‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 142 sur 206 · Voir ci-dessiis, p · texte numérisé non relu

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2. Enomolo a été depuis ministre de la Marine, puis des AiTaires étrangères (1891;.

le général Nodzu. L'expédition de Formose servit de dérivatif.

L'île de Kiou-Siou fut toujours uu terrain particulièrement propice à un soulèvement, et deux chefs y étaient tout désignés pour le préparer : le daimio Shimadzu et le maréchal Saîgo Takamori, frère du chef de Texpédition de Formose. En octobre 1876, une légère rébellion qui dura jusqu'à la fin de novembre eut pour théâtre Kumamoto, mais ce fut le 20 février 1877 qu'éclata la véritable insurrection. Le prince Arizugawa fut chargé de la réprimer. Finalement, malgré une énergique résistance, le 24 septembre 1877, Saïgo, attaqué sur le Shiroyama, près de Kagoshima, était battu par l'amiral Kawamura et le général Miyoshi; un de ses partisans, Hemmi Jiuroda, coupa la tète à Saïgo, blessé à la cuisse, pour qu'il ne tombât pas vivant entre les mains des troupes du Mikado. Cette guerre avait coûté au minimum (les chiffres officiels ayant diminué les pertes) : du côté impérial, 6 399 tués et 10 523 blessés; du côté des rebelles, 7 000 tués et 11000 blessés, et plus de 200 millions de francs.

Assassinat d'Okobo. — Un homme de Satsuma s'était montré particulièrement hostile aux rebelles qui le considéraient comme un traître; c'était' Okubo Toshimitsu*, ministre de l'Intérieur. Le 14 mai 1878, il était assassiné par des gens de Kaga en se rendant au palais impérial. Ce meurtre précipita sans doute le changement réclamé depuis longtemps dans la Constitution.

Législation. — Le Co<ie Pénale promulgué en janvier 1871, réformé en mai 1873, fut de nouveau remanié, enfin approuvé parle gouvernement en juillet 1880; il fut mis en vigueur le l" janvier 1882; les crimes sont classés en : 1* grands et petits crimes contre l'État ou la Famille impériale, contre le crédit public, les lois de police, sanitaires, etc. ; 2* crimes contre les personnes et la propriété; 3° délits. Le Code de Procédure criminelle, commencé en juillet 1877, a été terminé en 1878; revu et modifié, il a été mis d'accord avec le Code de Procédure civile (1890). Ce dernier code, commencé en 1884, fut terminé en

1. H était d'une famille de samuraï de Satsuma et il était né en iB20.

1887, promulgué en 1890 et mis en vigueur le !•' janvier 1891. Le Code Civile commencé en 1870 par Yato, ministre de la Justice, fut continué (1873-1886) par Ogni qui occupait les mêmes fonctions et présidait une commission spéciale créée en 1880; le projet du Gode, arrêté en 1889, fut promulgué le 21 avril et le 7 octobre 1890 et devait entrer en vigueur le 1*' janvier 1893; ajourné par la Diète, un nouveau projet fut adopté et promulgué le 28 avril 1896. Une traduction en français des trois premiers livres de ce Code a été donnée en 1898 par MM. I. Motono et M. Tomii, ce dernier un des auteurs du projet. Le Code de Commerce, promulgué le 27 mars 1890, puis ajourné, fut promulgué de nouveau le 22 novembre 1892; une partie terminée fut mise en vigueur le l*'' juillet 1893; lautre devait Têtre ainsi que les portions inachevées des autres Codes, le 31 décembre 1896. Notre compatriote, M. Boissonnade de Fontarabie, ancien professeur à la Faculté de Droit de Paris, a pris une part considérable à la rédaction de ces Codes.

