CAUSES DE LA DURÉE DE L'EMPIRE D'ORIENT
ils emploient aussi des procédés grecs : si plus d'un parmi eux a été vaillant g-uerrier, tous cependant ont eu recours de préférence à la finesse, ou même à la fourberie. Dès le v*" et le vf siècle, ils ont souvent eu l'art de déconcerter les Barbares par leur politique cauteleuse, tissue d'intrigues où s'embrouillent des esprits grossiers et impatients. L'ambassadeur byzantin Priscus montre Attila hésitant longtemps entre l'Orient et l'Occident et se précipitant enfin sur la Gaule, parce qu'il y trouvera une plus belle guerre. Si l'on ajoute que l'armée était, en général, bien exercée et bien commandée, qu'on y conservait des traditions de tactique, on s'étonnera moins que l'Empire, par la diplomatie et les armes, ait résisté si longtemps à de si nombreux ennemis.
A ces causes dont l'action s'est fait sentir d'une façon permanente, vinrent s'en joindre d'autres qui n'ont eu qu'une importance passagère. Après la chute de l'Empire d'Occident, qu'ils n'avaient point cherché à renverser de propos délibéré, les Barbares témoignèrent un respect superstitieux aux empereurs de Byzance qui s'en déclaraient les héritiers. Déjà, sous le règne de ïhéodosc, à la fin du iv* siècle, le roi goth Athanaric, attiré à Constanlinople, disait : « Enfin je vois la splendeur de cette ville dont j'écoutais, incrédule, célébrer les merveilles », et il ajoutait : « Sans doute l'Empereur est un dieu terrestre, et celui qui lève la main contre lui se rend coupable de sa propre perte. » Plus tard, les rois barbares, maîtres des provinces d'Occident, s'inclinent devant lui. Après la chute de Romulus Augustule, Odoacre fait porter à l'empereur Zenon les insignes impériaux et sollicite de lui « la dignité de patrice et le droit de gouverner les populations italiennes ». Le sénat de Borne lui écrit qu'il doit être désormais le chef commun des deux Empires. ïhéodoric se déclare le sujet fidèle (seî'vus) de l'empereur; Amalasunlhe invoque son appui; forcés de le comJjattre, les rois oslrogoths implorent néanmoins la paix. Chez les Francs, Clovis reçoit avec joie les insignes de consul (|ue lui envoie l'empereur Anastase. Les princes mérovingiens, les rois burgondes multiplient les témoignages de soumission. Plus tard, après la querelle des iconoclastes et le
transfert de la diirnité impériale à Charlemasrne, ce prestige des souverains de Constantinople s'affaiblit. Cependant on pourrait encore citer des preuves de sa survivance : c'est ainsi que le puissant Otto de Germanie demanda pour son fils la main d'une princesse byzantine.
En résumé, l'Empire a vécu, non point par un caprice de la fortune, mais parce qu'il renfermait en lui des raisons d'être sérieuses et parce (ju'il ne rencontra point tout d'abord dans les envahisseurs des ennemis décidés à sa perte. Cette double situation se modifiera plus tard, mais lentement; l'Empire se défera par morceaux et ne succombera définitivement qu'après une longue série de défaites successives. Du iv'^ au vni'' siècle, il traversera de terribles épreuves; c'est dans la période qui s'étend du vm" au xi" siècle que ses destinées seront le plus brillantes; au xi" siècle commencera la décadence définitive.
Géographie et administration. — La Notifia dignitatum utriusque imperli fait connaître les divisions territoriales de l'Empire d'Orient au commencement du v'" siècle. En Europe, il élait borné au nord par le Danube. Au nord-ouest, il était séparé de l'Empire d'Occident par une ligne qui, partant des bouches du Catlaro, rejoignait la Drina et la Save. Il comprenait, en Asie, l'Asie Mineure et la Syrie; en Afrique, l'Egypte, la Libye supérieure et la Pentapole. Il se divisait en deux grandes préfectures du prétoire : celle d'Orient et celle d'IUyrie. Le préfet d'Oi'ient, qui résidait à Constantinople, gouvernait cinq diocèses ; Orient (possessions au delà du Taurus, avec l'Isaurie, la Cilicie et Chypre); Egypte; Asie (ancienne province d'Asie, royaume de Pergame, Pamphylie, Lycie, îles de la mer Egée); Pont (région du Pont-Euxin et Arménie romaine); Thrace (pays situés entre la Propontide et le bas Danube). Le préfet d'IUyrie, qui résidait à Salonique (par exception à Sirmium de 42 i à 447), avait sous ses ordres deux diocèses : Dacie (pays du Danube), Macédoine (région du sud avec la Grèce, le Péloponèse, la Crète) \ Les préfets sont de véritables vice-rois, mais sans pouvoirs militaires. Les diocèses sont administrés par des vicaires;
1. Voir ci-dessus, au chapilre i, pour les détails de ceUe géographie politique dont on se contente ici de rappeler les grandes divisions.
ORGANISATIUN DE L'EMPIRE AU V' SIECLE IGT
celui d'Eg"ypte est cependant gouverné par un prsefectus aiigustalis, celui d'Orient par un comte. Ces diocèses se subdivisent à leur tour en provinces, avec des métropoles qu'administrent des g-ouverneurs '. La capitale, Constantinople, possède une organisation spéciale : à sa tête est le préfet de la Ville iprœfeclus i'r/ji), dont la juridiction s'étend même sur la banlieue. Il a sous ses ordres le préfet des viyiles (police et incendies), le comte des aqueducs (cornes formarum, service des eaux) et les chefs de tous les services urbains, qu'il serait trop long- d'énumérer ici. Il juge, il administre, il est en outre chargé d'assurer l'alimentation jiuljlique et les distributions de blé. Dans la capitale môme, la cour, sacrum palatiu/n, forme un domaine à part que dirige le maître des offices {magister officionim), qui commande la petite armée des gardes du })alais (sco/ares), gouverne une nuée de fonctionnaires et d'employés de tout genre. Il a même le service des postes (cursus jnif^Ucus) et des fabriques d'armes. Le grand chambellan {primicerius sacri cuhicuU) est spécialement attaché à la personne de l'empereur. Une minutieuse étiquette, introduite surtout dej)uis Dioctétien, et qui ne fera que se développer dans la suite, préside à tous les actes de l'empereur. L administration centrale comprend le conseil de l'empereur {consistorium prhicipis). Parmi ses membres, figurent les quatre hauts fonctionnaires, le maître des offices, le questeur du sacré palais, le comte des largesses sacrées, le comte du domaine privé, dont on a indiqué ailleurs les attributions'. Le sénat, qui se recrute dans la nol)lesse a(hninistrative, a des attributions plus importantes qu'on ne la cru souvent. Il reconnaît les empereurs, intervient dans les contlits politiques, s'occupe des alïaires étrangères, des relations et des guerres avec les Barbares, même des questions religieuses. Il a de plus des aliribuiions municipales, comme la caisse frumenlaire, l'administration de l'Université de Constantinople, qui le mettent en rapport avec le préfet de la Ville.
Les litres honorifiques les plus importants sont ceux de patrices et de comtes (ceux-ci répartis en plusieurs classes). Le consulat,