MARCHANDISES. ESCLAVES
Drap ëcarlàte 4 aunes . i
Eau-de'Vie • 100 pintes. 1
Barres de fer % 3o i
Fusils communs 4 >
Fusils garnis de cuivre jaune 1 1
Épiées 4 livres, i
Iris de Florence 4 livres . 1
Laine ëcarlàte 3o livres . 1
Pistolets ? 3 paires, i
Papier 12 rames. 1
Étoffes rouges et jaunes 3o aunes, i
Petits bassins de cuivre 3o 1
Quintin 6 pièces. 1
Calicots de cinq aunes et demie 5 pièces. %
Grains de verre, petits et gros, de mille ^u rang. . 5 rangs, i
Le royaume de Sin n'a que deux ports pour Iç commerce, sur la cote occidentale d'Afrique ; Joale et Faquiou (i). Le plus considérable est le premier; parce que l'ancrage y est plus sûr , et le débarquement plus aisé. La ville est grande et peuplée. Qupique les habitai^ts soient insolents et grossiers , ils aimenf: le commerce; et, lorsqu'on s'est accoutumée leurs manières , on peut trouver avec eux beaucoup d'avantages. Deux raisons avaient déterminé la compagnie français^ à s'y faire un comptoir, i** La certitude de s'y proçur^ près de deuîç: çent3. esclaves, plus de trois mille cuirs, douze 011 quinze cents quintaux d'ivoire, et quatre ou cinq cents quintaux de cire jaune, sur le même tarif que celui du damel; de sorte qu'ep tenant ses magasins bien remplis, la compagnie
(i) D'Anvillc, sur sa carte, nomme ce lieu Faghioup.
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était sûre d'y jouir de tout le commerce, et d'éloigner par conséquent tous les vaisseaux d'interlope. 2** La nécessité de tenir le damel en respect , et de se garantir de ses caprices, dont les Français avaient Élit plusieurs fois l'expérience. Le bour, ou le roi de Sin, étant sans cesse en guerre avec le tin et le damel, ses deux voisins, les différends continuels de ces trois princes tournent à l'avantjigé de la compagnie, qui est en état, lorsqu'elle tient ses magasins bien garnis, d'acheter tous les prisonniers qu'ils font l'un sur l'autre, et qui s'enrichit ainsi de leurs pertes.
Outre les marchandises qu'on a nommées, Joale est capable de fournir à l'île de Gorée et aux vaisseaux qui viennent sur la côte , toutes les provisions qui peuvent être nécessaires. Les bœufs y sont en abondance, la volaille commune et à bon marché. Six cents barils de maïs, p'esant chacun deux cents livres, s'y donnent pour une barre. Cinquante ou soixante mesures de riz, chacune du poids [ordinaire de quatre cents livres , n'y coûtent pas plus de quatre barres, quand le riz est nettoyé, et se donnent autrement pour deux.
A Faquiou, treize ou quatorze lieues au sud do' Joale , on ne paie le sel transporté à bord que trois livres le baril, c'est-à-dire la valeur de cette somme en fer, en bouges, en couteaux, et en verres rouges; de sorte que trois cents livres de sel ne reviennent qu'à trente-six francs. C'est encore une voie que la compagnie prend pour mortifier le damel, dont les revenus consistent dans les salines de Bieurt.
L'auleur n'a pu se défendre, dit-il , de donner place ici à l'artifice des nègres d'un village voisin de Joale. Ils avaient publié, dans le canton, que tous les chevaux qui entraient dans leur village mouraient subitement. Les Français et les Aoglais s'étaient laissés persuader par ce bruit, surtout depuis qu'un facteur français, nommé Moreau, y avait perdu son cheval par un accident qui l'aurait fait périr de même dans tout autre lieu. Enfin la mort de ce cheval avait confirmé le récit des nègres, jusqu'à ce que Brùe, s'infôrmant de la vérité dans le village même, découvrit que c'était une ruse des habitants, inventée pour empêcher que le bour-sin, leur roi, ne leur, rendît de si fréquentes visites, parceque ce prince ne passait jamais chez eux sans enlever tout ce qu'il trouvait de son -goût. Brùe ayant traversé plusieurs fois le même village à cheval , sans avoir éprouvé le moindre accident, les nègres eurent encore la malice de répandre qu'il s'en était garanti par la vertu d'un gris-gris français. Le bour , qui ne pouvait se procui^er un grisgris si puissant , n'en eut que moins de hardiesse à visiter le village; et vraisemblablement les nègres auraient empoisonné ses chevaux, pour se délivrer de Fhonneur dangereux de le voir; car les rois nègres ne marchent jamais qu'à cheval.
