiront peut-être à quelque résultat utile. Mais, en somme, Viîidice nasal extérieur, étudié par M. Topinard, me semble seul avoir une valeur réelle. Ici les limites de variation sont très considérables et plusieurs grands groupes humains s'échelonnent assez régulièrement. Toutefois, les Polynésiens {Blancs Allophyles) se trouvent réunis aux races nègres ; les Tsiganes [Blancs Aryans, plus ou moins métissés) prennent place entre lesKalmouks(/aww^5) et les Peaux-Rouges {Blancs Allophyles j parfois fortement métissés) au milieu des races jaunes ; les Géorgiens {Blancs Allophyles), se trouvent classés dans le même groupe;... l'entre-croisement reparaît donc encore ici, même en s'en tenant aux moyennes, et serait bien plus accusé encore si l'on prenait en considération les variations individuelles, les maxima et les minima.

J'ai déjà parlé de ToBil oblique et bridé des Mongols et des Chinois. Bien que ce caractère, très bien étudié par M. Deniker, apparaisse ailleurs d'une manière erratique, il conserve une valeur réelle, quand il existe dans un ensemble de population. Il peut aussi rendre de vrais services en trahissant le métissage d'un type donné avec la race mongolique, comme on l'a vu chez les Dacotas du Jardin d'acclimatation. Les autres traits du visage : prognathisme, épaisseur et retroussement des lèvres, empâtement des commissures, etc., prêteraient à des considérations analogues et je crois inutile d'entrer dans ces détails. Je me borne à faire remarquer au sujet du dernier de ces caractères, si marqué chez la plupart des Nègres, que les recherches de M. Hamy en ont montré la cause anatomique. Il est dû h la fusion plus ou moins complète des muscles latéraux des lèvres, habituellement isolés chez le Blanc. Ici, comme presque toujours et quoiqu'il ne s'agisse que de parties molles, le caractère extérieur n'est que la conséquence d'une disposition anatomique.

V. — La taille et les proportions du corps fournissent encore un certain nombre de caractères secondaires pouvant distinguer des groupes humains plus ou moins circonscrits. Mais ces caractères sont, au moins dans certains cas, assez variables et placés bien manifestement sous l'influence des milieux. L'histoire des Irlandais de Flews en est la preuve. Ce qui se passe chez nous-mêmes dans les grands centres manufacturiers sufBrait pour le démontrer. Les populations ouvrières, dont le docteur Morel a fait la triste histoire, constituent en réalité autant de races dérivées, filles des populations voisines que de meilleures conditions hygiéniques ont maintenu saines et fortes. Les races européennes transportées aux colonies sont parfois aussi modifiées au même point de vue, sans dégénérer pour cela. Les Français ont diminué de taille dans les îles du Mexique ; les Anglais ont grandi dans le Kentucky et dans l'ouest des États-Unis.

Comme tous les caractères accessibles à des mesures précises, la hauteur totale du corps met en relief d'une manière frappante les deux faits de la fusion et de Y entre-croisement. Je ne crois pas avoir besoin de reproduire ici le tableau de cent soixante-trois tailles humaines que j'ai donné ailleurs. Quoiqu'il soit composé surtout de moyennes, on y voit, du Boschiman aux insulaires de Tonga-Tabou et de SchifTer, la taille grandir progressivement depuis 1 mètre jusqu'à

1",93. D'un terme k Tautre, la différence est souvent de quelques millimètres, bien rarement d'un centimètre, jamais d'un décimètre. Il est évident que si nous avions la mesure de tous les individus qui ont donné ces moyennes, ces différences seraient encore bien moindres et vraiment insensibles; la fusion deviendrait complète.

