LA FIN DU PREMIER MINISTERE GLADSTONE
Salisbury (1888), est achevée en 1894 par les libéraux. Ceux-ci sonl pénétrés de radicalisme et ont un plan de réforme plus général et plus rationnel ; les conservateurs gardent les formes traditionnelles et présentent les innovations par morceaux, mais ils ne sont pas réactionnaires et ne reviennent jamais sur une innovation accomplie par leurs adversaires. On peut dire encore que les conservateurs représentent plutôt TAngleterre et Tanglicanisme, les libéraux et leurs alliés plutôt les pays celtiques et dissidents, Galles, Ecosse, Irlande.
La vie politique anglaise a une couleur originale. Les partis sont organisés d*une façon permanente dans les circonscriptions comme au Parlement. Us ont chacun leur chef parlementaire {leader) élu par les représentants, destiné à former le cabinet quand le parti a la majorité. Ils ont chacun leur programme, adopté par tout le parti, et résumé en quelques formules frappantes. Ils emploient des procédés spéciaux d'agitation, meetings en plein air, voitures-tribunes, affiches illustrées, questionnaires à Tusage des électeurs. En général, les discussions parlementaires et les polémiques de presse sont plus courtoises que sur le continent, sauf entre Irlandais et Anglais.
/. — La fin du premier ministère Gladstone.
Le terrain de ropposltion. — Les réformes du cabinet Gladstone avaient été presque toutes combattues par les conservateurs. L*opposilion reprochait aux libéraux de suivre une politique de centralisation, d'obligation (ce qui était vrai pour certains projets de loi scolaire, mais non pour Tacte définitivement adopté) et de confiscation (allusion aux mesures religieuses et agraires en Irlande). Gladstone réussit à garder sa majorité pendant cinq ans. En 1813 seulement, il subit sa première défaite à propos d'un projet pour établir en Irlande une Université ouverte à toutes les confessions. Il y avait en Irlande deux Universités ou groupes de collèges : celle de Dublin, anglicane, d'où les catholiques étaient exclus; celle de la Reine {Queens
University)y laïque, où les catholiques ne voulaient pas entrer. Gladstone proposait de créer une seule Université dont les établissements catholiques pourraient faire partie. Les protestants crièrent à la confiscation, parce qu'ils ne voulaient riea céder des revenus ou subventions affectés à leurs collèges. Les catholiques ne furent pas satisfaits, parce qu'ils désiraient la création d'une Université spéciale pour eux. La Chambre des communes repoussa le projet à la majorité de trois voix. Aussitôt Gladstone offrit sa démission à la reine, en disant que le pouvoir devait passer à Disraeli, chef de lopposition victorieuse; celui-ci refusa en répliquant que la théorie de M. Gladstone obligerait le leader de l'opposition, s'il n'était pas disposé à gouverner, à s'arrêter juste au moment où il allait renverser son adversaire. Gladstone reprit son poste, mais il ne retrouva plus sa majorité. Un projet du gouvernement pour enlever à la Chambre des lords ses pouvoirs judiciaires et les confier à une cour d'appel ne put aboutir. Le ministre de l'Intérieur s'engagea dans les voies du parti de la tempérance, qui recrute beaucoup de ses adhérents dans les sectes dissidentes, le plus ferme soutien du parti libéral; il proposa d'augmenter les peines portées contre les ivrognes et de réduire les heures d'ouverture des débits : le projet fut mal accueilli à la Chambre et les conservateurs lui firent une vive opposition pour acquérir l'appui des marchands et détaillants d'alcool. Comme ils protestaient en même temps contre la façon dont l'enseignement religieux était donné dans les Board Schools, les libéraux disaient que leurs adversaires avaient pris comme programme « La Bible et la Bière! » Ils leur reprochaient encore d'avoir un programme purement négatif. Disraeli répliquait dans une circulaire à ses électeurs : « Il eût été souhaitable que le gouvernement montrât un peu plus d'énergie dans sa politique étrangère et un peu moins dans sa politique intérieure. » Les conservateurs blâmaient la politique pacifique de Gladstone : non-intervention en Europe, arrêt de l'expansion coloniale, indemnité accordée aux Etats-Unis pour les dégâts causés par YAlabama, navire sudiste armé dans un port anglais en 1862. Ils eurent l'avantage dans plusieurs élections partielles. Glad-