De Joale jusqu'à la rivière de Palmerin, on compte sept lieues qui font à peu près toute l'étendue du royaume de Sin au long de la côte. Il est beaucoup plus large de l'ouest à l'est. Le terroir en est fertile et bien cultivé, à l'exception des frontières, que les incursions des sujets du tin et du damel ont rendues
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fort désertes. On trouve dans oe pays une grande aboudance de palmiers et de bananiers, avec beaur coup de fruits et de coton. Les nègres de Joale sont fiers et bnitaux. Le seul moyen de les tenir dans la soumissioQ, est de se bien fortifier dans un comptoii* bâti de pierre; car ils n'ont point assez d'adresse et de force pour entreprendre un siège. Mais pour leui* inspirer plus de terreur , il serait à propos que les vaisseaux qui font le commerce sur cette côte, mouiK lassent quelquefois dans leur port; qu'ils y prissent leur provision d'eau et de bois; et qu'iU y chargeassent plus souvent les marchandises du pays , c[ui demeui'ent dans les magasins.
Le principal commerce du royaume de Salum se fait au village de Cahone ou Cohorae (i) , près de l'endroit oîi , dit-on, la rivière de Gambie forme celle de Salum (2). On y pourrait établir un bon comptoir, parce que les marchands mandinjgues s'y arrêtent avec l'or, l'ivoire et les esclaves qu'ils ont tirés des royaumes de Tombuto (Tombouctou), de Bambarra Cana, et des autres régions plus orientales. Ils seraient fort satisfaits de trouver à Cahone un marché, ce qui leur épargnerait cinq ou six jours de chemin jusqu'aux comptoirs d'Albreda et de Jilfray, sans compter les drqitjs considérables qu'ils sont obligés de. payer au roi de Barra. La meilleure saison pour l^ commerce de Cahone est depuis le mois de novembre jus^qu'au mois
(i) D*AnvlUe écrit Cahone.
(2) Ceci est inexact. La rivière de Salum n'est pas un bras de celle de Gambie, et les cartes actuelles n'établissent aucune communication.
de mai, en ménageant sa route pour s'y trouver au commencement de janvier, qui est le temps auquel on y voit arriver les marchands mandingues. Ils y amènent annuellement sept ou huit cents esclaves. Ils y apportent une grosse quantité d'ivoire, et souvent quatre cents marcs d'or.
Les Anglais qui sont établis sur la rivière de Gam^ bie, et qui traversent autant qu'il leur est possible le commerce des Français, vont jusqu'à Barraconda(i) pour rencontrer les Mandingues. Mais comme ils manquent souvent de facteurs pour entreprendre ce voyage, les marchands nègres ne les trouvant point au rendez-vous, sont alors obligés de descendre à Jilfray, où les Anglais ont un comptoir, vis-à-vis Jamesfort. Il arrive de là que les Français du comptoir d'Albreda partagent leur commerce; d'autant plus que sur la réputation d'avoir de meilleures marchandises , et d'être plus civils que leurs compétiteurs , les Mandingues les préfèrent toujours aux Anglais. Mais l'auteur observe qu'outre ce§ deux raisons, ils sont assez vengés par la iport presque certaine de trois ou quatre agents du comptoir anglais, que leur intempérance et la saison des pluies font périr tous les ans. Ensuite ces places étant remplies par de nouveaux facteurs, qui ne sont accoutumés ni au climat, ni au commerce du pays, le tort qu'ils peuvent
(x) Dans le royaume de Wouli , et où la Gambie a une chute considérable. On ne l'avait pas remontée plus haut, et ce lieu formait l'extrémité des connaissances géographiques. Conda doit être un mot raandingue, car il termine beaucoup de noms de lieux : Mauraconda , FouHconda > Eraconda, etc.
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causer à la compagnie française n'est jamais fort redoutable.
Ija meilleure voie , continue l'auteur, que le comptoir de Gorée puisse prendre pour conserver son commerce, et l'étendre dans l'intérieur des terres, serait, i** d'entretenir les forts et la garnison de Gorée dans un état qui ne lui laissât rien à craindre des ennemis de l'état en temps de guerre , ni des pirates et des nègres pendant la paix; 2" d'avoir'ses magasins toujours bien fournis de marchandises de l'Europe ; 3® de n'être jamais sans quelques vaisseaux bien armés, pour éloigner les bâtiments d'interlope ; enfin d'être sans cesse en état de contenir les nègres par la terreur, et de les forcer à l'observation des anciens traités. Il faudrait s'attacher surtout à nourrir les jalousies dont le fond subsiste toujours entre le damel et le tin, et ne jamais permettre, s'il était possible, que les couronnes de ces deux princes se trouvent réunies sur la même tête. En conservant ces deux puissances dans l'équilibre , la compagnie française sera toujours en état de leur faire .la loi, ou du moins d'empêcher qu'elles ne puissent imposer de nouveaux droits sur les marchandises, hausser le prix des provisions , ou retrancher la liberté de prendre de l'eau et du bois dans leurs ports.
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DE BBUE (1714)-
Tarif des échanges , pour les cuirs et les esclaves ^ à Rufisque y Portudale etJoale, avec le damel, le bour-sin et leurs sujets.