LA CRISE DE L'EMPIRE AU IIP SIECLE
fait comprendre que leur résistance à Tinvasion nait pu être bien efficace.
Outre Fimpùt et le service militaire, le oouvernement impérial impose encore des services : aux clarissimes les fonctions d'Empire; aux curiales les fonctions municipales; d'autres oblig-ations aux corporations. Il ne demande rien aux classes servîtes, mais il les atteint indirectement. En écliansre de tout cela, il donne la paix et la justice. La rançon paraît singulièrement lourde; car cette rançon, c'est Texploitation du monde.
Transformation dans le pouvoir impérial. — La crise du m'' siècle a produit des conséquences pour les pouvoirs supérieurs de l'Etat. A la période du Haut-Empire succède celle du Bas-Empire. Désormais il est presque inutile de faire mention du sénat. Il y a bien encore un sénat distinct de l'ordre sénatorial, où il se recrute, et qui semble ne se composer que de consulaires. Il n'a plus de compétence, sauf en ce qui concerne les jeux, l'élection des consuls suppléants (suffecti), des préteurs et des questeurs, lesquels ont perdu leurs anciennes attrilnitions. Consulté quelquefois par l'empereur sur la décision d'affaires judiciaires , juii'eant par délégation les crimes de majesté commis par les hauts personnages, recevant communication des lois nouvelles sous forme de discours de l'empereur, il n'a plus aucun rote etTectif. Le consulat, honorifique, est un prétexte à cérémonies. De même les préteurs, les questeurs donnent des jeux. Tout cela nous pouvons le négliger pour arriver de suite à l'empereur.
Il est ce (jue la force des choses voulait qu'il devînt : aljsolu, sans restriction. Les vieilles formes ont disparu pour laisser paraître le maître; les titres des vieilles magistratures se sont effacés. Le maître (ce mot, dominus, est aussi employé que celui iVimperalor) est une sorte de dieu personnel {prœsens et corporaiis deus), vêtu de pourpre, couronné du diadème, représenté avec l'auréole. Son palais, sa chambre, son trésor sont qualifiés de sacrés. Une grande partie de ces atlributs divins persiste après le christianisme. L'empereur, chose singulière, n'est pas uni({ue. Depuis Dioctétien, il y a presque constamment deux empereurs : l'un à Rome ou à Milan; l'autre à Xicée, puis à
22 LE MONDE ROMAIN JUSQU'EN IJUo
Gonstantinople. En 39o il se fait un parlajio en Orioiil el Occident, mais sans démcmbj-ement. 11 y a ]'d partie (VOrient et la partie cVOccident. comme disent les textes officiels ' : mais il n'y a pourtant (ju'un Empire, ré^i par les mêmes lois, les actes législatifs étant communs. Les constitutions portent le nom des deux empereurs <|ui sont un seul maître en deux }»ersonnes, à qui Ton dit : « Vous, Votre Majesté », parce que l'on parle toujours aux deux en même temps. Lorsqu'il n'y aura plus d'empereur particulier à l'Occident, il n'y aura dans le monde aucun chansement; on reviendra seulement à l'unité de la personne impériale. Si cette dignité impériale n'est pas absolument héréditaire, si le sénat est encore censé être consulté, en fait l'empereur désig-ne son successeur dans sa famille : son fils ou ses fils. L'héritier présomptif est César, l'empereur étant Auguste. Il y a bien quelques usurpations de chefs d'armée, mais ce sont des exceptions. L'usage de jug'er les empereurs après leur mort, de valider ou de casser leurs actes, a disparu.
L'empereur a tout le pouvoir législatif. Il a absorbé en lui ce qui en restait au sénat, héritier <lu peuple. Le pouvoir législatif de l'empereur au temps du Haut-Empire était semblalde à celui des anciens mag-istrats, faisant des décrets valables pouila durée de leur magistratui-e, n'ayant force de loi qu'après approbation du sénat à leur mort. L'empereur est maintenant la loi vivante {lex animata in terris) ; il fait des lois {let/es) avec le seul consentement de son collèg'ue. Il est la source de toute juridiction et d(^ toute justice. Il se réserve de juger toutes les causes qui l'intéressent. Il a tout le pouvoir adminisiratif. nomme et révo(jue tous les agents. Il a tout le pouvoir tinancier. L'impôt arrive dans deux trésors : serariimi sacrum, alimenté parlesinqiôls directs, indirects, d'enreg-istremenl, elc. ; ivrariiun priuatiDii, alimeiité par les revenus des domaines de l'Etat et de l'empereur; mais il est impossible de voir à quoi correspond cette distinction dans la })rati(]ue; entre les besoins de l'Elat el ses besoins privés, l'empereur ne distingue pas. Jl a tout le pouvoii- niililairc. En un nu^t, il a tout, il esl toul.