Constitution. — Le 12 octobre 1881, le Mikado avail promis de donner une Constitution; elle fut rédigée par le comte Ito- Hirobumi et promulguée le 11 février 1889 (onzième jour du deuxième mois de la vingt-deuxième année Met djï) ; elle comprend sept chapitres renfermant 76 articles : I. L'empereur, droit de dissolution, déclaration de guerre, signature de la paix et des traités, droit de grâce. — II. Droits et devoirs des citoyens japonais. — III. De la Diète formée de deux Chambres : la Chambre des pairs, composée des membres de la famille impériale, des nobles et des personnes désignées par l'empereur ; la Chambre des représentants, composée de membres élus par le peuple. — IV. Les Ministres d'Etat et le Conseil privé. — V. La Justice : les juges sont inamovibles; 299 juges de paix (kou-sai' bansho); 48 tribunaux de première instance {tckihô'Saïbansho); sept cours d'appel {kôso-in) ; une cour de cassation {daishin-in) créée à Tokio en 1875. — VI. Finances. — VII, Revision de la Constitution et statut de la famille impériale.

Le jour même de la promulgation de cette Constitution, le vicomte Mori Arinori, ministre de l'instruction publique en 1883, fut assassiné par un fanatique, pour avoir, avec sa canne,

soulevé le voile blanc du porche du GekUj temple de la déesse de la nourriture. Mon était un samuraï do Satsuma; né en 1846, il avait été chargé d'affaires à Washington en 1871 et ministre à Londres en 1879. Cette mort rappelle lassassinat dlli Kamodno-Kami en 1860 et dOkubo en 1878.

Politique extérieure. — On peut dire que la politique extérieure du Japon depuis la révolution a poursuivi un double but : le règlement des affaires de Corée et la revision des traités avec les puissances étrangères. Le Japon, anxieux d*imiter les nations occidentales, n'avaient pas tardé non seulement i adopter leurs uniformes mais aussi leur diplomatie et, à instaUer des ministres plénipotentiaires dans les principales capitales d'Europe et d'Amérique. D'ailleurs la plaie du fonctionnarisme ne sévit pas moins dans l'Empire du Soleil Levant que dans nos vieux pays : le nombre des fonctionnaires du service civil qui, en 1886, était de 40 727 touchant 9625800 yen (2fr. 60) était monté en 1898 à 68 613 recevant 19 123 673 yen. Le grand reproche que faisaient les Japonais aux^traités étrangers était la clause qui réservait aux puissances le droit de juridiction sur leurs nationaux, clause qu'ils considéraient non sans quelque raison comme humiliante pour leur orgueil et comme un manque de confiance que les gages qu'ils avaient donnés à la civilisation ne justifiaient pas. Des négociations étaient sur le point d'aboutir, lorsque le comte Okuma, qui les dirigeait, fut victime d'un attentat dans lequel il perdit une jambe enlevée par une bombe, et fut obligé de quitter le ministère.

L'attentat commis par un fanatique en 1891, lors de la visite du tsarévitch (l'empereur Nicolas II) au Japon, retarda naturellement la revision des traités. Enfin le comte Ito fut plus heureux dans la reprise des négociations : un traité avec l'Angleterre fut signé par lord Kimberley le 26 août 1894; un autre avec les Etats-Unis par le secrétaire d'État Gresham et M. Kurino, qui fut ministre du Japon à Paris, le 22 novembre 1894; la clause d'exterritorialité devait être mise en vigueur le 17 juillet 1899.

Un traité de commerce et de navigation a été signé (G. Hanotaux) à Paris le 4 août 1896 entre la France et le Japon : il corn-

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prend vingt-cinq articles dont le premier est ainsi conçu : « Il y aura réciproquement pleine et entière liberté de commerce et de navigation entre les États et possessions des deux parties contractantes ; les Français au Japon et les Japonais en France jouiront de la plus complète et constante protection pour leurs personnes et leurs propriétés ». Les Français cessaient de jouir du privilège de Texterritorialité et devaient être soumis aux lois et à la juridiction japonaises; le Japon refusait aux Français le droit d*acquérir le sol en pleine propriété, mais il leur permettait de louer ou de posséder à titre de droit de superficie des immeubles sans limitation de temps; ce traité fut ratifié en 1898 et la mise en vigueur de la clause d'exterritorialité fut fixée au 1" janvier 1900.

