LA CORÉE
Siméon-François Berneux, évèque de Capse. Des troubles avaient menacé la mission, lorsque la mort du Tchyeltjong (1849-1863) amena une régence; d autre part les manifestations des Russes sur le Tou-men-Kiang et vers la province de Ham-Kyeng indisposaient le gouvernement coréen contre les étrangers.
En mars 1866, Mgr Berneux, était martyrisé à Sai-nam-to; son coadjuteur, Mgr Daveluy, et les abbés de Brelenières, Beaulieu, Dorie, Pourlhié, Petilnicolas, Aumaitre et Huin étaient massacrés également; seuls MM. Féron, Calais et Ridel échappèrent à la mort.
Intervention française. — Les trois survivants se dirigèrent sur Tien-tsin pour mettre lamiral français Uoze au courant de ce désastre; dès le 18 septembre 1866, la corvette Primauguet, l'aviso Déroulède et la canonnière Tardif quittaient Tche-fou pour la Corée. Les vaisseaux pénétraient dans le détroit de Kang-hoa, remontaient le cours du Han-Kang jusqu'à la capitale où ils arrivaient le 25. Après avoir effectué cette reconnaissance, la flottille française rentrait au port de Tchefou le 3 octobre.
Voici le rapport officiel de la seconde expédition de Tamiral Roze en Corée : « Parti de Tche-fou le 11 octobre avec la frégate la Guerrièrey les corvettes à hélice Laplace et Primauguet, les avisos Déroulède et Kien-chan, les canonnières Tardif et Lebreiouy le contre-amiral Roze mouillait, le 13, avec sa division, devant Tile Boisée, à dix-huit milles de Kang-hoa. Le lendemain, les canonnières remontèrent la rivière Salée (détroit de Kang-hoa), remorquant les embarcations qui portaient les compagnies de débarquement de la Guerrière et des corvettes, ainsi qu un détachement des marins fusiliers du Yokohama, A peine débarqués, nos marins occupèrent les hauteurs sans rencontrer la moindre résistance et campèrent à 5 kilomètres de Kang-hoa. Le 15, une reconnaissance fut exécutée par une colonne commandée par M. le capitaine de frégate comte d*0sery ; arrivée près d'un fort qui domine la ville, elle fut accueillie par un feu bien nourri de mousqueterie et par celui de deux canons de petit calibre. Après un engagement de quelques
minutes, le fort fut occupé, et les Coréens s'enfuirent, laissant un drapeau entre nos mains. » La ville était prise le 16, et le roi de Corée écrivait une lettre à Tamiral Roze qui lui répondit en lui faisant connaître les satisfactions qu*il réclamait. Le 17 novembre, un engagement, où nous eûmes plusieurs blessés, eut lieu, et TamiralRoze, quelque temps après, n*ayant pas de réponse du roi de Corée et craignant Thiver pour la navigation, retournait en Chine sans avoir rien obtenu. La destruction de Kang-hoa avait été le seul fait important de l'expédition, mais n'avait nullement produit d'effet sur les Coréens qui devinrent plus insolents que jamais. Les Américains n'allaient pas être . plus heureux que nous.
Intervention des États-Unis. — En 1866, le navire à voiles américain Général Sherman était envoyé en Corée; l'équipage fut massacré et le bateau détruit. L'enquête faite par l'amiral Rowan, du navire de guerre Wochusetty envoyé pour s'occuper de cette affaire en 1867, n'aboutit pas. Les État&-Unis envoyèrent alors en Corée le contre-amiral Rodgers, commandant en chef de l'escadre asiatique, sur le Colorado, escorté des corvettes Alaska et Benicia, et des canonnières Monocacy et Palos, Au 1" juin 1871, alors que les vaisseaux faisaient des sondages dans la rivière Salée, entre la terre ferme et l'île de Kang-hoa, les Coréens ouvrirent le feu sans prévenir ; le 10 juin trois forts de Kang-hoa tombaient entre les mains des Américains, qui perdaient le lieutenant Me Kee dans le combat; mais comme l'amiral Rodgers n'avait pas d'instructions, et qu'il ne pouvait prendre Séoul, il dut retourner à Tche-fou, ainsi que l'avait fait l'amiral Roze. Il y arriva le 5 juillet. Ce que les Français et les Américains n'avaient pu faire, les Japonais le tentèrent et y réussirent. Nous en avons parlé ci-dessus. Après le règlement des affaires de Formose avec la Chine, le Japon envoya une ambassade à Fou-san, avec le général Kuroda qui commandait la flotte : elle y arriva le 15 janvier 1876. Au mois de février de la même année, Kuroda- Kiyotaka et Inouye-Kaoru pour le Japon, et Sin-Hon et In-Jàsyng pour la Corée signèrent à Kang-hoa, à la date du 16, en chinois et en japonais, un traité extrêmement important, par
lequel rindépendance de la Corée était affirmée et l'ouverture des ports au commerce accordée. Ce que la France et les Élats- IJnis avaient demandé inutilement, le Japon l'obtenait du premier coup. Le traité de 1876 était modifié ou complété par des arrangements ou des règlements en 1877, 1882 et 1883. Pendant ce temps, la Chine, avec son personnel des douanes, prenait possession des trois nouveaux ports ouverts de Corée : Jentchuan, Yuen-san et Fou-san. La Chine, comme suzeraine de la Corée, n'entendait pas se laisser supplanter dans ses droits par le Japon; aussi, depuis 1882, une double garnison chinoise et japonaise, installée à Séoul, amenait chaque jour des rixes et des troubles qui menaçaient de devenir sérieux. Nous avons parlé de la révolution qui éclata le 4 décembre 1884, et de la guerre qui survint* entre la Chine elle Japon à propos de la Corée. Celle-ci devint le champ de bataille sur lequel la Russie et le Japon allaient se rencontrer. Ce fut d'abord une lutte diplomatique, une lutte sourde, à travers laquelle détonait parfois la violence du caractère japonais. Le 8 octobre 1895, la reine, qui était à la tête du parti Min, parti conservateur ou parti russe, fut assaillie dans son palais et massacrée. Le parti Min accusa de ce meurtre le parti japonais ou soi-disant progressiste. Les Russes débarquèrent des troupes, dispersèrent les révolutionnaires et recueillirent au consulat de Russie le roi Li-Houi, chassé de son palais par l'émeute. Nous avons vu, ci-dessus, quelle série d'accords intervinrent entre la Russie et le Japon ', mais il était évident que tôt ou lard la situation se dénouerait par une éclatante rupture, dont le moins patient des deux rivaux se donnerait tous les torts. On sait que, depuis le 8 janvier 1895, le roi Li-Houi (ou Yi-Hieung), pour mieux affirmer son indépendance à l'égard de la Chine, a pris le titre d'empereur.
///. — Le Japon.
Politique intérieure. — Depuis la révolution, la série des ministères qui se sont disputé le pouvoir atteint un chiffre que