Mais, ce que ce tableau met surtout en évidence, c'est Y entre-croise» ment. La même taille réunit les populations les plus disparates, appartenant aux races les plus diverses, par exemple des Australiens, des Quichuas et des Anglais (1",600); des Allemands, des Nègres et des Charmas (1°,680); des Anglais, des Esquimaux et des Australiens (ln»,714), etc. En outre, les Blancs, les Jaunes et les Noirs sont entremêlés de la manière la plus bigarre. La moyenne des Français appartenant aux classes aisées se trouve placée entre les Charmas et les Ojibbewais ; 1^ moyenne des Belges et des Anglais entre les Nègres de Sokoto et les Indiens des Pampas, etc.

Tels sont les résultats qui ressortent de la comparaison des moyennes. Lorsqu'on tient compte des maxima et des minima, le fait général s'accuse encore bien davantage. Je n'en citerai qu'un exemple. Entre les Belges de la plus petite taille et ceux qui présentent la taille moyenne, on rencontre quarante races ou populations différentes et parmi elles des Nègres, des Fuégiens, des Juifs, des Français, des Allemands, des Bugis, des Hottentots, etc. Entre cette même moyenne et la taille maximum, quarante-quatre autres races ou populations sont échelonnées, et parmi elles encore il s'en trouve de toutes les parties du monde. Ainsi, entre le plus grand et le plus petit Belge, il n'existe pas moins de quatre-vingt-quatre degrés de hauteur que l'on retrouve chez autant de populations les plus différentes réparties sur presque tout le globe.

VI. — Toutes les parties du squelette fourniront peut-être un jour des caractères plus ou moins importants, propres à distinguer les races humaines. Toutefois, comme je l'ai dit plus haut, cette étude est encore peu avancée pour le tronc et les membres, ce qui tient surtout à la rareté relative des squelettes entiers réunis dans nos collections. Pourtant, M. Veraeau a pu décrire et mesurer 208 bassins des deux sexes et de diverses races. De ce travail, bien supérieur à tous ceux que l'on possédait sur le même sujet, il résulte clairement que cette grande ceinture osseuse présente, dans les divers groupes humains, des particularités caractéris-

Fio. 173.— Coupe de tibia normal.

tiques, dont on fera un jour usage. Mais l'auteur n'a encore publié que des résultats descriptifs sans rien dire des applications. A coup sûr, cette étude, quand elle sera faite, conduira à des résultats généraux analogues k ceux que j'ai déjà signalés ; elle fera ressortir, elle aussi, la fusion et Y entre-croisement des caractères. Déjà les recherches de M. Turner sur l'indice du sacrum mettent ce dernier en relief d'une manière frappante. Parmi les dolichohiériques de cet auteur, les Chinois figurent entre les Tasmaniens et les Aïnos; parmi les platyhiériqueSyles^ègres africains et mélanésiens sont placés entre les Européens et les Polynésiens.

Aux membres inférieurs, les cannelures du péroné, le plus ou moins de développement de la ligne âpre du fémur ont à juste titre attiré l'attention. Il en est de même aux membres supérieurs pour la perforation de la fosse olécranienne, pour le rapport existant entre les os longs...

La clavicule elle-même a donné lieu à quelques recherches intéressantes.

Mais on comprend que je ne saurais insister ici sur des particularités qui, pour la plupart n'ont qu'un intérêt secondaire, ou qui sont relatives seulement à des groupes peu nombreux et circonscrits. L'ouvrage si complet de M. Topinard me dispense d'ailleurs d'entrer dans ces détails.

Je dois pourtant dire quelques mots du platyaiémisme. On sait que ce caractère consiste en un aplatissement plus ou moins marqué de la moitié supérieure du tibia dont la coupe, au lieu de rester triangulaire conune elle l'est normalement (fig. 173), s'arrondit d'un côté et s'allonge de l'autre (fig. 174). Considéré d'abord comme propre aux populations préhistoriques de l'Europe, il a été retrouvé depuis chez les races contemporaines les plus diverses des deux continents. Cela seul indique que l'entre-croisement se manifeste ici comme ailleurs. Les études de M. KuhfT, qui a calculé le rapport existant entre les diamètres antéro-postérieur et transverse dans un certain nombre de tibias platycnémiques, ont précisé pour quelques races ce résultat général. L'indice 66 réunit des Chinois et des Canariens et place les uns et les autres entre les anciens habitants de la caverne

Fio. 174.— Coupe de tibia platycnémique.