Un traité a été conclu avec l'Espagne et un autre avec le Siam (30 avril 1900), et des légations japonaises ont été établies à Madrid et à Bangkok.

Nous avons parlé plus haut des premières difficultés du Japon avec la Corée, puis de la guerre avec la Chine, de la cession de Formose aux Japonais, de l'occupation de Ta-lien-ouan et de Port-Arthur par les Russes, et de Weï-haï-Weï par les Anglais.

Le 28 mai 1896, un traité a été signé entre la Russie et le Japon par le prince Lobanof et le maréchal Yamagata, qui représentait son gouvernement au sacre du Tsar. Les deux puissances ont convenu qu'elles auront en Corée le même nombre de soldats; aucune des deux ne prendra de disposition financière avec le gouvernement coréen sans le consentement de l'autre ; le Japon aura la responsabilité de défendre les parties méridionales et occidentales de la Corée, et la Russie celle de défendre les autres parties ; la ligne télégraphique entre Séoul et Fousan dépendra du Japon, et la Russie aura le droit d'établir une ligne télégraphique de Vladivostok à Séoul. On peut dire que ce traité est resté lettre morte. Aujourd'hui même les revendications des Russes en Corée s'exercent plus impérieuses que jamais.

Missions catholiques. — Les grandes persécutions du xTii' siècle avaient anéanti les missions au Japon, et le diocèse

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de Funay (Japon et ses dépendances), qui avait été détaché da diocèse deMacaoen 1587, avait cessé d'exister en 1671. En 1831 le Japon fut rattaché à la Mission de Corée et fut éri^é en vicariat apostolique en 1846 par Grégoire XVI, subdivisé le 3 juin 1876 en Japon méridional et en Japon septentrional; le premier fut dédoublé le 16 mars 1888 et le Japon central fut constitué; enfin un vicariat apostolique de Hakodate fut créé le 17 avril 1891. Puis, le 15 juin 1891, une nouvelle division ecclésiastique fut faite et le Japon forme Farchidiocèse de Tokio et les diocèses d*Osaka, Nagasaki et Hakodate, confiés aux prêtres du séminaire des Missions étrangères de Paris !.

Formose. — Les premiers temps de l'occupation de Formose par les Japonais avaient été marqués par des abus; aussi, en 1897, de nouveaux fonctionnaires furent-ils nommés et ladministralion de Tlle réoi^anisée. Formose fut divisée en six préfectures :Taïpeh, Sintchou, Taïtchou,Tchin-i, Teng-Chanet Taïnan, et en trois régions administratives : Han, Taitounget les iles Pescadores. La pose du câble sous>marin entre Formose et le Japon a été achevée. Le gouverneur général interdit de vendre, de donner, d'hypothéquer un terrain à un étranger. En dehors des concessions, l'étranger ne pourra ni posséder ni louer de maison s'il n'est au service de l'Etat ou d'un indigène, et il lui faudra toujours obtenir l'autorisation du gouvernement. Enfin, les actes de propriété seront assujetlLs dans les concessions mêmes, à l'approbation préalable de l'administration.

Avenir du Japon. — Non seulement le Japon a su créer en quelques années une flotte et une armée qui ont fait leurs preuves contre les Chinois, et qui inspirent le respect aux puissances occidentales, mais encore il menace les États-Unis d'Amérique et l'Europe par son industrie. Filatures de soies, ateliers de tissage, chantiers de constructions navales, moulins à papier, fabriques d'allumettes, de savon, ont pris un développement extraordinaire. Quelle sera l'orientation de cette force nouvelle? Vers sa vieille ennemie, la Chine? Sans aucun doute,

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