RETOUR DES CONSERVATEURS AU POUVOIR
onioDistes étaient désormais fondus dans le parti tory. Leurs chefs, le duc de Devonshire (ci-devant lord Hartington) et M. Chamberlain, entrèrent pour la première fois dans un cabinet Salîsbury.
Le ministère conservateur unioniste a trouvé, en prenant le pouvoir, la question d'Orient et celle des frontières de Tlnde. II a suivi en Orient la même politique que les grandes puissances européennes : indifférence à l'égard des Arméniens, intervention en Crète. Il a engagé des guerres contre les peuplades voisines de TAfghanistan, contre les derviches du Soudan égyptien, dans Touest et au sud de TAfrique. Il a fait tout pour augmenter les possessions anglaises dans le partage de ce continent : Topinion anglaise s'est montrée favorable à cette attitude et s'est montrée irritée vivement contre la France à propos de la boucle du Niger et de la question du Haut-Nil. Le ministère parait de même avoir gagné le sentiment populaire en se prononçant dans le sens d'une fédération impériale britannique. L'impérialisme est plus particulièrement représenté par M. Chamberlain, ministre des Colonies, qui semble avoir abandonné son ancien radicalisme pour se faire l'homme de l'expansion britannique. M. Chamberlain a été soupçonné d'avoir connu et peut-être approuvé l'entreprise de Jameson contre le Transvaal, il en fut accusé formellement par une commission d'enquête nommée par le parlement du Cap. Mais la commission nommée par le parlement de Westminster n'est pas allée jusqu'à lui dans la recherche des responsabilités.
La politique d'expansion oblige l'Angleterre à prévoir les coalitions et à chercher des alliances. L'Angleterre a pour rivale la Russie en Asie; elle s'est opposée aux progrès de la France en Afrique; elle a traité avec l'Italie; mais le plus puissant Etat de la Triplice, l'Allemagne, fait à l'Angleterre une concurrence industrielle et commerciale de plus en plus heureuse ; aussi les deux nations se témoignent-elles réciproquement beaucoup de mauvaise volonté. Il ne fut donc pas étonnant de voir lord Salisbury demeurer dans un splendide € isolement », dont le public anglais ne semblait pas prendre son parti aussi bien que le ministre. L'opinion a mal accueilli les projets de partage de la
Chine où lord Salisbury n*a pu que laisser c la porte ouverte » au tsar et à Tempereur allemand. M. Chamberlain a saisi Toccasion pour offrir dans un discours non ofGciel Talliance anglaise aux États-Unis. Les États-Unis, étant intervenus pour protéger le Venezuela contre la Grande-Bretagne, ont négocié avec celle-ci un arrangement pour soumettre à l'arbitrage toutes les difficultés à venir (1896). Depuis cette époque un mouvement anglais s*est dessiné en faveur d'une alliance avec la république américaine. Les essais de traité, les expéditions coloniales, poussent le Royaume-Uni dans la politique d'armement inaugurée par les puissances continentales. Des projets ont été présentés pour accroître l'effectif des troupes,sans établir le service obligatoire qui serait mal accueilli par la majorité des Anglais. Dans sa préparation de la défense nationale, le ministère s'est surtout préoccupé de la marine. Il a obtenu des crédits pour l'augmenter de façon qu'elle soit toujours égale aux forces navales réunies de deux autres grandes puissances. L'ancien programme libéral, Peace, Retrenchment^ Refomij a disparu avec Gladstone, du moins pour ce qui concerne les deux premiers articles.
Les réformes n'ont en effet pas manqué sous le cabinet Salisbury. Il en est qui sont destinées simplement à satisfaire la clientèle conservatrice. Par exemple, l'impôt foncier a été fortement réduit, au bénéfice des landlords et comme moyen de remédier à la crise agricole. Une somme de 616000 livres est inscrite chaque année dans le budget pour être distribuée en subventions aux écoles confessionnelles (1897). Une mesure importante semble indiquer la reprise de la tradition tory démocratique. Le Workmens' Compensation Acl (1898) est une loi sur la responsabilité des patrons en cas d'accident qui modifie, au grand avantage des ouvriers, celle de 1880. Les organisations ouvrières s'imposent de plus en plus à l'attention des pouvoirs publics ; depuis que le développement des industries étrangères gène la prospérité de l'industrie anglaise, les syndicats sont devenus plus agressifs : les grandes grèves se sont multipliées. Le ministère libéral avait eu celle des cotonniers, puis des mineurs; le ministère conservateur a eu la grève de sept mois