EMBOUCHURE DU NIGER
Problème du cours du Niger. — Nouvelle expédition confiée à Richard Lander. — Son frère John l'accompagne. — Leurs instructions. — Départ de Plymouth. — Arrivée à Bagadry. — Voyage par terre de Bagadry à Katunga. — Katunga. — Le roi Mansolah. — Boussa. — Renseignements sur le sort de Mungo Park.— Ses papiers.— Espérances déçues. — Navigation sur le Niger. — Yaourrie. — L'autruche déplumée, — Retour à Boussa. — Consultation de l'eau noire. — Le soleil traînant la lune à travers les cieux. — Départ. — Adieux des naturels. — Lever. — Patashie, — Navigation sur le fleuve. — Bajiebo. — Zangoshie. — Rabba. — Egga. — Navigation de nuit. — Une mouette. — Kacunga. — Craintes. — Jonctions du Chary ou Tshadda et du Niger. — Débarquement. — Effroi des naturels. — Situation périlleuse des voyageurs, — Bocqua. — Atta. — Damuggo. — Dangers et pillage. — Palabre. — Sentence. — Eboe. — Le roi Obie. — Le roi Boy. — Brass, — Le capitaine Lake. — Ses infamies. — Arrivée des deux frères en Angleterre. — Seconde expédition. — Mort de Richard Lander.
Le temps approchait cependant où l’association africaine allait recueillir le fruit de ses efforts et du noble dévouement des divers voyageurs dont les chapitres précédents résument les principales découvertes. Ce pays si long-temps inconnu, l'intérieur de l'Afrique, l’Europe civilisée commençait enfin à l’explorer et à le connaitre; ce fleuve mystérieux nommé le Niger, qui depuis tant de siècles avait donné naissance à un si grand nombre de conjectures, il était découvert, on l'avait
vu, il coulait de l’ouest à l'est ; on savait aussi d'une manière positive, qu’il ne se réunissait pas au Nil, qu'il ne se perdait pas dans un grand lac intérieur, mais qu'après avoir coulé à l’est pendant un certain temps , il changeait de direction et venait se jeter à l’est dans l'Océan Atlantique. Mais quels pays traversait-il pour se rendre à la mer ? Sur quelle partie de la côte mélait-il ses eaux à celles de l'Océan ? Tel était le problème important qu'il restait encore à examiner et à résoudre; telles furent les grandes découvertes faites par les deux frères Lander.
Mungo Park avait aperçu pour la première fois le Niger à Ségo ; puis , s'étant embarqué à Sansanding , sur un bateau construit tout exprès par lui et ses infortunés compagnons, il avait péri à Boussa. Le fleuve qui passait à Boussa était donc bien certainement le même fleuve qui arrosait les villes de Ségo, de Sansanding et de Tombouctou. D'un autre côté, Clapperton, débarqué à Badagry dans le golfe de Benin, s'était rendu à Sokatou par terre en traversant Boussa. En conséquence, pour connaître entièrement le cours du Niger et pour trouver son embouchure , il fallait s'y embarquer à Boussa et !e descendre jusqu’à la mer. Cette mission , non moins périlleuse que difficile, le gouvernement anglais résolut de la confier à Richard Lander, l'intelligent et fidèle domestique de Clapperton, qui, après lui avoir rendu les derniers devoirs à Sokatou, était revenu en Angleterre avec les papiers et les instructions de son malheureux maître et ami. Bien qu'on ne lui allouât aucun salaire et qu'on ne lui promit aucune récompense, John Lander s’offrit de lui-même à accompagner son frère.
Le 9 janvier 4830, nos deux voyageurs mirent à la voile à Plymouth, à bord du brick l’4erte, capitaine Tyson, pour Cap-Coast-Castle, où ils arrivèrent le 22 février après une traversée de quarante-deux jours. Le 19 mars suivant ils jetaient l'ancre dans la rade de Badagry, d'où ils partirent à la fin du même mois pour se reudre à Katunga par terre selon leurs instructions. Ils suivirent une route très-rapprochée de celle qu'avait parcourue Clapperton, passant ainsi que lui dans d'innombrables villages et dans des villes importantes. Nous mentionnerons surtout parmi ces villes , Jenni, Egga, La-