VI. — U Indo-Chine
Le Tonkin : premières tentatives des Français. —
Du jour même où les Français, sous le gouvernement de Napoléon III, eurent pris pied en Indo-Chine, les idées d'expansion commencèrent à se manifester. Elles visèrent tout d abord le Tonkin, la plus riche province de l'empire d'Annam.
Au commencement de 1873, Jean Dupuis, négociant français établi en Chine, entreprit Texploration du Soug-Koï ou fleuve Rouge, déjà étudié par la mission Doudart de Lagrée, et principale artère du Tonkin. Avec 400 Chinois armés de chassepots, il entreprit d'ouvrir le fleuve Rouge à notre commerce. L'amiral Dupré, commandant nos forces navales à Saigon, chargea le lieutenant de vaisseau Francis Garnier, à la tèle de nS hommes, de venir en aide à notre aventureux compatriote. Les mandarins annamites et tonkinois ayant pris une attitude de plus en plus hostile, Francis Garnier, avec son contingent et celui de Dupuis, c'est-à-dire moins de 600 hommes, enleva d'assaut la grande ville de Hanoï (20 novembre 1873). Puis il conquit toutes les cités du delta tonkinois. Les autorités indigènes firent appel aux Pavillons-Noirs, débris des anciennes bandes Taï-ping. Ils vinrent assiéger Hanoï. Dans une sortie contre eux, Garnier et son lieutenant Balny d'Avricourt tombèrent dans une embuscade et furent massacrés (21 décembre).
Le traité Phllastre (1874). — Philastre, inspecteur des afl'aires indigènes à Saigon, fut chargé par le duc de Broglie, président du conseil, de négocier un accommodement avec le maréchal annamite Nguyen-Van-Tuong , qui commandait au Tonkin. Par le traité de Saigon, du 15 mars 1874, la France reconnaissait la souveraineté et l'indépendance de l'empereur d'Annam, s'engageant à les maintenir contre toute puissance étrangère; en échange, l'empereur Tu-Duc nous confirmait la
loO L'EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
cession de la Gochinchine, et s'engageait à conformer sa politique extérieure à celle de la France. Le fleuve Rouge élait ouvert à notre trafic. Des consuls français, avec une escorlo de 100 hommes, seraient installés dans les ports de TEmpire. Le 31 août 1874 fut signé un traité de commerce.
L'exécution de ce traité de « protectorat » se trouva d'abord confiée à Le M yre de Vilers, gouverneur de la Cochinchine. La cour de Hué ne lui rendit point la tâche facile. Elle se rapprocha de la Chine, qui de temps immémorial prétendait sur TAnnam à un droit de suzeraineté; elle autorisa l'ambassadeur du Céleste-Empire à Paris, le « marquis » de Tseng, à protester contre notre ingérence dans un pays vassal; elle laissa les Pavillons-Noirs massacrer au Tonkin nos nationaux. Le Myre de Vilers, tout en recommandant « d'éviter les coups de fusil », chargea le commandant Rivière de rétablir l'ordre. Avec 580 Français, 25 tirailleurs annamites, et avec le concours de trois canonnières, Rivière enleva d'assaut Hanoï (25 avril 1882). A Paris, le marquis de Tseng intervint de nouveau, au nom de « l'empire suzerain ». Gambetta lui fit répondre qu'on n'avait c aucune explication à fournir au gouvernement chinois ». lo traité désavantageux, négocié par Bourée, notre ministre à Pékin, ne fut pas ratifié. Rivière recommença la conquête du Delta. Il eut à se défendre dans Hanoï : dans une sortie, au Pont-de- Papier, il fut massacré (19 mai 1883).
Conquête du Tonkin; la guerre avec la Chine. —Jules Ferry envoya une escadre, sous Tamiral Courbet, et 4000 hommes sous le général Bouët. Ils résolurent de faire une diversion contre TAnnam, où Tu-Duc venait de mourir. Du 18 au 20 août 1883, les forts de Thuan-An furent bombardés, puis occupés. La cour de Hué dut signer le traité du 25 août 1883, par lequel elle reconnaissait le protectorat de la France sur le Tonkin, acceptait un résident français à Hué, nous cédait la province de Binh-Thuan, autorisait notre occupation, à titre permanent, de Thuan-An et d'aulres positions, ouvrait au commerce les ports de Tourane et Xuanday.
Pendant ce temps, Bouët avait attaqué, mais sans succès décisif, les lignes annamites auprès de la pagode de M