Cf. Bismarck, U
élue au scrutin secret, contrôlant tous les actes du gouvernement; un Sénat nommé par le sultan; la responsabilité ministérielle; des conseils généraux et municipaux; la liberté de la presse et de renseignement ; le droit d'association , l'inamovibilité des juges, l'égalité de tous devant la loi, l'admission de tous sans distinction de religion aux emplois publics ; la répartition égale des impôts. La confiscation, la corvée, la torture étaient et demeureraient abolies.
Si les ambassadeurs s'étaient obstinément tenus au programme présenté par eux, peut-être auraient-ils obtenu gain de cause. Au lieu de cela ils discutèrent avec le Turc, qui se retranchait derrière la constitution. Ils firent des concessions, réduisirent à rien les garanties demandées à la Porte, et donnèrent de la sorte au sultan l'impression très juste que l'entente européenne n'était qu'apparente et qu'aucune puissance — la Russie exceptée — ne voudrait passer des paroles aux actes. Aussi répondit-il par des contre-propositions dont lord Salishury lui-même disait qu'elles ne répondaient < ni au respect dû aux puissances, ni à la dignité bien entendue de la Porte ». Pour achever la comédie la Porte convoqua un grand Conseil national, 240 fonctionnaires dont la docilité était certaine et qui gravement rejetèrent par acclamation les propositions de TEurope : le sultan dès lors ne pouvait aller contre la volonté librement exprimée de son peuple ! Le 20 janvier 1877 la conférence se sépara et les Turcs assistèrent, très placides et ironiques, au départ général des ambassadeurs, suprême moyen d'intimidation imaginé par la diplomatie.
Très habilement du reste, pour achever de diviser les puissances dont plusieurs étaient disposées à se contenter de la moindre concession, le sultan faisait poursuivre les négociations avec la Serbie et le Monténégro, et, se montrant avec le vaincu très modéré, lui accordait, le 1*' mars, la paix pure et simple. Avec le Monténégro victorieux l'entente fut impossible. Mais déjà TAngleterre annonçait qu'elle ne pouvait demeurer longtemps sans représentant à Constantinople, et la France, incomplètement remise de ses défaites, déclarait, en réponse à une circulaire de Gortchakof, qu'elle ne recourerait
HlSTOIAI OÉXiRALE. XII. 28
pas à la contrainte. On savait depuis plusieurs mois que pour TAUemagne la question d*Orient c ne valait pas les os d*uQ grenadier poméranien ». c Ce n*estpasla mission de Tempire allemand de prêter ses sujets à autrui et de contribuer par le sacrifice de leurs biens et de leur sang à réaliser les vœux des voisins ^ » En revanche, par son ambassadeur et son attaché militaire, comme par les opinions motivées et optimistes que transmettait spontanément le grand état-major, rAllemagne poussait la Russie à la guerre.
Protocole de Londres (mars 1877). — Mais la saison, rinsuffisance des voies ferrées rendaient difficile et lente la concentration de Tarmée en Bessarabie : on ne pouvait être prêt avant le printemps. Aussi la Russie — cette fois pour gagner du temps — prit-elle encore Tinitiative de négociations qui aboutirent au protocole de Londres (31 mars 1877). Les puissances, prenant acte des promesses de réformes faites par le sultan, s'engageaient à en surveiller Texécution et se proposaient d'aviser au cas où la Turquie manquerait encore à sa parole! Elles Tinvitaient en outre à désarmer. Mais, d*une part, lord Derby déclarait que l'Angleterre tiendrait pour nul le protocole si la Russie ne désarmait pas de son côté ; d'autre part le comte Schouvalof subordonnait le désarmement de la Russie à la signature de la paix avec le Monténégro. Le 11 avril, le parlement ottoman votait la continuation de la guerre; puis il repoussait le protocole : « Le gouvernement impérial ne voyait pas en quoi il aurait démérité de la justice et de la civilisation au point de se voir faire une position humiliante et sans exemple dans le monde ». Les Turcs allaient à la guerre le cœur léger, persuadés, en raison de l'attitude de l'Angleterre, que les jours de l'alliance anglo-française et de 1854 allaient recommencer. Les plus étranges illusions emplissaient les tètes : c L'Allemagne semble maintenant être avec la Russie, lisait-on dans un journal de Constantinople, et TAutriche-Hongrie observe une neutralité bienveillante. Mais il est certain qu'aussitôt le premier coup de feu tiré, l'Autriche sera la pre-