214 (jtKSTlONS GÉNÉRALES,

de l'Homme-Mort (ind. 64) et ceux de la grotte d'Orouy (ind. 67). Les Nègres d'Afrique (ind. 71) occupent un rang intermédiaire entre les Français du huitième siècle (ind. 70) et ceux du quatrième au dixième siècle (ind. 73). Les Néo-Calédoniens (ind. 68) sont séparés de leurs frères africains par les hommes néolithiques de Cravanches (ind. 69).

VL — Les caractères tirés de la tête osseuse ont une tout autre importance que les précédents et il en est plusieurs dont la valeur est de premier ordre, qu'ils soient empruntés au crâne ou à la face considérés isolément, ou bien aux rapports réciproques de ces deux régions. C'est là ce qu'ont bien compris les anthropologistes, par suite de la puissante impulsion donnée à cet ordre d'études par Broca, qui, malgré les travaux antérieurs de Blumenbach et de Retzius, peut être regardé comme le véritable fondateur de la craniologie ethnique. En moins de vingt ans, grâce aux leçons et à l'exemple de ce maître, les méthodes d'investigation se sont multipliées, les résultats se sont accumulés, si bien qu'il serait impossible d'en donner une idée même très incomplète. Ici encore, je ne puis que renvoyer au livre de M. Topinard et présenter quelques observations générales, faites dans le même esprit que les précédentes.

VII. — Les caractères empruntés à la tête osseuse font ressortir tout autant que la taille elle-même, les deux faits de la fusion et de 1'^tre-croisementy sur lesquels je ne saurais trop appeler l'attention. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter un coup d'œil sur le tableau de Morton, reproduit plus haut et relatif à la capacité du crâne (p. 204). La première colonne, indiquant les moyennes, montre que les termes successifs de la série ne diffèrent, le plus souvent, que de 1 ou 2 pouces cubes. Une seule fois entre les Germains et les Anglais, la différence est de 6 pouces cubes (90-96), et elle est, en effet, assez considérable. Mais, si on se reporte à la colonne des minima, on voit que parmi les Anglais il en est dont la capacité crânienne est seulement de 91 pouces cubes. C'est exactement le chiffre des Chinois les mieux doués sous ce rapport. En revanche, la colonne des maxima montre que chez quelques Germains la capacité du crâne monte à 114 pouces cubes, et que quatre races seulement restent, sous ce rapport, inférieures au chiffre minimum de certains Anglais. Par conséquent, à considérer les individus, un grand nombre d'Anglais se trouveraient mêlés aux races les plus différentes. Même en s'en tenant aux moyennes, on voit

que les anciens Égyptiens et nos frères les Hindous sont séparés des autres races blanches par les Nègres, les Chinois, les Polynésiens, les Peaux-Rouges.

Les nombres qui figurent dans le tableau de Morton, conune tous ceux que Ton a publiés sur le même sujet, expriment la grandeur absolue de la cavité crânienne. Mais celle-ci est à bien peu près constamment moulée sur le cerveau qu'elle renferme ; elle doit donc s'amoindrir ou grandir avec lui. Or nous verrons plus loin que, à en juger par le poids, le développement de cet organe dépend en partie de la taille. Il ne peut qu'en être de même pour la capacité du crâne. Dans les comparaisons entre races humaines auxquelles on s'attache parfois, il y a là un fait important dont on n'a pas tenu compte et qu'il est pourtant peu logique de négliger.

