V. — La politique commerciale
Ce mouvement de baisse des prix a eu son contre-coup sur la politique commerciale de la France. Pour se protéger contne la concurrence étrangère qui, pensaient-ils, ne pouvait que contribuer à accélérer la baisse, industriels et agriculteurs se sont ligués aGn d'obtenir le retour à la politique protectionniste délaissée depuis 1860.
A l'issue de la guerre contre l'Allemagne, il fallut pourvoir aux charges nouvelles qui pesaient sur la France. On s'adressa dans ce but aux diverses espèces d'impôts. La loi du 8 juillet 1871 releva un certain nombre de droits purement fiscaux : droits sur les sucres, le café, le cacao, le poivre, le thé, les vins, etc. M. Thiers, protectionniste convaincu, proposa l'établissement de droits d'entrée corrélativement avec le système du drawback, pour ne pas gêner l'industrie, sur un certain nombre de matières premières : laine, coton, chanvre, lin, soie, etc., qui en étaient exemptes depuis 1861. Il rencontra dans l'Assemblée nationale une vive résistance, et ne put faire adopter, au lieu du droit de 20 0/0 qu'il demandait, qu'un droit de 5 0/0 sur le coton, avec drawback, et de 2 1/2 0/0 sur la laine, etc., sans drawback. Nos conventions commerciales restreintes empêchaient d'ailleurs l'application immédiate de cette mesure, qui fut rapportée en 1873, sans avoir été appliquée.
77 i LA FRANGE ÉCONOMIQUE
Dès 1875» le gouvernement se préoccupa de Télaboration d'un nouveau tarif des douanes. Les Chambres de commerce consultées à ce sujet se prononcèrent pour le renouvellement de nos traités de commerce, après la revision du tarif.
Le nouveau tarif devint loi le 7 mai 1881 ; il prenait pour base les droits du tarif conventionnel, majorés de 24 0/0. Les matières premières et les denrées alimentaires continuaient i être admises en franchise ou moyennant de faibles taxes; presque tous les droits étaient des droits spécifiques, et on avait maintenu pour un certain nombre de pays le régime de la surtaxe d'entrepôt et de la surtaxe d'origine.
Le tarif adopté, le gouvernement entreprit des négociations avec les puissances étrangères pour renouveler nos traités de commerce. Elles aboutirent, en 1882, à une série de conventions conclues avec la Belgique, lltalie, le Portugal, la Suisse, TEspagne, etc., pour une période de dix ans. On n'avait pas eu à négocier avec T Allemagne, qui, en vertu de l'article 11 du traité de Francfort, doit profiter, « sauf réciprocité, de tous les avantages que, par des conventions, la France pourra accorder à l'Angleterre, à la Belgique, aux Pays-Bas, à l'Autriche-Hongrie et à la Russie > . Trois cents articles environ, parmi lesquels le sucre, les céréales et le bétail, restaient soumis au tarif général; deux cents étaient affectés par le tarif conventionnel; pour une centaine on s'était borné à conventionnaliser les droits du tarif général ; pour le reste, ils avaient été abaissés d'environ 2i 0/0. Une loi de 1882 étendit à l'Angleterre le bénéfice du tarif conventionnel.
Les traités de 1882 furent conclus à un moment où la baisse des prix, commencée vers 1874, se trouva momentanément arrêtée; sans cette circonstance, ie Parlement, où dominait l'esprit protectionniste, ne les eût pas ratifiés.
Une crise violente, en 1882, signala la reprise du mouvement de baisse qui, dès lors, continua sans interruption jusqu'à 1896. Lesindustriels, troublés dansleurs prévisions, protestèrent contre les droits qu'on venait à peine d'adopter, les déclarant trop faibles, tandis que les agriculteurs se plaignirent de n'avoir reçu aucune protection contre leurs concurrents étrangers.