‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 74 sur 192 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

/. — Guerres et conquêtes de Charlemagne.

Guerres en Aquitaine et Espagne. — Charlemagne continua les conquêtes de ses prédécesseurs dans toutes les directions. Durant les quarante-six années de son règne, on compte une soixantaine d'expéditions, dont la moitié dirigées par luimême. On peut les répartir en trois groupes : Aquitaine, Italie, Germanie.

C'est du côté du sud-ouest, en Aquitaine, que Charlemagne eut le moins à faire : Pépin, son père, avait dompté la résistance, et, au delà des Pyrénées, les Francs rencontraient l'empire arabe des Omméïades de Cordoue, qu'ils ne pouvaient songer à détruire. Peu après la mort de Pépin, les Aquitains tentèrent un dernier soulèvement dont Hunald, probablement le père de Waïfre, sorti de son couvent de l'île de Ré, prit la direction. Quoique privé du secours de son frère, Charles les réprima facilement. Il vint fonder sur la Dordogne la forteresse de Fronsac, où il laissa une garnison. Depuis lors, les comtes francs administrèrent paisiblement l'ancien duché. Toutefois, en "78, Charlemagne jugea bon de l'ériger en royaume

GUERRES ET (lONOUÈTES DE CHARLEMAGNE 311

(on y joignant la (iothio on la Septimanie), et, en 7^0, il fit sacrer roi d'Aquitaine par le pape son fils Louis, âgé de trois ans. Sous son nom, Guillaume, duc de Toulouse et de la Marche de Septimanie, et saint Benoît d'Aniane, le réformateur des couvents d'Occident, administrèrent le royaume. Il est vraisemblable que Charlemacne fut porté à prendre ces mesures moins par le désir de donner satisfaction au besoin d'autonomie des Aquitains, que par celui de s'en remettre à des lieutenants «lisposant d'une portion déterminée des forces de son royaume du soin de comlialtre des ennemis très éloignés du centre et contre lesquels il pouvait difticilement mettre en mouvement tout l'appareil de ses forces. Charlemagne en avait déjà fait l'expérience dans sa grande expédition d'Espagne en 778. L'émir de Saragosse, IIouseïn-al-Abdari, lui avait demandé secours contre le khalife de Gordoue, Abd-er-Rhaman ; les gouverneurs musulmans du nord de l'Espagne étaient d'ailleurs perpétuellement en rébellion contre leurs souverains. (Charlemagne traversa les Pyrénées par Saint-Jean-Pied-de- Port. prit Pampelune, joignit à Saragosse une autre armée franque qui avait passé par le Roussillon, et rétablit Al-x\bdari. A son j'otour, les Yascons surprirent à Roncevaux son arrièregarde et l'exterminèrent; là tomba Roland, comte de la Marche (U> Bretagne. Le supplice de Loup, duc des Vascons, ne suffit [)as à venger cet échec. Abd-er-Rhaman reconquit tout le pays au sud des Pyrénées; Houseïn-al-Abdari périt dans les supplices (781). On continua de guerroyer au pied des Pyrénées, sans grand succès. A partir de 791, Alphonse II le Ghaste, roi des Asturies, prêta son concours à l'Aquitaine, avec laquelle il conclut une alliance formelle. Lorsqu'on 797 il eut pénétré jusqu'à Lisbonne, il envoya à Gharlemagne des ambassadeurs pour lui faire hommage des tro])hées de sa victoire.

Les cliréliens n'eurent de vrais succès que dans les périodes d'anarchie (jui accompagnaient d'ordinaire les changements de règne. Sitôt que le khalife était consolidé, il reprenait l'offensive. Ainsi fit Ilescham, fils d'Abd-er-Rbaman; non content de ravager les Asturies, de reprendre Girone, il envoya ses troupes au nord des Pyrénées; le duc de Toulouse fut battu et

les Musulmans saccagèrent les faubourgs de Narbonne (793). Après la mort de Hescham, son fils Hakem (796-822), affaibli d'abord par des insurrections, no put empêcher les chrétiens de revenir à la charge, avec l'alliance de son frère, des émirs de Barcelone, de Huesca. Les soldats de Louis d'Aquitaine prirent Lérida, restaurèrent Ausone (Vich), assiégèrent Barcelone, qui succomba à la famine au bout d'une année (801). Louis, qui était venu recevoir sa soumission, y établit un comte goth, Bera. Celui-ci sut défendre la conquête contre les retours agressifs des Musulmans. En 800, on leur enleva Pampelune, qui devait devenir le chef-lieu du futur royaume chrétien de Navarre. En 809, une nouvelle cami»ai»no acheva la soumission du pays jusqu'à l'Ebre; Tarragone fut prise, Tortose assiégée; on ne l'enleva que deux ans plus tard (811). Des pays conquis au nord de l'Ebre, de Pampelune à Barcelone, on forma la viarclie (f Espagne; ce fui comme l'amorce des futurs royaumes ibériques chrétiens. Par là, Charlcmagne est un des fondateurs de l'Espagne nouvelle. L'évêché d'Urgel, à peu près vacant depuis la déposition de l'évêcjue hérésiarque Félix, condamné en 794, fut richement doté et reçut un nouveau titulaire. On favorisa l'immigration soit des gens de la Septimanie, soit des chrétiens fuyant la domination musulmane. Ainsi se forma la population catalane, intermédiaire entre Français et Espagnols.

Destruction du royaume des Lombards. — Didier, duc de Toscane, successeur du roi Aslaulf, était monté sur le trône avec l'appui du pape et du parti franc (756). Une fois roi, il voulut l'être complètement. Il dépouilla les ducs de Spolète et de Bénévent, qui avaient fait hommage à Pépin, poursuivant le second jusqu'à Otrante. Il appela même les Grecs, toujours désireux de reprendre possession de l'Exarchat. Le pape Paul P"", successeur d'Etienne II, et les Romains implorèrent le secours de Pépin, qui ne fit qu'écrii'e à Didier, étant absorbé par la guerre d'Aquitaine. Le dernier roi lombard paraît avoir été un homme capable; il sut, entre Rcmie, Byzance et les Francs, conserver son royaume pendant près de vingt ans. Il avait marié une de ses tilles. Désirée, à Charlemagne

Page 1