CHAPITRE XVIII
De 1870 à 1900.
Ces trente dernières années du siècle, que les catastrophes de 1870-1871 séparent violemment de la période antérieure, marqueront-elles dans l'histoire de l'art un moment décisif? Pour l'affirmer dès à présent, il faudrait engager nos successeurs, prédire le développement complet de certains germes, Torientalion définitive de certaines tendances ou velléités dont on peut observer déjà la croissance, constater tout au moins l'apparition. Le danger serait trop grand, en de telles conjectures, de prendre pour des réalités historiques les préférences de notre esprit ou les désirs de notre cœur. L'histoire doit s'arrêter où commenceraient les prophéties... A ne considérer pourtant la période qui s'achève que comme une conclusion provisoire et l'aboutissement de l'activité créatrice de tout un siècle, incontestablement fécond et glorieux, il est permis de dire que l'art n'a eu à regretter aucune de ses révoltes contre le joug académique, qu'on le trouve,dans tous les pays, d'autant plus vivant, expressif et national qu'il y a pris plus librement et plus directement contact avec la nature et la vie. On peut ajouter que, dans cette œuvre d'affranchissement, c'est presque toujours de la France que partirent la parole libératrice, l'initiation et l'exemple.
/. — L'Art en France.
L'Architecture. — La première tâche qui s'imposa à la nouvelle République fut de relever les ruines fumantes dont rinvasion et la guerre civile avaient jonché le sol de la pairie. Elle ne manqua pas à ce devoir; mais on ne saurait dire que larchitecture française y trouva l'occasion du renouvellement attendu. Certains édifices, comme les Tuileries, la Cour des Comptes, le ministère des Finances, restèrent définitivement abolis; le nouvel Hôtel de Ville ne fut, avec quelques modifications, qu'une reproduction de celui qu'il remplaçait. Quant à l'église votive du Sacré-Cœur de Montmartre, décrétée par le Parlement, sous l'inspiration d'un dessein politique plus encore que dans la ferveur d'une piété et d'un mysticisme désintéressés, elle ne fut aussi qu'une adaptation du vieux style roman périgourdin. L'autre grand édifice religieux construit ou achevé durant la même période, la cathédrale de Marseille, est également le produit d'un éclectisme composite; elle présente solennellement aux Orientaux qui débarquent sur le quai de la Jolielle un souvenir de l'architecture de leurs pays combinée avec d'autres réminiscences romanes et gothiques.
C'est dans les églises plus modestes de Saint-Pierre de Montrouge et d'Auteuil, où l'obligation d'économiser sur la dépense et de tirer parti des conditions ingrates du terrain semble avoir inspiré plus que desservi l'architecte, qu'on trouvera peut-être l'expression la plus originale de l'art religieux à la fin du XIX" siècle. Vaudremer y donna des modèles parfaits d'une architecture franche, simple et logique, où romementation n'est que l'affirmation élégante et expressive des procédés de construction, et prouva que l'intelligence profonde des véritables traditions nationales est compatible avec la nouveauté, si mémo elle n'en est pas la condition première. La crypte funéraire oà reposent les restes de Pasteur est aussi, avec ses revêtemenl» de mosaïques, d'une belle, harmonieuse et ferme conception.
Ce ne sont pas d'ailleurs les édifices religieux qui marqueront