VllI. — A raison de la haute valeur que tous les anthropologistes lui reconnaissent, je crois devoir insister quelque peu sur l'indice céphaligue horizontal. On sait que Retzius avait cru trouver dans le rapport existant entre les diamètres antéro-postérieur et transverse du crâne un moyen de répartir toutes les races humaines en deux groupes fondamentaux : les brachycéphales (fig. 175, 176 et 177), et les dolichocéphales (fig. 178, 179 et 180). On sait conunent Broca, reprenant cette idée, ramena à la forme décimale les rapports admis par Retzius et créa sa méthode des indices qui a rendu à l'anthropologie des services si nombreux et si grands. Les recherches de notre compatriote ont bien montré en quoi le savant suédois s'était mépris. L'indice horizontal ne caractérise pas les groupes primaires de l'humanité. Mais il retrouve toute son importance dans la répartition des races appartenant à chacun d'eux.

L'étendue des limites de variation de l'indice horizontal est considérable. Huxley a publié la description et les figures de deux crânes qui ont été longtemps considérés comme présentant les rapports extrêmes existant entre les deux principaux diamètres céphaliques. L'un est celui d'un Mongol dont l'origine précise n'est pas exactement connue (fig. 175, 176 et 177). Chez lui, l'indice monte à 98,21. L'autre a appartenu à l'un de ces Papouas dont les ancêtres précédèrent les Maoris à la Nouvelle-Zélande (fig. 178, 179 et 180). Ici l'indice horizontal descend à 63,54. Le premier de ces crânes reste jusqu'à ce jour le type des brachycéphales. Il en est autrement du crâne maori. M. Miklucho*

Maclay assure avoir mesuré une tête osseuse d'Australien, dont l'indice descend à 53,00. Si le chiffre donné par l'éminent voyageur a été fidèlement reproduit, on voit que la différence entre la brachycéphalie et

Fio. 175. — Brachycéphalie extrême, Mongol, profil. (Huxley.)

la dolichocéphalie pourrait aller jusqu'à 45,21 ; mais peut-être est-il permis de conserver quelques doutes à cet égard, il en est autrement des résultats suivants qui se confirment mutuellement. M. Flower a fait

FiG. 176. — Brachycéphalie extrême, Fio. 177.— Brachycôphalie extrême,

Mongol, face. (Huxley.) Mongol, norma verticaiis, (Huxley.)

connaître l'indice d'un Fidjien et M. Oldfield Thomas, celui d'un Papoua du détroit de Torrès, descendant tous deux à 61,90. De son côté, M. Mantegazza a mesuré une tôte de Papoua, de Mysore, dont l'indice

horizontal arrive à 61,80. La différence entre la dolichocéphalie et la brachycéphalie extrêmes est donc à coup sûr au moins de 36,41.

Pio.178. — Dolichocéphalie extrême, Papoua Maori, profil. (Huxley.)

La distance est naturellement moindre lorsqu'on compare les moyennes obtenues en mesurant un ensemble de crânes; et, en outre,

Fio. 179. — Dolichocéphalie extrême, ^'o. 180. — Dolichocéphalie extrême,

Papoua Maori, profil. (Huxley.) Papoua Maori, norma. (Huxley.)

les extrêmes moyens ne se rencontrent ni dans Tune ni dans l'autre des deux races, dont les extrêmes individuels sont le plus éloignés.

M. Topinard regarde les Aléoutes et les Fidjiens comme présentant les indices moyens extrêmes. Celui des premiers est 86,5; celui des seconds 66,3. La différence est donc 20,2.

Certes, à considérer isolément ce résultat et la diversité de forme existant entre ces têtes osseuses, un polygéniste pourrait croire y trouver un argument en faveur de ses doctrines. Une étude quelque peu sérieuse de la question ramène vite à d'autres conclusions. Il suffit pour cela de se reporter au tableau ci-joint que j'emprunte à Broca, tout en me permettant de modifier légèrement l'œuvre de mon éminent et regretté confrère. On sait que sa notation indique en dix millièmes le rapport entre les deux diamètres du crâne. Je ne présenterai ici que les centièmes et réunirai par des accolades les populations de même indice, ce qui permettra de saisir plus aisément les faits généraux. J'ajoute aussi quelques races qui figurent sur un autre tableau dû à Pruner-Bey et qui manquent à celui de Broca :

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